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Les derniers mots dÂ’Hoşana
Publié le :

OVIPOT

15 octobre 2013
Par Jean Marcou

Le journaliste Ahmet Abakay, au demeurant prĂ©sident de lÂ’Association progressiste des journalistes (Çağdaş Gazeteciler Derneği) de Turquie, vient de publier un livre dans lequel il rĂ©vèle que sa mère Hoşana, disparue il y a 13 ans, Ă©tait une armĂ©nienne. «Les derniers mots dÂ’Hoşana» («HoşanaÂ’nın Son Sözü», publiĂ© chez BĂĽyĂĽlĂĽdağ Yayınları, 2013) raconte comment, peu avant sa mort, cette femme a livrĂ© Ă  son fils un secret quÂ’elle avait gardĂ© tout au long de sa vie, en lui faisant promettre de ne pas le rĂ©vĂ©ler Ă  ses proches aussi longtemps quÂ’elle serait en vie. En 1915, Hoşana a Ă©tĂ© abandonnĂ©e sur le seuil dÂ’une maison alĂ©vie, alors mĂŞme quÂ’elle nÂ’Ă©tait encore quÂ’un bĂ©bĂ©. Elle a fait partie de ces nombreux enfants armĂ©niens, ayant survĂ©cu aux massacres ou Ă  la dĂ©portation pour diffĂ©rentes raisons, et Ă©levĂ©s par des familles turques ou kurdes dans le secret de leurs origines.

Ahmet Abakay explique quÂ’il a longtemps hĂ©sitĂ© Ă  prendre la plume. Lorsque sa mère est morte, il a tentĂ© en vain de parler de son histoire dans sa famille afin de voir sÂ’il pouvait approfondir lÂ’Ă©nigme. Il faut dire quÂ’il y a 10 ans, le gĂ©nocide armĂ©nien Ă©tait une question dont on parlait encore plus difficilement quÂ’aujourdÂ’hui en Turquie et quÂ’en dĂ©pit de changements certains, lÂ’assassinat en 2007 de Hrant Dink (cf. notre Ă©dition du 30 janvier 2007), lui aussi journaliste turc dÂ’origine armĂ©nienne, qui fut un pionnier dans lÂ’ouverture dÂ’un dĂ©bat en Turquie sur ces Ă©vĂ©nements tragiques, a incitĂ© les proches dÂ’Ahmet Akabay Ă  lui recommander la prudence. En outre tout le monde dans sa famille nÂ’a pas accueilli la nouvelle avec sĂ©rĂ©nitĂ©. Le journaliste a rĂ©vĂ©lĂ© en effet que certains de ses proches ont très mal rĂ©agi Ă  son livre, les uns niant la vĂ©racitĂ© de lÂ’histoire, les autres estimant quÂ’Hoşana avait perdu la tĂŞte et quÂ’elle ne savait probablement plus ce quÂ’elle disait lorsquÂ’elle sÂ’Ă©tait confiĂ©e Ă  son fils. Deux de ses cousins ont mĂŞme estimĂ© que ce livre portait atteinte Ă  lÂ’honneur de la famille et quÂ’il devait donc ĂŞtre rĂ©Ă©crit.

Cette affaire est d’autant plus révélatrice, que de nombreux cas similaires à celui d’Ahmet Akabay sont en train d’être mis au jour en Turquie et que d’autres le seront probablement dans les prochaines années. Le phénomène pourrait ouvrir dans ce pays un nouveau chapitre dans la redécouverte des heures sombres de l’histoire nationale, en lui donnant un tour tout à fait particulier, découlant de l’exploration de pans d’histoires familiales et de la recomposition d’identités complexes.

