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Erdogan: "les minarets sont nos baïonnettes"
Publié le :

Charlie Hebdo

01 Jul 2013

Dix années d’islamisation insidieuse menacent de définitivement entamer l'héritage kémaliste. Comment vider la laïcité de son sens? Mode d'emploi.

«Des arbres, pas des immeubles. Des écoles, pas des mosquées. La liberté d’expression, pas la prison. De la bière, pas de l’ayran (boisson traditionnelle turque, à base de yaourt). La démocratie, pas le fascisme. La Turquie, pas Dubaï.» Voilà quelques slogans des manifestants turcs qui pourraient bien résumer l’agenda politique de Recep Tayyip Erdogan. Les écolos du parc Gezi tombent mal pour le Premier ministre turc. Celui qui n’a jamais caché son ambition de briguer la présidentielle en 2014 avait jusqu’ici effectué un parcours sans fautes dans son entreprise de mutation de la Turquie pour en faire une puissance moderne, certes, mais islamique avant tout. Ses dérives autoritaires ont fini par jeter l’opposition dans les rues, exigeant le départ immédiat de celui qui a pourtant été plébiscité par les urnes. Fort de sa légitimité démocratique, il n’a pas hésité le samedi 15 juin à disperser manu militari le dernier village gaulois qui tenait encore le parc menacé, îlot de verdure qui aura eu raison du mythe d’infaillibilité d’Erdogan. La contestation démarrée le 31 mai par quelques activistes écologistes est loin d’être une routine militante, elle cache un profond malaise de l’islamisme politique «fréquentable», un modèle qui atteint ses limites.

La laïcité met les voiles

La belle soixantaine, le chef du gouvernement qui gouverne un pays de 73 millions d’âmes d’une main virile a savamment su allier grands chantiers économiques et discrètes mesures liberticides. Arrivé à la tête du pouvoir en 2003, réélu en 2007, puis en 2011 avec 50% de voix, cela fait dix ans qu’il n’a cessé d’éroder l’édifice de la laïcité. Avec 326 sièges sur 550, le Parti Justice et Bienfaisance (AKP) n’est qu’à cinq sièges de la majorité des deux tiers qui lui permettrait de réformer la Constitution. Pas étonnant avec une telle marge de manœuvre que ce soit le Parlement qui autorise en 2008 le port du voile à l’Université, impensable durant l’âge d’or du kémalisme. Il tente également de légiférer contre l’adultère avec un projet de loi qui punit l’infidélité conjugale. Finalement, le texte sera abandonné sous la pression de l’armée et des médias. Il est vrai qu’Erdogan n’est pas un leader politique qui s’illustre par ses frasques sexuelles. Marié depuis 1970 à Emin Gülbaran, il est un père rangé de quatre enfants. Rencontrée dans un meeting politique, Mme Erdogan imposera son voile au plus haut sommet du pouvoir, au nez des militaires. Trop proche du mouvement de Fethullah Gülen2, qui prône une islamisation de la société par la mainmise sur le système éducatif, notamment en appelant à la réintroduction du créationnisme dans les programmes scolaires, l’AKP favorise un climat de censure religieuse de plus en plus insupportable pour les laïques. Surtaxation de l’alcool, pressions administratives sur les bars proches des mosquées, condamnations pour blasphème, interdiction d’œuvres artistiques ou audiovisuelles, autant de mesures qui deviennent une routine sous Erdogan.

L’adolescent qui vendait des friandises dans les rues d’Istanbul pour aider les siens a été mis très tôt sur le droit chemin par ses parents. Stambouliote de naissance, il a grandi à Rize, sur les bords de la mer Noire, où son père était garde-côte. De retour dans la capitale ottomane à l’âge de 13 ans, il intègre une école religieuse pour être désigné imam adjoint dès l’âge de 16 ans. En 1970, il adhère aux jeunesses du Parti du Salut national (MSP). Dirigée par Necmettin Erbakan, la formation islamiste est interdite en 1980 à la suite d’un putsch militaire. Proche du leader islamiste, Erdogan transhume d’un parti à l’autre au gré des interdictions, jusqu’à ce qu’il fonde l’AKP en 2001, où il rassemble les résidus d’anciens partis islamistes dissous. En 1996 déjà, alors maire d’Istanbul, il a interdit l’alcool dans les établissements publics qui dépendaient de sa municipalité. Son mandat de maire a pris fin en 1998, lorsqu’il a été arrêté pour «incitation à la haine». Lors d’un meeting politique à Siirt, il a cité un passage du poète nationaliste Ziya Gökalp: «Les minarets seront nos baïonnettes, les coupoles nos casques, les mosquées seront nos casernes, et les croyants nos soldats.»

Un islamiste de la première heure

Sorti de prison en 2001, il n’exècre pas pour autant les délits de plume. S’il se prévaut d’avoir élargi le champ de la liberté d’expression, les geôles turques comptent plus de 74 journalistes emprisonnés, soit plus du triple qu’à son arrivée au pouvoir. Islamiste? Il refuse de se reconnaître comme tel, et se compare volontiers aux partis démocrates-chrétiens d’Europe occidentale. À l’heure où il est plus contesté que jamais, Erdogan n’affiche pas pour autant l’assurance d’un démocrate. Ses invectives envers ses opposants ne diffèrent guère de celles de Bachar el- Assad ou Kadhafi, qui taxaient allègrement les leurs de «terroristes» et de «vandales». Clin d’œil de l’Histoire, le leader de l’AKP a été le lauréat du prix Kadhafi des droits de l’homme en 2010, le dernier décerné par le dictateur avant sa chute.

Zineb El Rhazoui

Article paru dans Charlie Hebdo n°1096 du 19 juin 2013




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Source/Lien : Charlie Hebdo



   
 
   
 
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