Aujourd'hui : Lundi, 22 octobre 2018
 Veille Media Contact



 
 
 
 

 
 
 
Dossier du Collectif VAN - #FreeOsmanKavala ! Liberté pour #OsmanKavala !
PHDN
Rejoignez le Collectif VAN sur Facebook
Cliquez pour accéder au site Imprescriptible : base documentaire sur le génocide arménien
Observatoire du Négationnisme
Le Collectif VAN, partenaire du Festival de Douarnenez 2016
xocali.net : La vérité sur Khojali !
Cliquez ici !

Imprimer dans une nouvelle fenêtre !  Envoyer cette page à votre ami-e !
 
Israël -Turquie : Brouille ou rupture ?
Publié le : 15-11-2012

Politique Internationale

La Revue n°135 - PRINTEMPS - 2012

Article de Oded ERAN

Chercheur à l'Institut d'études sur la sécurité nationale (Tel-Aviv)

Une opinion fort répandue prétend que l'assaut du navire Avi Marmara, le 31 mai 2010 (1), a constitué l'élément déclencheur de la dégradation des relations turco-israéliennes. Rien n'est plus faux. Il est tout aussi erroné de croire que ces relations redeviendraient cordiales si Israël effectuait les gestes que le gouvernement turc exige de sa part pour tourner la page de l'incident. En réalité, le problème est bien plus profond. Sa source se trouve dans la nouvelle donne en vigueur au Moyen-Orient.

Le contexte historique

L'Empire ottoman et la minorité juive


Dès son instauration au XVe siècle, l'Empire ottoman a été un refuge pour les Juifs expulsés d'Europe occidentale, en particulier d'Espagne et du Portugal. Le système du « millet » permettait aux diverses communautés religieuses de disposer d'institutions autonomes. La minorité juive mit à profit ce cadre légal pour prospérer sur les territoires placés sous la suzeraineté du Sultan. Le souverain ottoman ne s'opposa pas aux vagues d'émigration sioniste vers la Palestine pendant la seconde moitié du XIXe siècle et jusqu'à la Première Guerre mondiale, même si cette apparente bienveillance doit peut-être plus à l'affaiblissement de la mainmise d'Istanbul sur les diverses provinces qu'à une volonté réelle de soutenir les aspirations juives.

L'avènement de la Turquie moderne, dans le sillage du premier conflit mondial, n'a pas remis en cause cet état de fait. La communauté juive a pu continuer à vivre en sécurité, même pendant la Seconde Guerre mondiale, Istanbul ayant maintenu une position neutre quasiment jusqu'à la fin des hostilités. Des milliers de Juifs qui avaient réussi à échapper aux forces nazies trouvèrent refuge en Turquie pendant cette période.

Le 29 novembre 1947, la Turquie vota contre la résolution 181 de l'Assemblée générale des Nations unies qui appelait à l'établissement de deux États en Palestine, l'un juif et l'autre arabe (2). Pourtant, Ankara reconnut formellement l'État d'Israël le 28 mars 1949, moins d'un an après sa déclaration d'indépendance. Ce mouvement de balancier, entre acceptation et rejet, forme depuis lors la trame des relations bilatérales : la Turquie souffle le chaud et le froid, en fonction du contexte international et régional et de sa propre situation domestique.

De 1948 à la fin des années 1980 : tensions et rapprochements

Le premier représentant turc en Israël, Seyfullah Esim, présenta ses lettres de créances au premier président de l'État d'Israël, Chaïm Weizmann, le 3 juillet 1950 (à sa résidence de Rehovot, et non pas à Jérusalem). Ce n'est que plus tard, à partir de 1952, que les deux pays élevèrent le niveau de leurs représentations respectives au rang d'ambassades. Cette évolution reflétait la décision stratégique qu'avait prise la Turquie : l'alignement sur l'Ouest au début de la guerre froide, matérialisé par son adhésion à l'Otan.

Certains analystes turcs attribuent également cette évolution à la volonté de prendre une revanche sur la trahison commise par la péninsule arabique (l'Arabie saoudite d'aujourd'hui) qui, pendant la Première Guerre mondiale, s'était alliée à la Grande-Bretagne contre l'Empire ottoman - lequel était, de son côté, allié à l'Allemagne. À l'inverse, l'adhésion de la Turquie au Pacte de Bagdad de 1955 provoqua un refroidissement dans ses relations avec Israël, même si la nature et les intentions de cette alliance étaient avant tout anti-soviétiques (3). À cette époque - et c'est encore le cas aujourd'hui -, la Turquie percevait les nouveaux développements géostratégiques dans la région comme autant d'occasions de faire valoir son poids politique. En 1955, cette affirmation passait par un alignement sur l'Ouest et sur ses relais dans la région - en l'occurrence, le Pakistan et l'Irak.

