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Istanbul pleure Hrant Dink
Publié le :

Le journaliste turc assassiné le 19 janvier

Des funérailles nationales pour Hrant Dink
Jamais on n’avait vu autant de monde sur les grands boulevards d’Istanbul. Entre 150 000 et 250 000 personnes selon les sources, ont accompagné à sa dernière demeure le rédacteur en chef du journal Agos, Hrant Dink, assassiné le 19 janvier.

La foule s’était rassemblée devant les locaux du journal, dans le quartier d’Osmanbey où un émouvant discours a été prononcé par Rakel Dink, épouse de Hrant. Le cortège funèbre s’est ensuite mis en marche vers la cathédrale patriarcale Sainte-Marie de Kumkapı, huit kilomètres plus loin, où une messe a été rendue en présence des autorités civiles, religieuses et militaires du pays. On notait également la présence de nombreuses personnalités turques et étrangères, notamment des représentants du gouvernement arménien et des représentants des communautés arméniennes de Bulgarie et de Roumanie, qui ont été invitées par les autorités turques. Après la messe, le cortège s’est rendu au cimetière grégorien de Balıklı, face aux remparts de Théodose, à 4 km de Kumkapı.

Nous sommes tous Arméniens
L’impressionnante foule a accompagné le corbillard sur environ 12 km, en brandissant des pancartes noires et blanches sur lesquelles on pouvait y lire « nous sommes tous Arméniens » ou « nous sommes tous Hrant Dink » ou encore « 301 assassin », qui faisait allusion à l’article du code pénal par lequel le rédacteur en chef d’Agos avait été condamné en 2005, pour avoir qualifié de « génocide » les massacres d’Arméniens en 1915, par les Ottomans.
Tandis que le flot humain s’écoulait en direction du vieux quartier arménien de Kumkapı, les bordiers lançaient des œillets rouges au passage du corbillard sous leurs fenêtres. Sur certaines façades des immeubles, s’étendaient des banderoles en turc, en arménien et en kurde, ou des portraits de Hrant Dink.
Dans le cortège, la foule était hétéroclite. On pouvait y voir des personnes âgées à côté d’étudiants, des dames des beaux quartiers et des paysannes venues des villages. Des sœurs latines précédaient des musulmanes en fichus. Des commerçants juifs côtoyaient des artisans arméniens, des groupes d’Assyriens s’ajoutaient aux groupes d’alévis, et des hadjis musulmans suivaient des prêtres orthodoxes…. Toute la ville était là : pluriculturelle, pluri-religieuse, pluriethnique, comme Istanbul l’a toujours été et comme elle le restera toujours.

Une ville mobilisée
En ce 23 janvier 2007, Istanbul a crié sa colère. La ville affligée présentait un visage méconnaissable. Une grande partie des boutiques du Grand Bazar avait leur rideau baissé avec une affiche : en deuil. Les Stambouliotes qui n’avaient pas suivis le cortège funèbre et qui partageaient les sentiments de ceux qui y étaient, portaient sur le cœur une photo en noir et blanc de Hrant Dink, avec sa date de naissance et trois points symbolisant sa mémoire qu’on honorera longtemps.
La circulation était difficile pendant toute la journée, les grands boulevards du centre, entre Osmanbey et les remparts de Théodose, en passant par le pont Unkapanı sur la Corne d’Or, étaient fermés. Les périphériques étaient surchargés par les sympathisants et les compatissants venus de Thrace, des Dardanelles, de Brousse, d’Izmit, de Yalova, d’Edirne, en voiture ou en bus spécialement affrétés par les municipalités.

Pour canaliser la foule, 6000 policiers s’étaient déployés le long du parcours de 12 km et dans les quartiers de Pancaldi et de Kumpakı, ainsi qu’autours du cimetière grégorien de Balıklı. Des hélicoptères de l’armée suivaient la progression de la foule qui s’égrenait sur des kilomètres. Une meute de journalistes couvrait l’événement qui était retransmis en direct sur toutes les chaînes de télévision et de radio du pays, et qui a fait l’exclusivité de la première page de tous les quotidiens turcs.

Des millions de manifestants
Si l’enterrement de Hrant Dink a rassemblé entre 150 et 250 000 personnes à Istanbul, ils étaient peut-être des millions dans toute la Turquie à se réunir pour dénoncer le nationalisme et l’intolérance. A Antioche, Ankara, Brousse, Izmir, Antalya, Alexandrette, Diyarbakır, Trabzon, dans toutes les grandes villes du pays, mais aussi parfois dans des villages de l’Anatolie profonde. Partout la même consternation et la même solidarité contre l’extrémisme de tout genres. Partout les mêmes pancartes « nous sommes tous Arméniens ». La population turque s’est mobilisée contre l’intolérance et la xénophobie et a crié d’une seule voix son attachement aux valeurs démocratiques.
A l’étranger, des Turcs et des Arméniens ont manifesté ensemble leur colère en Allemagne, en Belgique, aux Pays-Bas, en Grande-Bretagne, en Espagne, en Arménie, en Bulgarie, en Grèce et en Roumanie.

Sévère avertissement du patriarche aux Européens
Lors de la messe en la cathédrale Sainte-Marie, le patriarche arménien de Turquie, Sa Béatitude Mesrob II, a lancé un sévère avertissement aux pays occidentaux qui seraient tenter de récupérer cet assassinat contre la Turquie. Si aucun pays n’a été clairement désigné, les regards se sont immédiatement tournés vers la France, dont on connaît le ressentiment d’une grande partie de sa population et de son parlement envers la Turquie, et surtout vers la presse de ce pays, qui ne manque pas une occasion de diaboliser tout ce qui pourrait être turc.
Sa Béatitude Mesrob II a aussi souligné les efforts qui ont été faits par les autorités pour démocratiser le pays, tout en indiquant la nécessité de revoir les livres scolaires concernant les Turcs d’origine arménienne. Ces propos (en arménien, puis en turc) ont été diffusés en direct sur toutes les chaînes des télévisions turques et par haut-parleurs dans le quartier de Kumkapı.

L’heure des comptes
A la télévision, dans la presse écrite et dans la rue, ont ne parle que de punir les coupables. Or, tout le monde sait que le jeune homme de 17 ans qui a tué Hrant Dink, n’est que la main armée. Ce que l’on réclame maintenant, ce sont les vrais coupables, ceux qui ont payé l’assassin (500 livres), ceux qui sont derrière ce meurtre minable. Tous les regards se tournent évidemment vers les milieux nationalistes de la mer Noire, d’où est originaire le suspect et où en 2006, un autre crime a été commis sur un prêtre catholique, par un jeune mineur. On s’interroge notamment sur les activités des Ülkü Ocakları (groupe ultranationaliste), dont on connaît l’influence néfaste sur la jeunesse de cette région. Est-ce que le gouvernement va enfin réagir et surtout sévir ?

La Turquie a vécu une journée triste pour une voix pacifique assassinée par l’ignorance et la stupidité.



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Source/Lien : Istanbul Guide



   
 
   
 
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