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Loi pénalisant la négation du génocide arménien : paradoxal déni de démocratie
Publié le :

Modifié le 25-01-2012 à 09h43

39 réactions | 17142 lu

Par Daniel Salvatore Schiffer
Philosophe

LE PLUS. L'adoption de la loi interdisant la négation du génocide arménien soulève des questions délicates. En effet, plus encore que le conflit diplomatique entre la France et la Turquie, c'est l'atteinte à la démocratie, contenue dans cette loi, qui pose problème à Daniel Salvatore Schiffer, philosophe.

Édité par Gaëlle-Marie Zimmermann Auteur parrainé par Jean-Marcel Bouguereau

Il est des faits et gestes, actes ou paroles qui, bien que dictés par les meilleures intentions, s’avèrent parfois néfastes. C’est le cas, paradoxalement, de la nouvelle loi adoptée ce 23 janvier 2012 par le Parlement français, pénalisant la négation du génocide arménien, en 1915, sous l’Empire ottoman : une décision politique qui, pour positive qu’elle soit à première vue, se révèle à long terme extrêmement négative sur le plan de la liberté intellectuelle, et donc de la pensée elle-même.

Une loi qui nuit aux débats d'idées


Entendons-nous : il ne s’agit aucunement ici de nier, ni même de relativiser, l’ampleur de ce génocide arménien. Au contraire : je nourris la plus vive sympathie et me sens empli de la plus sincère compassion, comme pour tous les peuples martyrs, envers les malheureuses victimes (par centaines de milliers) de cet abominable massacre, l’un des plus féroces de l’histoire moderne de l’ (in)humanité.

Davantage : je ne concorde pas du tout avec le Premier Ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, lorsqu’il accuse aussi sommairement, au prix d’un injuste et encore plus expéditif procès d’intention, les députés et sénateurs français de racisme voire, en ce qui concerne Nicolas Sarkozy, de calcul propagandiste face à l’électorat d’origine arménienne.

Non : je les crois réellement, en la circonstance, honnêtes moralement et de bonne foi. Et même dans le cas contraire, je leur laisse, faute de preuves, le bénéfice du doute. Dont acte !

Mais si je condamne néanmoins ladite loi, que l’actuel Ministre français des Affaires étrangères Alain Juppé n’a d’ailleurs pas hésité à qualifier très judicieusement "d’inopportune", c’est que, soucieux de prendre ici cette hauteur de vue sans laquelle il n’est point d’objectivité dans le jugement, je me place en réalité là sur un tout autre plan : celui du simple, sain et nécessaire débat d’idées ; c’est-à-dire, en définitive, de l’inaliénable liberté de pensée tout autant que de parole. Ne sont-ce ce pas là, du reste, les tout aussi indispensables et intangibles conditions, philosophiques aussi bien qu’éthiques, de toute démocratie correctement entendue ?

Et là, sur ce point précis, Erdogan, à l’inverse, a raison : cette loi française interdisant toute future réflexion critique (je n’ai pas dit "négationniste", la nuance conceptuelle est de taille) sur le génocide arménien, comme sur tout autre génocide par ailleurs, s’avère, à l’instar de tout dogme, un véritable et très dommageable "massacre de la pensée", et non seulement, comme le Premier Ministre turc s’est employé à le spécifier, de la "pensée libre".

Ne volons pas l'écriture de l'Histoire aux historiens

Car c’est aux seuls historiens, et non pas aux politiques, fussent-ils animés de bons sentiments, d'établir la vérité de l'Histoire, de façon aussi neutre et impartiale que possible : une histoire sur laquelle nul ne peut, théoriquement, légiférer ni statuer !

Aucune loi constitutionnelle, sauf à être totalitaire, ne peut prétendre réglementer la pensée, ni régir l’analyse scientifique. Aucune norme législative, sauf à être arbitraire, ne peut s’arroger le droit d’empêcher la recherche, ni d’enfreindre le libre examen. Aucune instance politique, sauf à être autoritaire, ne peut limiter, en s’y substituant de surcroît, l’effort intellectuel. Ce serait là, tout simplement, un crime contre l’intelligence, sinon une insulte aux vertus de l’esprit.

Pis : comment appeler cette volonté d’embrigader ainsi la pensée, de l’enrégimenter et de la corseter, sinon un déni de démocratie, par la mutilation de savoir qu'elle implique ? C’est même là, lorsque le pouvoir politique prend le pas sur la réflexion critique, qu’il la fait taire ou qu’il lui impose son ordre, le début du totalitarisme idéologique. Réprimer ou étouffer la liberté de conscience, plus encore que d’expression, est un des pires méfaits qui soient, au regard de tout humanisme digne de ce nom !

La France souhaite-t-elle contrôler la pensée ?

D’où, urgente et légitime, cette interrogation, pour désobligeante et même navrante qu’elle soit : la France, historique patrie des droits de l’homme, serait-elle donc en train de verser, certes à son insu et fût-ce paradoxalement là encore, dans une sorte de nouvelle dictature de la pensé, malgré cet alibi que représente ici la loi ?

Aussi la République, pour éviter pareil écueil et échapper ainsi à la tentation totalitaire, se devrait-elle de méditer, plus que jamais, cette superbe réflexion de Voltaire (pour autant qu'elle fût de lui) dans son magnifique "Traité sur la tolérance", réflexion dont on ne pourra qu’apprécier les justes et nobles mots : "Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’au bout pour que vous puissiez le dire".

Belle et immortelle leçon de tolérance, en effet ! Mais il est vrai que Sarkozy, dont les erreurs de langage tout autant que les lacunes stylistiques ne manifestent à l’évidence qu’une modeste connaissance des philosophes des Lumières, n’a probablement que très peu lu, hélas pour lui comme pour ses concitoyens, les admirables enseignements de Voltaire, assurément trop grand, par l’esprit comme par la lettre, pour lui !

Daniel Salvatore-Schiffer est philosophe, et auteur de "Critique de la déraison pure - La faillite intellectuelle des ‘nouveaux philosophes’ et de leurs épigones" (François Bourin Editeur).




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Source/Lien : Le Plus



   
 
   
 
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