À la suite de l'attaque du canal de Suez par Israël (alors allié à la France et à la Grande-Bretagne), la Turquie rappela son ambassadeur, tout en maintenant un chargé d'affaires à Tel-Aviv. Israël en fit de même à Ankara. Mais, rapidement, la situation régionale connut une nouvelle évolution. En 1958, la révolution baasiste en Irak et la création cette même année de l'Union arabe par l'Égypte et la Syrie mirent fin au pacte de Bagdad. Tous les régimes non arabes situés à la périphérie - la Turquie, Israël, l'Iran et l'Éthiopie - convergèrent vers un intérêt commun : tenir tête à ces forces radicalement anti-américaines. Ces considérations géostratégiques conduisirent ces quatre États périphériques à sceller un pacte informel.

C'est cette période de la fin des années 1950 et du début des années 1960 qui vit le développement spectaculaire des relations bilatérales d'Israël avec chacun de ces pays, dont la Turquie, dans tous les domaines : diplomatique, sécuritaire, commercial et agricole.

L'éruption du conflit chypriote après l'indépendance de l'île en 1960, puis la guerre des Six Jours en 1967 provoquèrent un nouveau tournant dans les relations (4). Avant même cette guerre, le volet militaire de la coopération bilatérale était en suspens. Les liens se détériorèrent dès 1967, et les relations commerciales furent interrompues deux ans plus tard, en 1969. Que ce soit en 1967 ou durant la guerre du Kippour en 1973, la Turquie interdit aux États-Unis d'utiliser la base militaire d'Incirlik pour acheminer de l'aide à Israël. Cette prise de position explique que les pays arabes producteurs de pétrole aient décidé d'épargner la Turquie pendant la crise pétrolière de 1973-1974. En 1975, conformément à sa nouvelle politique, Ankara soutint la résolution de l'Assemblée générale des Nations unies qui assimilait le sionisme au racisme.

Cette inclination vers le monde arabe, dans les années 1970, au détriment du lien avec Israël, n'apporta pas le résultat espéré, à savoir le soutien des États arabes aux revendications turques dans le conflit chypriote. Cette absence de retour (5) explique sans doute, en partie, le soutien qu'Ankara apporta à l'évacuation de la majorité des 4 500 Juifs de Syrie à la fin des années 1970, principalement vers l'Europe et les États-Unis. Le coup d'État militaire de 1980 en Turquie ouvrit une longue période dominée par la figure de Turgut Özal, d'abord au poste de premier ministre entre 1983 et 1989, puis en tant que président jusqu'en 1993. Les relations entre Ankara et Washington s'améliorèrent, mais leur impact sur les rapports avec Israël ne fut pas immédiat - et cela, pas uniquement du fait de la Turquie.

En 1981-1982, Israël détruisit le réacteur nucléaire irakien d'Osirak, fit de Jérusalem sa capitale unifiée, annexa le plateau du Golan et occupa une partie du Liban, dont la capitale Beyrouth. Dans ces circonstances, il était difficile à Ankara d'entamer un rapprochement avec l'État hébreu. De fait, ces évolutions eurent pour conséquence une réduction de la représentation turque à Tel-Aviv et la fermeture du consulat de Turquie à Jérusalem-Ouest. Mais la seconde moitié des années 1980 vit, de nouveau, un réchauffement graduel des relations.

Des rencontres diplomatiques de haut niveau eurent lieu, d'abord à New York et en Europe, pour finalement se tenir en Turquie même. Les diplomates israéliens en poste aux États-Unis reçurent pour consigne de faire pression sur les membres du Congrès afin qu'ils rejettent une proposition de loi redoutée par Ankara. Cette proposition devait instaurer le 24 avril comme jour de la commémoration des tragiques événements de 1915 qui aboutirent aux massacres de centaines de milliers d'Arméniens.

Les années 1990 : une proximité sans nuages

La conférence de Madrid, en 1991, constitua une étape décisive dans l'amélioration des relations bilatérales. Cette conférence lança un processus qui vit Israël et la plupart de ses voisins arabes s'engager dans des négociations sur les principales questions régionales. Les pourparlers se déroulèrent au sein de cinq groupes de travail consacrés à l'eau, à l'environnement, à la réduction des armements, à la question des réfugiés et à la coopération économique. La Turquie participa activement aux débats : des diplomates turcs jouèrent, en particulier, un rôle crucial dans les discussions sur la réduction des armements, enjeu très sensible pour Israël comme pour les États arabes. Cette implication turque dans la conférence de Madrid contribua au retour d'un ambassadeur turc à Tel-Aviv, en décembre 1991.
Les accords d'Oslo signés en 1993 entre Israël et l'OLP, puis le traité de paix israélo-jordanien de 1994 ont facilité la normalisation des relations turco-israéliennes. L'Inde et la Chine suivirent le même chemin puisqu'elles établirent, chacune de son côté, des relations diplomatiques de plein droit avec l'État hébreu.

Dans le même temps, la Turquie souhaitait moderniser son appareil militaire. Les États-Unis comme l'Europe rechignaient à s'associer à ce projet, pour ne pas prêter le flanc aux critiques, spécialement sur la question du respect des droits de l'homme par Ankara. Conséquence : Israël apparaissait comme un partenaire naturel pour le gouvernement turc. De fait, pendant toute la seconde moitié de la décennie 1990 et jusqu'au milieu de la suivante, la coopération militaire entre les deux pays connut un fort développement. Des accords militaires bilatéraux furent signés au milieu des années 1990. Ils portaient sur des transferts de technologies, des manoeuvres conjointes et des échanges de renseignements. Ces accords permirent, entre autres progrès, la mise à niveau de nombreux systèmes d'armes de la Turquie (sur terre, en mer et dans les airs) ainsi que la fourniture de nouveaux équipements israéliens.
Mais les relations bilatérales se développèrent bien au-delà du seul domaine militaire.

