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L'Arménie, les braises de l'Histoire
Publié le :

Luc BEYER DE RYKE
Mis en ligne le 25/01/2007
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Au-delà de l'assassinat de Hrant Dink, l'instrumentalisation du passé arménien à des fins électorales en dehors de la Turquie n'aide pas forcément à la cause.

Ancien président de la Commission mixte Turquie-Parlement européen

Hrant Dink passait à Istanbul pour être "la voix de l'Arménie". Le 10 janvier, il signait dans son journal "Agos" ce qui devait être son dernier éditorial. "Ma messagerie est pleine de phrases haineuses, menaçantes. Dans la rue je suis comme un pigeon. Je marche en regardant devant et derrière moi."

Vaines précautions. Le "pigeon" a été abattu.

Lors d'un récent séjour à Istanbul, j'aurais dû le rencontrer. Il était à l'étranger. Pour évoquer le problème arménien, c'est avec un de ses confrères que je me suis entretenu. Hayko Bagdat est directeur de la seule radio arménienne à Istanbul, Yaçan Radio. Il se consacre à une émission dans laquelle il parle de l'Arménie, de son Histoire, de sa culture. Elle date d'il y a quatre ans. Ce fut la première en Turquie. "J'étais seul. Aujourd'hui, nous sommes une équipe de douze."

Hayko Bagdat est le fils d'une famille qui, après le génocide, a changé de nom. Elle s'appelait alors Manuelian. "Etre Arménien représente, encore aujourd'hui, le tabou le plus important en Turquie. Rappeler qui nous sommes fait courir le risque de faire revivre une mémoire que la République a toujours voulu occulter. Notre présence témoigne du scandale d'un peuple qui a 2 000 ans, qui représentait 1 800 000 êtres humains et qui s'est vu réduire à 60 000 personnes !"

Pourtant, Hayko Bagdat ne sait pas gré pour autant à ceux qui, hors des frontières de la Turquie, parlent de génocide. "Cela ne nous aide pas que Georges Bush prononce le mot ni que l'Assemblée nationale française vote une loi pour criminaliser la négation du génocide. Cela rend plus difficile encore la tâche de ceux qui luttent en Turquie pour la reconnaissance de nos droits."

Les propos de Hayko Bagdat offrent une résonance toute particulière et tragique avec l'assassinat de Hrant Dink.

Il y avait ces derniers temps un frémissement, une très légère avancée, dans l'évocation de la question arménienne. Ainsi ai-je visité en plein coeur d'Istanbul à Istiqlal Cadassi, la rue la plus fréquentée de la ville, une exposition consacrée à l'Arménie. Dans le même temps, durant plusieurs jours, le "New Anatolian", un des quotidiens turcs de langue anglaise, publiait des pleines pages consacrées au martyrologue de l'Arménie.

Est-ce dire que cela impliquait la reconnaissance du "génocide" ? Aucun Turc rencontré jusqu'ici n'admet le terme et la chose.

Un jeune assistant universitaire proche du Président de l'ÖDP, le Parti de la liberté et de la solidarité, en fait le Parti communiste, est allé plus loin que tous les autres dans la qualification. "Je parle de massacres génocidaires. Mais c'est mon expression personnelle. Le Parti, lui, parle de massacres et dit que nous partageons la tragédie du peuple arménien. Nous sommes les seuls à dire cela."

Il a raison. Même de vieux militants communistes n'y sont pas prêts. Ainsi, Rasi Illeri contemporain, lorsqu'il était jeune, d'Ataturk. "Il y eut initialement des révoltes arméniennes encouragées par les grandes puissances. Lorsque la guerre éclata, une partie des Arméniens engagés dans l'armée constituait une cinquième colonne qui aidait les Russes lorsque les Turcs reculaient. D'où, en représailles les terribles massacres. Mais il y eut au moins autant de Turcs, de Kurdes massacrés que d'Arméniens."

Cette vision des événements est partagée par l'écrasante majorité des Turcs.

Côté arménien, on évoque "une lutte de libération nationale". Lors de la dislocation de l'Empire ottoman, vingt-trois peuples s'en séparèrent dont... l'Arménie. "Mais Arméniens et Turcs vivaient sur le même territoire." D'où le drame.

Des hommes, comme Hayko Bagdat ou le jeune assistant universitaire affilié à l'ÖDP, luttent pour une démocratisation. Non pas seulement en faveur des Arméniens mais s'appliquant à l'ensemble de la société. C'est pourquoi l'instrumentalisation du passé arménien à des fins électorales en dehors de la Turquie nous inquiète.

C'est une catastrophe pour la communauté arménienne. Une loi comme celle votée en France risque de faire enfler la vague nationaliste jusqu'à la faire muer en déferlante... L'assassinat de Hrant Dink pourrait, sinon justifier, au moins faire comprendre ces appréhensions et cette angoisse.



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Source/Lien : La Libre Belgique



   
 
   
 
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