Jusqu’à présent en Turquie, en effet, le débat suscité par le génocide arménien a surtout été un débat public, traversé de surcroît par des enjeux politiques internationaux. Initié il y a une quinzaine d’années suite à la reconnaissance du génocide par les parlements de certains Etats, le phénomène s’est poursuivi par la publication d’ouvrages divers et les polémiques provoquées par certaines de leurs révélations. En décembre 2008, la pétition «Özür Diliyörüz» (« Nous demandons pardon ») lancée par des intellectuels turcs pour demander pardon aux Arméniens a fait sensation (cf. notre édition du 22 janvier 2009) et depuis 2010, la tenue, le 24 avril, dans les grandes villes de Turquie de manifestations (même réduites) commémorant le début du génocide a confirmé les évolutions en cours. (cf. notre édition du 28 avril 2010 et notre édition du 26 avril 2011)

LÂ’arrivĂ©e de lÂ’AKP au pouvoir en 2002 et la propension de cette formation dÂ’un genre nouveau Ă  questionner les tabous officiels de lÂ’Etat kĂ©maliste a probablement jouĂ© un rĂ´le dans cette Ă©volution politique. Mais elle en a aussi rapidement montrĂ© les limites. Car si les nouveaux dirigeants turcs ont admis quÂ’il y avait bien eu des massacres dÂ’ArmĂ©niens, ils ont maintenu la position officielle antĂ©rieure consistant Ă  inclure ces massacres dans les pertes ottomanes du premier conflit mondial et refusĂ© de reconnaĂ®tre la commission dÂ’un gĂ©nocide. Plus gĂ©nĂ©ralement, on observe quÂ’au cours de la dernière dĂ©cennie, lÂ’AKP a souvent procĂ©dĂ© Ă  des rĂ©vĂ©lations ou Ă  des reconnaissances spectaculaires (rĂ©habilitation de Nazım Hikmet – cf. notre Ă©dition du 27 novembre 2009-, excuses de la RĂ©publique pour les massacres de Dersim en 1938 – cf. notre Ă©dition du 27 novembre 2011-, ouverture de nĂ©gociations avec les KurdesÂ…), mais sans aller jusquÂ’au bout du processus de rĂ©forme et de transparence quÂ’implique une telle dĂ©marche. Sur cet autre sujet sensible quÂ’est la question kurde, la dĂ©ception suscitĂ©e par «le paquet de dĂ©mocratisation» publiĂ© rĂ©cemment par le gouvernement turc pour rĂ©soudre la question kurde est Ă  cet Ă©gard rĂ©vĂ©latrice (cf. notre Ă©dition du 2 octobre 2013). Dès lors, on peut se demander si ce qui apparaissait au dĂ©part comme une ouverture prometteuse ne risque pas Ă  terme de devenir une façon dÂ’endiguer les revendications au droit de savoir, et pour ce qui concerne la tragĂ©die armĂ©nienne de rendre en quelque sorte acceptable une forme soft de non-reconnaissance.

Le gouvernement risque pourtant dÂ’avoir du mal Ă  ne laisser quÂ’entrouverte la boĂ®te de Pandore. AnnĂ©e après annĂ©e, les langues se dĂ©lient, les audaces sÂ’affermissent et dès lors quÂ’elles peuvent parler de tout, les jeunes gĂ©nĂ©rations supportent de moins en moins les vĂ©ritĂ©s et les propos convenus. En outre, ce que montre lÂ’affaire Abakay, cÂ’est que ce mouvement peut prendre une dimension nouvelle extrĂŞmement sensible dès lors quÂ’il ne sÂ’agit plus simplement dÂ’Ă©crire lÂ’Histoire avec un grand « H », mais très concrètement dÂ’investir la vie de ses ancĂŞtres pour reprendre possession dÂ’une partie de son identitĂ©. La rĂ©ouverture de lÂ’Ă©glise Surp Giragos Ă  Diyarbakır, il y a deux ans, avait dĂ©jĂ  montrĂ© que beaucoup de Turcs Ă©taient en train de vivre la situation que le prĂ©sident de ÇGD relate dans son livre «les derniers mots dÂ’ Hoşana».

Jean Marcou




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Source/Lien : OVIPOT



   
 
   
 
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