Les présidents israéliens Chaïm Herzog et Ezer Weizman se rendirent en Turquie à plusieurs reprises, et le président turc Suleyman Demirel effectua deux visites officielles en Israël, en 1996 et en 1999. Les deux pays signèrent un accord de libre-échange en 1996 - accord qui, du point de vue israélien, revêtait une importance plus politique qu'économique. Depuis la signature de cette convention, la balance commerciale est d'ailleurs clairement déséquilibrée en faveur de la Turquie (1,8 milliard de dollars d'exportations turques vers Israël contre 1,3 milliard de dollars d'importations, en 2010 ; la tendance s'est confirmée en 2011, la Turquie ayant cette année-là exporté pour 2,17 milliards de dollars vers Israël).

Même la victoire du Parti de la prospérité et de son virulent leader Necmettin Erbakan, qui obtint le poste de premier ministre en 1996, ne mit pas fin à ce processus de rapprochement. Mais le mandat d'Erbakan fut brutalement interrompu par un coup d'État militaire en février 1997, et son parti fut interdit (6).

Last but not least : les négociations entre Israël et l'Autorité palestinienne, qui culminèrent en 1999-2000 avec les discussions sur un règlement général de la question palestinienne, confortèrent le gouvernement turc dans sa volonté de développer ses relations avec Israël.

L'ère de l'AKP

La nouvelle approche d'Ankara


Avant même l'arrivée du Parti de la justice et du développement (AKP) au pouvoir à Ankara suite à sa victoire aux élections de décembre 2001, les événements ne présageaient rien de bon pour les relations bilatérales. Les discussions israélo-palestiniennes capotèrent à la fin 2000, et la seconde Intifada éclata dans la foulée, avec son lot d'opérations terroristes dirigées contre les civils israéliens. Les représailles menées par Israël furent mal perçues en Turquie (et plus largement en Europe). Les attentats du 11 septembre 2001 à New York et à Washington vinrent ajouter une dose de tension : de nombreux musulmans, y compris en Turquie, voulurent y voir une phase du « choc des civilisations » en cours entre l'Islam et l'Occident - Occident auquel était clairement assimilé Israël. Au début de l'année 2003, le nouveau gouvernement turc dirigé par l'AKP suivit une décision du Parlement interdisant à la coalition internationale d'utiliser l'espace aérien turc pour l'invasion de l'Irak.

Il n'empêche : malgré la dégradation de l'environnement régional qui avait démarré avant l'arrivée au pouvoir de l'AKP et qui se poursuivit par la suite - et en dépit des prises de position d'Ahmet Davutoglu, à l'époque conseiller diplomatique du premier ministre Erdogan -, les relations avec Israël demeurèrent stables. Dans son ouvrage consacré à la « profondeur stratégique » de la Turquie, celui qui est aujourd'hui le ministre des Affaires étrangères du gouvernement d'Ankara dessine un pays assis à l'intersection de plusieurs aires politiques et prône une politique étrangère visant à éviter tout problème avec ses voisins directs. Point essentiel : il voit dans l'islam un atout important du pays dans son environnement politique immédiat.

L'une des premières évolutions dues à cette approche fut le changement d'attitude à l'égard de la Syrie. Avant l'avènement de l'AKP, les relations avec Damas étaient tendues. Les autorités turques faisaient régulièrement valoir leurs griefs contre l'assistance dont le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) bénéficiait en Syrie : les troupes de l'organisation kurde pouvaient s'entraîner et opérer librement sur le territoire syrien. Sous la menace d'Ankara, le gouvernement de Damas dut se résoudre à annuler l'asile accordé à Abdullah Öcalan et à mettre un terme aux activités du PKK sur son sol. Les deux pays signèrent également un accord de libre-échange, organisèrent des manoeuvres militaires conjointes et multiplièrent les visites diplomatiques de haut rang.

En mars 2003, l'interdiction faite à la coalition internationale d'utiliser l'espace aérien turc pour acheminer des troupes vers le front nord de l'Irak n'eut pas d'effet immédiat sur les relations avec Israël. Elle souleva toutefois une certaine inquiétude à Tel-Aviv dans la mesure où elle reflétait un changement de ton susceptible, à terme, de se retourner contre l'État hébreu.

