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Journée de commémoration du génocide arménien
Publié le : 25-04-2013

France Culture

L'Essai et la revue du jour

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du lundi au vendredi de 6h35 à 6h42

24.04.2013 - 06:35

Laure Marchand, Guillaume Perrier : La Turquie et le fantôme arménien (Solin/Actes Sud)

Le 24 avril 2011, alors qu’il effectuait les derniers jours de son service militaire, un jeune homme est assassiné par un soldat, proche de la mouvance nationaliste et islamiste turque. Arménien, Sevag Balikçi, n’est pas tombé sous les balles du tueur ce jour-là par hasard. Le 24 avril est la date anniversaire du déclenchement du génocide de 1915. Officiellement l’armée soutient la thèse de l’accident, et le procès qui s’ensuit est entaché de toute sortes d’irrégularités. La mère de la jeune victime fait le rapprochement avec l’assassinat du journaliste et écrivain d’origine arménienne Hrant Dink, tombé lui aussi sous les balles d’un nationaliste et elle déclare en évoquant le génocide : « On a dit qu’avec Hrant Dink, ça faisait 1,5 million de victimes + 1, avec mon fils cela fait 1,5 million + 2 ». Ces meurtres couverts par la raison d’état ont ceci de commun avec le négationnisme officiel de la Turquie qu’à deux ans du centenaire du massacre planifié des Arméniens, ils perpétuent le génocide.

Endossant avec noblesse sa part de la responsabilité collective dans l’assassinat de Hrant Dink, le prix Nobel de littérature Orhan Pamuk avait écrit : « Nous avons tué un homme dont nous ne pouvions accepter les idées ». Traîné devant les tribunaux pour avoir déclaré dans un hebdomadaire suisse qu’ « un million d’Arméniens et 30 000 Kurdes avaient été tués sur ces terres », l’écrivain appartient à cette frange d’intellectuels qui ont contribué à lâcher la bonde à la parole dans l’espace public, tout comme l’historien Taner Akçam, qui a préfacé le livre de Laure Marchand et Guillaume Perrier et qui est l’auteur d’un ouvrage qui a fait date : Un acte honteux. Le génocide arménien et la responsabilité turque. Depuis 2010, des commémorations publiques du génocide sont organisées à Istanbul. On évite d’employer le mot « génocide » qui reste explosif en terrain négationniste et l’on parle de « grande catastrophe », tout comme le président Barak Obama, pour ne pas froisser ses alliés turcs, lorsqu’il célèbre le 24 avril. Mais la chape de silence commence à se disloquer, on contourne le déni par des actions destinées à développer une politique de mémoire et l’un après l’autre les fantômes prêtent leurs voix à ce « passé qui ne passe pas ».

Présents en Turquie depuis des années, Laure Marchand pour Le Figaro et Guillaume Perrier pour Le Monde ont arpenté le pays en quête des traces du génocide. S’ils ont partout retrouvé les vestiges muets de la présence arménienne, sous forme de ruines, d’églises transformées au mieux en mosquées, au pire en étables ou en entrepôts quand elles étaient parvenues à rester sur pied, sous forme encore de demeures spoliées comme le palais présidentiel à Ankara, formidable preuve du déni de mémoire qu’ils désignent même comme un révélateur « lapsus » de l’histoire turque, au point qu’ils ont consacré un chapitre entier de leur livre au « génocide de la pierre », c’est surtout une mémoire vivante et tourmentée qu’ils ont enquêtée à travers le phénomène dévoilé récemment par l’avocate, militante des droits de l’homme et défenseur de la famille de Hrant Dink, Fethiye Cçetin. On les appelle « les restes de l’épée », l’expression est terrible, ce sont des enfants rescapés du génocide, essentiellement des jeunes filles, enlevées sur les chemins de la déportation et qui ont échappé au massacre pour être incorporées dans des foyers musulmans, kurdes ou turcs. Mariées et converties de force, elles ont eu des enfants qui, la plupart du temps, ignoraient cette origine cachée et aujourd’hui c’est à la génération suivante que l’on découvre cette réalité. Depuis que Fethiye Cçetin a raconté sa propre découverte dans Le Livre de ma grand-mère, elle dit avoir reçu « un nombre impressionnant de lettres » et de fait le phénomène toucherait un nombre considérable de personnes. Laure Marchand et Guillaume Perrier, qui rapportent que dans certaines régions d’Anatolie « il se murmure que chaque famille compte une Arménienne », ont rencontré de nombreux petits-enfants de ces grands-mères de l’ombre et ils ont pu observer les situations parfois problématiques que ça peut créer en termes d’identité. Dans tous les cas ils ont constaté la force de ces récits lorsqu’ils parviennent à être formulés. « Autant le négationnisme est difficile à contrer, disent-ils, autant une grand-mère est intouchable ».

Ainsi, c’est par le biais de l’histoire familiale et intime que la grande histoire fait irruption dans la société turque. Dans certains cas la mise en cause est bouleversante, voire douloureuse, comme dans celui de ce brillant jeune homme qui avait entrepris une carrière dans l’armée comme pilote de chasse et qui se retrouve bloqué à l’entrée de l’Académie militaire sous un prétexte fallacieux, une tache de vin sur la poitrine, qui lui dit-on, est un signe distinctif « qui le rendrait identifiable par l’ennemi ». Il finit par apprendre par un oncle la vraie raison de son échec : il est Arménien d’origine et en Turquie l’accès aux postes hiérarchiques dans la fonction publique ou dans l’armée est réservé aux musulmans de souche et elle est impossible aux convertis, identifiés aux autres minorités non musulmanes. La propagande turque ayant fait son œuvre dans l’esprit du jeune homme, il n’a pas supporté de se retrouver subitement assimilé à ceux qu’elle désigne comme des « traîtres qui ont poignardé l’Empire ottoman dans le dos en pactisant avec les puissances occidentales », et il a sombré dans la folie.

Ces « oubliés de l’histoire », on le voit ne sont pas ignorés par tout le monde. L’état turc sait et il tient, autant que possible, des registres où sont répertoriés ces « restes de l’épée », toujours considérés comme une cinquième colonne. Mais tous les cas de découverte de ses origines arméniennes ne sont pas aussi tragiques en termes de troubles dans l’identité. La plupart de ces petits-enfants d’Arméniens cachés entreprennent de se reconstruire en retrouvant leurs racines et en honorant la mémoire de leur famille égarée dans les méandres de l’histoire. Et beaucoup reviennent à la religion et à la culture de leurs aïeux, enclenchant un mouvement de fond avec lequel la société turque devra compter à l’avenir.

Jacques Munier

Aujourd’hui pas de revue mais quelques livres récents autour de la question arménienne

Taner Akçam
, qui a préfacé le livre de Laure Marchand et Guillaume Perrier est l’auteur d’un ouvrage qui a fait date : Un acte honteux. Le génocide arménien et la responsabilité turque, aujourd’hui réédité en poche (Folio histoire)

Laurence Ritter et Max Sivaslian : Les restes de l’épée. Les Arméniens cachés et islamisés de Turquie (Editions Thaddée)

Hamit Bozarslan : Histoire de la Turquie. De l’Empire à nos jours (Tallandier)






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Source/Lien : France Culture



   
 
   
 
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