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Du Brésil à la Turquie en passant par l'Égypte, les révolutions 2.0 : celles des classes moyennes
Publié le :

Atlantico.fr

Publié le 1 juillet 2013

Alexandre Del Valle

Alexandre del Valle est un géopolitologue renommé. Ancien éditorialiste à France Soir, il enseigne les relations internationales à l'Université de Metz et est chercheur associé à l'Institut Choiseul. Il a publié plusieurs livres sur la faiblesse des démocraties, les Balkans, la Turquie et le terrorisme islamique. Il est notamment auteur des livres Pourquoi on tue des chrétiens dans le monde aujourd'hui ? : La nouvelle christianophobie (éditions Maxima) et Le dilemme turc : Ou les vrais enjeux de la candidature d'Ankara (Editions des Syrtes).

Le mouvement d'opposition Tamarrud a appelé le chef de l'Etat égyptien Mohamed Morsi, un an jour pour jour après son investiture, à quitter le pouvoir avant mardi, au lendemain de rassemblements qui ont réuni plusieurs millions de personnes à travers le pays.

Il y a déjà deux ans, les médias occidentaux célébraient le "printemps arabe", s’extasiant de voir défiler pacifiquement place Tahrir la jeunesse arabe avide de justice, de démocratie, de modernité et réunie à l’appel des blogs. Puis ces mêmes occidentaux - qui ont béatement cru à la synthèse de la démocratie libérale et de l’islamisme - ont fini par admettre que le monde arabe, loin d’être immunisé contre le fascisme vert, pouvait élire démocratiquement (Egypte) les partis islamistes qui ont récupéré et fourvoyé la révolution.

Aujourd’hui, ces islamo-démocrates répriment les premiers révolutionnaires laïques qu’ils ont écrasé électoralement, qui demeurent divisés et qui ne disposent ni de l’aide occidentale ni de celles des pétromonarchies sunnites du Golfe qui financent les Frères musulmans et les Salafistes… On est alors rentré dans un long "hiver islamiste", qui a poussé les jeunes protestataires laïques-progressistes à redescendre dans la rue face aux Frères musulmans prêts à en découdre physiquement mais qui sont eux aussi branchés Facebook et téléphones portables. Laïcité moderne contre modernité islamisée… Puis c’est finalement la Turquie elle-même, pourtant prospère et exemple quasi unique de nation musulmane pro-occidentale, laïque et libérale, qui a été frappée par un "Mai 68 turc" ou même un "printemps turc" porté par les progressistes, les libéraux, les blogueurs, les féministes, les laïques (nationalistes comme gauchistes), et les minorités qui dénoncent l’autoritarisme du premier Ministre Recep Taiyyp Erdogan arrogant, accusé de dékémaliser et réislamiser la Turquie au nom de l’Europe et de la démocratie. Il est vrai qu’Erdogan a souvent déclaré dans ses discours que la "démocratie est un tramway dont on descend à la station de son choix", et qu’elle est "un moyen et non une fin…".

Au même moment, en France, face à la dérive autoritaire d’un pouvoir socialiste français qui réprime sans retenues des manifestants pacifiques anti-mariage gay alors que les casseurs pillent et terrorisent impunément, certains protagonistes de la "manifestation pour tous", devenue une révolte civile face à "l’Etat PS", ont évoqué un "printemps français". Durant l’hiver 2012, Vladimir Poutine a lui aussi eu du fil à retordre lorsque son retour à la présidence de la Fédération de Russie fut vivement contesté par les jeunes issus des nouvelles classes moyennes, connectées via les réseaux sociaux, aux jeunes blogueurs du monde entier. Vladimir Poutine dut essuyer les attaques redoutables de centaines de milliers de jeunes russes exigeant son départ, mais il eut l’habilité de ne pas réprimer violemment le mouvement et de le combattre avec les mêmes armes, celles de la guerre psychologique, de l’information et de l’image. Après Erdogan en Turquie, Vladimir Poutine en Russie, deux autres dirigeants dont l’élection n’a même pas été contestée, Mohammed Morsi en Egypte et Dilma Roussef au Brésil, sont aujourd’hui malmenés par les nouvelles masses "e-révolutionnaires" et autres adeptes des révolutions de velours.

Tout sauf des révolutions de prolétaires

On nous dit que les révolutionnaires même pacifiques n’ont que des revendications économiques et ne sont qu’une réaction à l’injustice et à la pauvreté. Or en Russie, en Tunisie, au Maroc, en Egypte ou au Brésil, les révolutions de velours ont été organisées et lancées par les jeunes issus des classes les moins frappées par la pauvreté et les moins victimes d’injustice. Et les vrais pauvres n’ont pas manifesté non plus au printemps 2009 contre la réélection frauduleuse de l’ex-président Ahmadinejad. De toute façon, les révolutions prolétaires ont toujours elles-mêmes été ourdies par des bourgeois… Et pour revenir au Brésil ou à la Turquie, il ne s’agit pas des pays du sud les plus pauvres et malheureux, mais de pays émergeants qui ont suscité l’admiration ces dernières années pour leur croissance. Dans les deux cas, ce ne sont pas les masses prolétaires ouvrières, les mineurs, les pauvres paysans affamés ou même les syndicalistes encartés ou autres des révolutionnaires de profession qui ont lancé les manifestations, mais des groupes connectés en réseaux sociaux, peu ou pas du tout structurés politiquement mais unis autour de quelques grands thèmes qui tournent toujours autour de la mauvaise gouvernance, de la corruption, etc. Cette jeunesse révolutionnaire brésilienne et turque a beau différer, dans ses revendications, des blogueurs libéraux-progressistes qui ont initié le "printemps arabe", ils ont des points communs avec eux, comme d’ailleurs avec les manifestants anti-Poutine de la "révolution des neiges" (2012). Ces "e-révolutionnaires" interconnectés planétairement et localement revendiquent avant tout plus de transparence, une meilleure gouvernance, une démocratie directe, et des libertés individuelles totales. Ils refusent les gestions politiques patriarcales ou népotistes passées. A Istanbul, place Taksim, ils ont refusé qu’un premier Ministre islamiste se mêle de tout, interdise les débits de boisson, invite les femmes à faire plus d’enfants et surtout favorise son clan politique et sa confrérie religieuse, l’objectif étant de remplacer la vieille garde kémaliste vaincue électoralement depuis 2002 par une nouvelle classe islamiste. Tout cela au détriment des minorités, des laïques, des libéraux, etc. Au Brésil, les "e-révolutionnaires" estiment qu’une dirigeante pourtant démocratiquement élue n’a pas le droit de lancer des travaux pharaoniques liés aux évènements sportifs internationaux alors que les promesses d’améliorer les lamentables réseaux de transports qui pourrissent la vie quotidienne des Brésiliens ne sont pas tenues.