Le 6 juin 2004, le quotidien Ha'aretz publia un long entretien avec le premier ministre turc. Les propos de Recep Tayyip Erdogan indiquaient assez clairement l'évolution à court terme des relations entre les deux pays. Alors que la seconde Intifada faisait encore rage, le chef du gouvernement turc qualifiait les réactions israéliennes de « terrorisme d'État ».
« Aujourd'hui - explique-t-il -, les victimes sont les Palestiniens. Et malheureusement, le peuple d'Israël traite les Palestiniens de la même manière que les Juifs furent traités il y a de cela cinq cents ans. Israël bombarde la population - des civils - à partir d'hélicoptères, tue sans discernement des enfants, des femmes et des personnes âgées, et rase leurs maisons avec ses bulldozers. »

Malgré ces critiques acerbes et l'allusion à des civils palestiniens tués par des hélicoptères, Israel Aerospace Industries, au même moment, fournit encore dix drones Heron à la Turquie, tandis qu'Israel Military Industries poursuivait son contrat de mise à niveau des chars M60 que la Turquie avait achetés aux États-Unis. Et il ne s'agit là que de deux des principaux contrats d'armement passés entre les deux pays ! D'autres accords furent discutés jusqu'à l'affaire de l'Avi Marmara, en 2010, qui poussa Ankara à suspendre la coopération. Les contrats d'armement signés entre les deux pays au cours des dix dernières années sont estimés à un total de 4,5 milliards de dollars.

Autre illustration de cette relation à géométrie variable : la retenue avec laquelle Israël a abordé la question de l'utilisation de l'espace aérien turc par des avions-cargos iraniens. Ces avions chargés d'armes se dirigeaient vers Damas, d'où les cargaisons étaient acheminées jusqu'aux mains du Hezbollah. Mise au pied du mur par des renseignements précis sur ces vols (renseignements livrés par les services américains ou israéliens), la Turquie intercepta quelques appareils mais en laissa filer la majorité. Il faut ajouter à ce complexe écheveau que les pilotes israéliens s'entraînaient alors dans ce même espace aérien emprunté par les avions iraniens en route pour Damas ! L'exiguïté de l'espace aérien israélien oblige, en effet, les pilotes de Tsahal à se déplacer vers les zones plus vastes et plus accidentées de la Turquie pour s'entraîner sur ces hélicoptères qui, d'après les accusations portées par Erdogan, servaient à tirer sur les civils palestiniens... Après le refroidissement des relations bilatérales, l'armée de l'air israélienne déplaça ses entraînements vers la Roumanie et la Grèce.

La Turquie, un médiateur entre Israël et les Palestiniens
Le kaléidoscope des relations israélo-turques s'est enrichi de nouvelles combinaisons au cours de l'année 2006. Erdogan eut des mots très durs après l'attaque du Liban par Israël, consécutive à l'enlèvement de soldats de Tsahal par le Hezbollah.

« Cette guerre est injuste », déclara-t-il, en Malaisie, devant l'Organisation des pays de la Conférence islamique, avant d'ajouter que l'intervention israélienne ne faisait qu'alimenter la haine à l'égard de l'État hébreu. En outre, la Turquie contribua par des moyens navals et terrestres à la Force intérimaire des Nations unies pour le Liban (FINUL), dans le cadre de la résolution 1701 du Conseil de sécurité qui renforçait ce contingent. Cette participation soulignait la volonté d'Ankara de jouer un rôle actif dans la région.
Les relations que la Turquie entretient avec le Hamas constituent également un cas d'espèce : Ankara fut la première capitale à reconnaître le gouvernement du Hamas à Gaza, à la suite des élections de 2006.

Cette décision représente une manifestation éclatante de l'approche prônée par le ministre des Affaires étrangères Ahmet Davutoglu : d'après lui, la Turquie doit réagir très rapidement aux brusques changements politiques du Moyen-Orient (une démarche qui fut également mise en oeuvre au moment du « printemps arabe »). En 2006, donc, la Turquie n'attendit pas que le monde arabe digère ce séisme politique que fut la séparation entre la bande de Gaza (dirigée par le Hamas) et la Cisjordanie. Elle décida d'ignorer la ligne définie par le Quartette (Union européenne, États-Unis, Russie et Nations unies), qui exigeait comme préalable à tout dialogue avec le Hamas que le mouvement islamiste reconnaisse Israël, s'engage à respecter les accords passés entre l'OLP et l'État hébreu et renonce au terrorisme. Ankara opta résolument pour une politique de rapprochement avec l'organisation au pouvoir à Gaza. Il a même été révélé, tout récemment, que la Turquie avait invité Ismaël Haniyeh, le premier ministre du Hamas à Gaza, à se rendre à Ankara pour y recevoir une aide de 300 millions de dollars attribuée par le gouvernement turc.

Il n'empêche : la Turquie avait pour ambition de jouer un rôle de médiateur entre Israël et ses voisins. Cette ambition fut satisfaite lorsqu'en mai 2008 la Syrie et Israël révélèrent conjointement la conduite de pourparlers de paix sous les bons auspices d'Ankara. Les préparatifs de ces discussions avaient duré plusieurs mois et s'étaient achevés lors de la visite en Turquie du premier ministre israélien Ehoud Olmert, en février 2008. Les officiels israéliens qui participèrent à ces négociations ne tarissaient pas d'éloges sur les efforts diplomatiques engagés par Ankara. Mais, après cinq sessions de négociations, le processus fut interrompu du fait de la démission d'Ehoud Olmert, empêtré dans des problèmes judiciaires personnels.

