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Il y a 20 ansÂ… le massacre de Sivas
Publié le :

Ovipot

2 juillet 2013

Par Jean Marcou

Des milliers de personnes ont participé aujourdÂ’hui, 2 juillet 2013, à une grande marche commémorant le massacre de Sivas (Sivas Katliamı), survenu il y a 20 ans, en plein cÂœur de lÂ’Anatolie. Les manifestants ont défilé jusqu’à lÂ’hôtel Madımak, lieu de la tragédie, transformé depuis peu en centre culturel.

Les autorités avaient pris des mesures de sécurité maximum et seules les familles des victimes ont été autorisées à entrer dans lÂ’ex-hôtel pour se recueillir devant un monument érigé à la mémoire de celles-ci. Certains des manifestants ont repris des slogans anti-gouvernementaux pour célébrer la mémoire dÂ’un drame plus récent : la mort dÂ’Ethem Sarısülük, lÂ’un des 4 manifestants qui a été tué lors du mouvement de protestation de Gezi Parkı, et se trouve être un alévi. Plus généralement, cette manifestation commémorative a fait écho aux difficultés que rencontrent toujours les alévis pour être reconnus comme des citoyens turcs à part entière. Quelques rappels historiquesÂ…

Le 2 juillet 1993, une foule en délire, excitée probablement par des islamistes radicaux, prend dÂ’assaut lÂ’hôtel Madımak dans le centre de Sivas, une ville turque dÂ’Anatolie centrale, connue pour son conservatisme religieux. Dans lÂ’hôtel finalement incendié, on retrouve les corps de 35 personnes, principalement des intellectuels et artistes alévis venus participer au Festival Pir Sultan Abdal, deux assaillants ayant aussi péri dans lÂ’assaut. Les noms de ces derniers ont provoqué dÂ’ailleurs un incident aujourdÂ’hui, car ils figurent paradoxalement sur le monument commémoratif de lÂ’hôtel Madımak, aux côtés de ceux de leurs victimes. Choquées une partie des familles de celles-ci ont ainsi refusé de pénétrer dans lÂ’hôtel.

Pour comprendre les origines de ce drame, il faut rappeler que ce festival annuel, qui porte le nom dÂ’un poète alévi, Pir Sultan Abdal, exécuté par les autorités ottomanes au XVIe siècle, intervenait dans un contexte bien particulier. Alors même que la Turquie connaissait une période dÂ’instabilité politique, l’écrivain Aziz Nesin, avait décidé au nom de la liberté dÂ’expression, de traduire et de publier les fameux «Versets sataniques» de Salman Rushdie, qui provoquaient de multiples incidents dans le monde musulman depuis leur première parution en 1988. LÂ’initiative de Nesin avait donc suscité des protestations et des menaces dans les milieux islamistes turcs alors en plein développement. Ne faisant pas mystère de son athéisme, Aziz Nesin, qui participait au festival alévi de Sivas, était donc probablement lÂ’une des cibles principales de la manifestation islamiste qui incendia lÂ’hôtel Madımak. Le sort voulut néanmoins quÂ’il réchappe de cette tragédie, mais il en sera aux dires des siens très affecté et mourra deux ans plus tard, des suites dÂ’une crise cardiaque.

De longue date, en Turquie, les alévis, qui constituent entre 20 et 25% de la population, ont été victimes de persécutions. Sous lÂ’Empire ottoman, ceux quÂ’on appelle les Kızılbaş (têtes rouges), accusés d’être des hérétiques par les sunnites, ont fait régulièrement lÂ’objet de Pogroms, et bien quÂ’ils en soient devenus pourtant les meilleurs soutiens, la République laïque nÂ’est pas parvenue à remettre en cause cette triste tradition. En 1938, en effet, dans le cadre de la politique de turquisation du territoire, plusieurs dizaines de milliers de Kurdes alévis de Dersim sont massacrés ou déportés. De façon surprenante, dans une période plus récente, lÂ’hécatombe se poursuit. En 1978, à Malatya puis à Maraş, et en 1980, à Çorum, les alévis sont victimes de nouveaux pogroms. Et même après le massacre de Sivas, des incidents éclatent en 1995 dans le quartier de Gazi à Istanbul.

En réalité, lÂ’alévisme nÂ’a jamais été reconnu comme une religion à part entière. Depuis les débuts de la République, la pratique de leur culte est assimilée à celui de la religion sunnite hanéfite majoritaire, notamment par la direction des affaires religieuses, une instance gouvernementale qui administre la religion dominante. Un moment, on a pu croire que le gouvernement de lÂ’AKP avait décidé de se saisir de ce dossier pour mettre un terme aux dérives dÂ’un islam dÂ’Etat installé par la République. Mais après de premiers gestes prometteurs, et dépit de la reconnaissance officielle des massacres de Dersim en novembre 2011 par le premier ministre Recep Tayyip Erdoğan, le parti au pouvoir a fortement déçu en refusant de reconnaître les Cem Evi, comme des lieux de culte, et en arguant que les lieux de cultes des musulmans ne pouvaient être que les mosquées. Très récemment le gouvernement nÂ’a en outre rien trouvé de mieux que de donner au futur troisième pont sur le Bosphore, le nom du Sultan Selim 1er dit Yavuz («le brave») dont le règne (1512-1520) fut le théâtre de massacres dÂ’alévis. Il nÂ’est donc pas étonnant que les alévis aient été nombreux à participer au mouvement de contestation qui a secoué la Turquie ces dernières semaines. Le 18 juin dernier, le président Gül a proposé de donner le nom dÂ’un alévi célèbre, Haci Bektaş Veli ou Pir Sultan Abdal, au prochain grand ouvrage entrepris en Turquie. Il nÂ’est pourtant pas sûr que cette proposition louable parvienne à calmer les inquiétudes des alévis. Elle ne fera pas oublier en tout cas ce qui sÂ’est passé à Sivas, le 2 juillet 1993.

JM




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Source/Lien : Ovipot



   
 
   
 
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