Un nouveau pouvoir planétaire virtuel

Grâce aux réseaux sociaux reliés aux téléphones portables, un pouvoir de contestation et de ré-information à la fois planétaire et localisé d’une force extraordinaire est aujourd’hui capable de paralyser et de discréditer n’importe quel dirigeant, comme on l’a vu avec Recep T. Erdogan, tout à coup redescendu de son piédestal ou avec Zapatero en 2011 face aux "Indignados". Cette "E-révolution pacifique" en marche fait trembler aujourd’hui non plus uniquement les despotes - qui craignent de finir comme Moubarak (Egypte), Ben Ali (Tunisie) ou Kadhafi (Libye) - mais aussi les dirigeants démocratiquement élus du monde entier qui savent que la guerre de l’image peut faire perdre à tout leader - jadis aimé - sa légitimité, ses appuis internes et externes et donc sa puissance. Ce type de révolution pacifique n’est en réalité pas nouveau, il a été initié par Ghandi et Martin Luther King et sa force, décuplée avec le web, réside dans "l’action pacifisme asymétrique", puisque dans une "guerre des représentations", le perdant est celui qui abuse de sa force, même légale. Sous la guerre froide, la méthode redoutable de la révolte non-violente a été conçue de façon scientifique par le professeur américain Gene Sharp [1] et mise en application pour la première fois dans les années 1980 par le syndicat chrétien de Lech Walesa, Solidarnosc, qui fit vaciller sans violence la dictature communiste du général Jaruzelski. Il s’agissait de la première "révolution de velours". Ancien directeur du programme sur les "Sanctions non violentes appliquées aux conflits et à la défense " de Harvard, Gene Sharp est président d'honneur de la fondation Albert Einstein, qui accorde des bourses aux promoteurs de la démocratie dans le monde entier, y compris en Turquie, en Egypte, en Russie ou au Brésil. Sharp et des anciens de Solidarnosk ont formé le mouvement OTPOR en Serbie qui, dans les années 1990, fit tomber pacifiquement le régime de Milosevic, bien plus efficacement que les bombes de l’OTAN... Sharp inspira aussi les "révolutions de velours" des années 2000 (Ukraine, Géorgie, Kirghizistan, etc). On sait aujourd’hui que ses manuels de "révolutions pacifiques" ont inspiré les premiers "e-révolutionnaires" arabes, avant la reprise en main par les mouvements islamistes. Son ouvrage le plus lu et téléchargé sur internet est La dictature à la démocratie (1993), traduit en 30 langues dont l’arabe. Tout homme politique doit lire ce manuel, car il peut un jour ou l’autre être confronté à ce type de contestation du "troisième type", fondée sur un triple phénomène planétaire qui a encore beaucoup d’avenir : primo le refus des jeunes de toute forme d’autorité et de toute hiérarchie, refus véhiculé par la "culture Wc-Word" et les valeurs de la société de consommation et du plaisir ; secundo la généralisation des réseaux sociaux, qui créent de nouveaux types d’appartenances et de mobilisations, tercio, l’exigence d’hyper-transparence et de bonne gouvernance portée par ces phénomènes et par la démocratisation et son corolaire l’égalitarisme.

[1] Gene Sharp est Professeur de sciences politiques à l'université de Dartmouth (Massachusetts). Il a dirigé le programme sur les " Sanctions non violentes appliquées aux conflits et à la défense " à Harvard. Ancien objecteur de conscience pendant la guerre du Vietnam, emprisonné à l’époque pour appel à la désertion, Gene Sharp est président d'honneur de la fondation Albert Einstein, qui accorde des bourses à des promoteurs de la démocratie dans le monde entier.. Inspirateur de Solidarnosc dans les années 1980, du mouvement OTPOR en Serbie dans les années 1990, puis des "révolutions de velours" dans les années 2000 (Ukraine, Géorgie, Kirghizistan, etc), Gene Sharp a également marqué la première phase des révolutions arabes, avant la reprise en main par les mouvements islamistes, notamment les activistes laïques progressistes ou libéraux agissant sur le web comme notamment Wahel Ghonim en Egypte ou Lina Ben Mehnni en Tunisie. Son ouvrage le plus lu et téléchargé sur internet est La dictature à la démocratie (1993), traduit en 30 langues dont l’arabe .

A lire. Le dilemme turc : Ou les vrais enjeux de la candidature d'Ankara, par Alexandre Del Valle et Emmanuel Razavi (Editions des Syrtes). Pour acheter ce livre, cliquez ici.





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