La relation bilatérale en crise

En Israël, les avis divergent quant à l'origine exacte de la crise dans les relations avec la Turquie. Ce qui est sûr, c'est que le gouvernement israélien a confié à Ankara le soin de lancer les négociations avec la Syrie au second semestre 2008. Or les enjeux de ces négociations couvrent des questions stratégiques parmi les plus sensibles pour Israël. La rupture a donc nécessairement eu lieu plus tard, après la visite d'Olmert dans la capitale turque en décembre 2008. À cette occasion, Erdogan évoqua la question du blocus de Gaza par l'armée israélienne. Il mit ce sujet sur la table à la demande du premier ministre du Hamas, Ismaël Haniyeh, qui l'avait appelé peu avant l'arrivée d'Olmert à Ankara (7). Mais, deux jours après son retour de Turquie, Olmert, sans prendre la précaution d'avertir Erdogan avec qui il venait pourtant de discuter de ce sujet, donna à Tsahal l'ordre d'intervenir militairement pour mettre fin aux tirs de roquettes en provenance de la bande de Gaza : ce fut l'opération Plomb durci.

Un deuxième coup fut porté, dans la foulée, à l'orgueil des Turcs, lorsque Benyamin Netanyahou remporta les élections de 2009. L'une des premières décisions du nouveau gouvernement fut, en effet, d'interrompre les négociations avec la Syrie. Cette rupture était sans doute légitime, mais elle aurait dû être annoncée à Erdogan par Netanyahou lui-même ou par un émissaire de haut rang, en insistant sur le fait qu'Israël comptait sur la Turquie en cas de reprise des pourparlers.

Malgré ces déceptions et ces camouflets infligés à l'ambition régionale de la Turquie, Ankara ne prit aucune mesure de rétorsion contre les intérêts israéliens. Même la puérile « diplomatie de la chaise basse », en janvier 2010 (8), ne provoqua pas de veto turc à l'adhésion d'Israël à l'OCDE, au début du mois de mai de la même année.

C'est quelques jours plus tard, en ce même mois de mai 2010, que les deux gouvernements se retrouvèrent embarqués dans l'affaire de l'Avi Marmara. Ils n'avaient pas pris la mesure de la détermination des membres de la flottille, prêts à en découdre pour déclencher une crise et attirer l'attention de l'opinion internationale. La prise de contrôle du navire Avi Marmara par les forces israéliennes fit neuf morts, dont huit citoyens turcs et un Turco-Américain. Le jour même, le secrétaire général de l'ONU nomma une commission d'enquête présidée par Sir Geoffrey Palmer, ancien premier ministre néo-zélandais. L'ambassadeur Suleyman Ozdem Sanberk, diplomate turc chevronné, et Joseph Ciechanover, ancien directeur général du ministère israélien des Affaires étrangères, faisaient également partie de ce panel. Les représentants turcs et israéliens négocièrent une formule qui, si elle était acceptée par leurs gouvernements respectifs, mettrait fin à la crise qu'avait déclenchée l'arraisonnement de l'Avi Marmara.
Ankara avait publiquement exprimé ses exigences : des excuses, un dédommagement et la fin du blocus de la bande de Gaza.

Le ministre turc des Affaires étrangères rappela que son pays avait toujours accordé l'asile aux Juifs. Il ajouta qu'Ankara avait été, jusqu'à la paix israélo-égyptienne, l'unique capitale de la région à reconnaître Israël et à établir des relations normales avec l'État hébreu. Et malgré ces manifestations de sympathie passées, Israël était devenu le seul pays à avoir tué des citoyens turcs en temps de paix. Selon lui, les excuses attendues par la Turquie relevaient du simple bon sens. Dans les mois qui suivirent l'incident de l'Avi Marmara, le chef de la diplomatie turque démentit toute volonté de normaliser les relations diplomatiques entre les deux pays - et cela, malgré l'assistance apportée par Ankara pour éteindre le gigantesque incendie du mont Carmel en 2010, au cours duquel plusieurs Israéliens perdirent la vie, et malgré le soutien apporté par Israël à la suite du tremblement de terre qui frappa la Turquie en octobre 2011. Ces démarches constituaient pour Davutoglu de simples gestes humanitaires, qui ne sauraient obéir aux mêmes règles que les relations politiques entre États.

S'excuser ou ne pas s'excuser : telle n'est pas la question
Le fait que les représentants des deux États continuèrent à négocier directement au sein de la commission Palmer (9), et surent trouver une formule commune de résolution de la crise, montre que les gouvernements demeuraient à la recherche d'une solution. Il est évident que ces diplomates d'expérience n'ont pu se mettre d'accord que sur un texte dont chaque mot avait été préalablement approuvé par leurs premiers ministres respectifs. Cela dit, l'autorité dont dispose Netanyahou au sein de son gouvernement est loin d'être absolue. Il est vrai que le ministre des Affaires étrangères, Avigdor Liberman, bien qu'opposé à un accord avec la Turquie, avait clairement laissé entendre qu'il ne démissionnerait pas si son point de vue était mis en minorité. Mais le vice-premier ministre Moshe Yaalon, qui avait participé aux deux derniers rounds de négociations avec la Turquie, rejeta, lui, toute idée de compromis. Comme tous les opposants à un arrangement fondé sur la proposition turque, il souligna l'imprécision de la formule proposée, ainsi que son manque d'ambition au vu des nouvelles réalités du Moyen-Orient (10).

Six mois après l'incident de l'Avi Marmara, l'ensemble de la région fut ébranlé par le « printemps arabe ». Les structures politiques traditionnelles, les alliances et les régimes sont aujourd'hui sens dessus dessous : c'est toute la zone qui est redessinée. Dans ce nouvel environnement, la Turquie a fait une fois de plus la preuve de sa souplesse et de sa capacité d'adaptation. En Égypte et en Libye, Ankara fut parmi les premières capitales, presque en même temps que Washington, à abandonner Moubarak et Kadhafi. Le cas de l'Égypte ne représente pas une surprise dans la mesure où les deux pays, concurrents pour la suprématie politique et économique auprès des États arabes producteurs de pétrole, n'entretenaient pas des relations très amicales. Le lâchage du régime syrien de Bachar al-Assad est, en revanche, plus étonnant. En effet, quelques mois seulement avant d'offrir aux rebelles un appui politique et un abri en territoire turc, Ankara procédait encore à des exercices conjoints avec l'armée syrienne ! Du fait de ce changement d'attitude, la popularité d'Erdogan atteignit des sommets dans les sociétés arabes, spécialement en Cisjordanie et dans la bande de Gaza.

Le « modèle turc » connaît un net regain d'intérêt dans la région. Il fait même office de référence car il a permis à un parti islamiste d'exercer le pouvoir dans le cadre d'un État encore très attaché à son caractère laïque. Les auteurs de ce modèle ont, par surcroît, réussi à adapter le système judiciaire, politique et économique de façon à rendre la Turquie éligible à une entrée dans l'Union européenne. L'approche turque n'est peut-être pas considérée comme idéale en Égypte, où les salafistes pourraient tout à fait participer à un gouvernement de coalition. Mais l'intérêt qu'elle suscite est réel en Tunisie, au Maroc, en Palestine et en Syrie.

Dans ce nouveau Moyen-Orient, une normalisation des relations avec Israël serait tout sauf un atout pour la Turquie, qui pourrait bien se satisfaire de la situation actuelle. Depuis qu'Ankara a accepté le déploiement des radars de l'Otan sur son sol (11), la Turquie ne craint plus les prises de position qui lui seraient défavorables de la part d'un Congrès américain acquis à la cause d'Israël.

Le retrait définitif d'Irak, les bouleversements potentiels en Syrie et la campagne en cours contre le programme nucléaire iranien constituent autant de raisons pour Washington de travailler de façon constructive avec Ankara. L'intérêt des États-Unis est donc d'aplanir les différends entre Israël et la Turquie, mais Washington donnera la priorité à une relation apaisée avec cette dernière plutôt qu'à une résolution de la crise déclenchée par l'assaut de l'Avi Marmara.

Pour Israël, la situation n'est pas très encourageante : faire revenir la relation bilatérale au niveau d'avant l'incident pourrait très bien ne constituer qu'un coup d'épée dans l'eau. La coopération dans le domaine de la défense ne pourra, de toute manière, pas retrouver son niveau antérieur. Ne serait-ce que parce que les généraux qui se trouvaient alors à la tête de la marine et de l'armée de l'air turques ont, depuis, été évincés ou emprisonnés, dans le cadre de la campagne de reprise en main de l'armée lancée par le gouvernement. Il demeure également peu probable que, même après d'éventuelles excuses israéliennes, la Turquie reprenne ses approvisionnements en armes auprès de l'État hébreu. Le retour des ambassadeurs turc et israélien à Tel-Aviv et à Ankara ne constituerait, à cet égard, qu'un geste symbolique dont la portée opérationnelle serait sans véritable conséquence sur le contenu et la qualité des relations. Par ailleurs, si les liens politiques et militaires ont souffert ces dernières années, les échanges économiques, eux, sont restés florissants et n'appellent aucune intervention des gouvernements : les connexions commerciales peuvent sans dommage être laissées aux bons soins du secteur privé.
Que faire ?

Il est clair que l'exigence turque la plus difficile à satisfaire est la demande d'excuses officielles. Il serait aisé pour Israël de contribuer à un fonds d'indemnisation des familles dont des membres ont été tués lors de l'assaut sur l'Avi Marmara. Quant au blocus de Gaza, il est déjà largement lettre morte, la plupart des marchandises pouvant entrer dans le territoire via les postes-frontières israéliens, ou par contrebande à partir de l'Égypte.

Mais, pour convaincre les ministres israéliens d'exprimer des excuses publiques, il faudra que la Turquie dise clairement quels seraient les termes d'un retour au statu quo ante. La décision de geler les relations officielles prise par la Turquie touche aux activités gouvernementales bilatérales, mais Ankara bloque également toute coopération d'importance entre Israël et l'Otan. Encore plus grave : la Turquie s'est engagée dans des opérations que les Israéliens perçoivent comme des atteintes à leurs intérêts stratégiques de long terme.

Exemple : le 17 mai 2010, la Turquie et le Brésil ont proposé aux Iraniens un arrangement concernant leur programme nucléaire. Cette proposition consistait essentiellement à suggérer que l'Iran fasse retraiter son uranium en Turquie et reçoive en retour 120 kilos d'uranium enrichi à 20 % pour un usage médical. Les États-Unis n'ont pas réussi à dissuader Ankara de formuler cette proposition à Téhéran. À Tel-Aviv, on s'en doute, les craintes étaient grandes que l'Iran ne cherche à saisir cette occasion pour poursuivre ses activités nucléaires en échange de concessions mineures.

D'autres tensions commencent à se faire jour autour de l'exploration de gisements potentiels de gaz naturel en mer Méditerranée. La Turquie émet systématiquement des protestations à destination des États et des compagnies qui signent des accords avec la république de Chypre sans prendre en compte la partie nord de l'île (c'est-à-dire la république turque de Chypre du Nord). Or Tel-Aviv a justement signé un accord de délimitation des zones économiques exclusives avec Nicosie en décembre 2010.

Ankara tient naturellement à préserver sa liberté d'action et son droit à critiquer la politique et les actions israéliennes sur la question palestinienne. Le gouvernement israélien, de son côté, cherche à éviter à tout prix un scénario qui le ridiculiserait aux yeux de ses citoyens. Ce scénario verrait Tel-Aviv présenter des excuses à la Turquie pour l'affaire de l'Avi Marmara et être tout de même humilié par les déclarations belliqueuses des dirigeants d'Ankara.
Des fuites dans la presse laissent entendre que les États-Unis auraient tenté en 2011 de forger un compromis acceptable par les deux gouvernements. Il demeure cependant peu probable que cette médiation officieuse de Washington puisse se substituer au dialogue direct, indispensable pour désamorcer les conflits futurs.

Quel avenir pour la relation bilatérale ?

Les changements en cours au Moyen-Orient offrent indéniablement à la Turquie et à Israël des chances nouvelles d'améliorer leurs liens, mais ils génèrent également des domaines de friction. L'arrivée au pouvoir, dans plusieurs États arabes, de partis fondés sur l'idéologie islamiste ouvre la voie à une coopération entre l'AKP, qui dirige la Turquie, et ces gouvernements. Si de nouvelles élections ont lieu à Gaza et en Cisjordanie, elles déboucheront sans doute sur un gouvernement dirigé par le Hamas. Confrontés à une telle issue, la Turquie et Israël prendront certainement des positions antagonistes. En Syrie, lorsque le régime de Bachar al-Assad sera remplacé, si le nouveau gouvernement de transition est formé par le Conseil national syrien créé à Istanbul en août 2011, la Turquie se percevra naturellement comme son parrain. Dans ce cas, Ankara appellera probablement à une reprise des pourparlers entre Israël et la Syrie portant sur le plateau du Golan, avant même que la fièvre politique soit retombée à Damas.

Simultanément, la question nucléaire pourrait se transformer en une pomme de discorde entre Israël et la Turquie. Depuis 1974, Ankara caresse l'idée de construire un réacteur nucléaire civil. Le site d'Akkuyu, sur la côte méditerranéenne, a été sélectionné à cette fin la même année, mais les activités y ont été interrompues à plusieurs reprises depuis. En 2010, la Russie et la Turquie ont signé un accord sur le nucléaire, aux termes duquel la compagnie étatique russe Rosatom construirait et - en tout cas au début - posséderait pleinement la centrale, dont l'entrée en service est prévue entre 2016 et 2019. Cet accord couvre également la coopération pour le cycle du combustible nucléaire, notamment pour le retraitement des matériaux fissiles et radioactifs usagés.

Si les efforts visant à mettre fin au programme nucléaire iranien venaient à échouer, la Turquie serait confrontée à un sérieux dilemme et pourrait très bien céder à la tentation de développer des capacités militaires similaires. Les attaques de l'armée de l'air israélienne contre le réacteur irakien d'Osirak en 1981 et les installations nucléaires militaires syriennes (12) ne pourraient en aucun cas être reproduites en ce qui concerne la Turquie. Même les efforts technologiques actuellement déployés par Israël pour ralentir les progrès iraniens dans ce domaine seraient difficiles à mettre en oeuvre.

Certes, il est peu probable qu'Ankara prenne, dans le futur prévisible, la décision de développer un programme nucléaire militaire ; mais il n'en demeure pas moins que la simple évocation d'une telle hypothèse rendrait les relations avec l'État hébreu incandescentes.

À l'opposé de ces sombres perspectives, un rapprochement n'est pas impossible. La fin de la mainmise de l'Iran sur la Syrie représenterait indéniablement une avancée positive pour Israël, ne serait-ce que parce qu'elle provoquerait probablement l'affaiblissement du Hezbollah. Si Ankara devenait le nouveau parrain de Damas, c'est même l'ensemble des négociations régionales sur l'eau qui pourrait changer de configuration : il serait alors possible de modifier le débit de l'Euphrate vers la Syrie, ce qui aurait des répercussions en cascade sur le Yarmuk puis le Jourdain, qui connaît de très sévères problèmes d'approvisionnement.

Le domaine énergétique recèle, lui aussi, une possible convergence d'intérêts, en particulier dans l'exploitation offshore du gaz naturel. Les gisements découverts dans la zone économique exclusive d'Israël dépassent largement les besoins domestiques de l'État hébreu. C'est également le cas pour Gaza. Et les explorations récentes au large du Liban, de la Syrie et de Chypre donnent à penser que toute la région pourrait bien devenir un acteur de poids sur le marché international. L'approche économique la plus rationnelle pour tous ces pays serait de s'unir pour acheminer la production vers l'Extrême-Orient ou l'Europe, dans ce dernier cas grâce à un pipeline ou à un terminal de gaz naturel liquéfié conjoint. Au vu des quantités découvertes, de la localisation des gisements et des coûts de transit, l'utilisation du territoire turc pour l'acheminement pourrait très bien être l'option la plus rationnelle. Ce scénario est difficile à imaginer dans la configuration politique actuelle du Moyen-Orient, mais la logique économique pourrait prévaloir. Il serait, en effet, plus aisé pour tous les acteurs de trouver un modus operandi qui s'appuie sur une tierce partie - la Turquie - plutôt que de rechercher un impossible accord multilatéral.

La recherche d'une attitude commune face à l'Union européenne constitue un autre domaine potentiel de coopération entre Israël et la Turquie. À supposer que l'Europe survive à la crise financière qu'elle traverse actuellement et développe ses capacités politiques et sécuritaires, il y a fort à parier que tant Israël que la Turquie continueront alors à voir dans l'UE bien plus qu'un gigantesque marché. Les négociations sur l'adhésion de la Turquie ont connu un ralentissement avant même la crise financière, et la Grande-Bretagne, qui avait promu la candidature turque, en particulier lors de la présidence britannique de l'UE au deuxième semestre 2004, a vu ses positions s'effriter. Londres ne pourra vraisemblablement plus contrebalancer l'opposition exprimée par la France et l'Allemagne à l'idée d'une adhésion d'Ankara. Mais ces deux pays, piliers de l'UE, devront en retour proposer des options alternatives sérieuses. Les dirigeants européens ont bien conscience que les propositions qu'ils feront doivent compenser le sentiment de trahison et de vexation qui commence à émerger en Turquie à l'égard de l'Europe. L'approche du « partenariat privilégié » prônée par Berlin correspond peu ou prou à la relation qu'Israël souhaite également établir avec l'UE. Israël et la Turquie pourraient tout à fait unir leurs efforts pour présenter des propositions, conjointes ou coordonnées, en vue de définir le cadre qui leur permettrait de tirer tous les bénéfices d'un tel partenariat - des bénéfices aussi proches que possible des avantages offerts par une adhésion pleine et entière.

Trois remarques pour conclure...

1.
L'incident de l'Avi Marmara n'est pas un accident. Même si cette crise n'est pas le résultat d'une action délibérée du gouvernement turc et même si le gouvernement israélien n'avait pas planifié une action violente, l'événement révèle les directions divergentes prises par les deux pays au cours de la dernière décennie.

2. L'incertitude qui résulte des soulèvements populaires dans le monde arabe pourrait encore exacerber les tensions dans les relations entre les deux pays. Nous l'avons dit : les évolutions en cours font émerger à la fois des possibilités de coopération et d'opposition. Pour parvenir à gérer ces bouleversements de manière responsable, les deux pays devraient s'efforcer de résoudre au plus vite le principal point de friction - les excuses exigées par la Turquie -, afin de pouvoir reprendre leur dialogue stratégique. Il faudra certainement du temps pour laisser cicatriser les plaies politiques et pour restaurer la confiance nécessaire à un tel dialogue. Mais l'objectif de politique étrangère affiché par le chef de la diplomatie turque, Ahmet Davutoglu, qui souhaite avoir « zéro problème avec ses voisins », pourrait s'avérer par trop ambitieux.

3. Les tensions avec Israël dépassent le cadre des relations bilatérales et transcendent les problèmes qu'ont eu à affronter les deux pays. Mais la richesse de leurs relations passées nous conduit néanmoins à conclure qu'ils surmonteront la crise actuelle. Malgré des points de vue opposés sur plusieurs questions régionales de premier plan, la Turquie et Israël ne se posent pas en concurrents au Moyen-Orient. On peut donc s'attendre à ce que les turbulences politiques régionales actuelles et la crise économique mondiale contraignent finalement les deux pays à reprendre leur coopération - et cela, même si l'ordre du jour des discussions doit être différent de celui qui prévalait à la fin 2008.





Retour à la rubrique


Source/Lien : Politique Internationale



   
 
   
 
  Collectif VAN [Vigilance Arménienne contre le Négationnisme]
BP 20083, 92133 Issy-les-Moulineaux - France
Boîte vocale : +33 1 77 62 70 77 - Email: contact@collectifvan.org
http://www.collectifvan.org