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Azerbaïdjan : la dynastie Aliev ou la diplomatie du caviar
Publié le :

Le Point - Publié le 06/12/2014 à 08:20 - Modifié le 06/12/2014 à 11:09

La famille qui règne sur ce pays du Caucase veut en faire le nouveau Qatar et lorgne sur la France.

De notre envoyé spécial Guillaume Perrier

Rien n'est trop beau. Des kilomètres de petits-fours, des litres du meilleur champagne servis sur des plateaux d'argent et des convives triés sur le volet pour inaugurer, ces jours-ci, la dernière exposition parisienne du photographe Reza consacrée à l'Azerbaïdjan. Sous les ors du Petit Palais, les Aliev, famille au pouvoir à Bakou depuis vingt-cinq ans, ont dépêché leurs meilleures ambassadrices. Mehriban Alieva, la "première dame" arrivée en tenue de soirée, accompagnée de ses deux filles, Leyla et Arzu. Les images grand format du photographe, installées dans le péristyle, sont en réalité une spectaculaire campagne de promotion, financée par l'Azerbaïdjan et ses pétrodollars via la Fondation Heydar Aliev. Ce jeune pays en quête de reconnaissance sur la scène internationale a fait de la France l'un de ses objectifs. Et Reza n'est pas le seul à avoir succombé au charme de l'Azerbaïdjan. Gérard Depardieu, Alain Delon, Patrick Bruel ainsi que de nombreux députés et sénateurs français fréquentent les cocktails et les dîners de Mme Alieva. Rachida Dati, Claude Goasguen, Jean-François Mancel et le sénateur UDI Aymeri de Montesquiou participaient il y a quelques jours à un dîner en petit comité avec la très francophile épouse du président Ilham Aliev.

KGB

Voyages aux frais de la présidence, conférences... Après le Qatar, l'Azerbaïdjan est l'un des pays les plus actifs auprès des élus français. La visite parisienne de Mehriban Alieva a aussi été l'occasion de célébrer les prochains Jeux européens, une compétition organisée à Bakou, en 2015. Le secrétaire d'État aux Sports, Thierry Braillard, était conquis par ses arguments. Comme le Qatar, l'"émirat pétrolier" du Caucase soigne son image sur le terrain sportif. En France, ce n'est pas le PSG mais le très populaire club de football de Lens qui a été racheté par l'homme d'affaires Hafiz Mammadov, un oligarque en haut de l'échelle à Bakou. Le club du bassin minier, fondé par les Houillères du Nord, est tombé aux mains des nouveaux riches du pétrole et du gaz.

"L'Azerbaïdjan, l'élégance du feu", s'affiche aussi comme sponsor de l'Atlético de Madrid, l'un des grands clubs d'Europe. Après deux candidatures infructueuses, il ambitionne d'organiser les Jeux olympiques de 2024... Le stade est déjà prêt. La capitale azerbaïdjanaise a organisé à grands frais une Coupe du monde de polo, un tour cycliste où des coureurs de seconde zone, logés dans des palaces à 400 euros la nuit, se disputent des primes alléchantes. En attirant ainsi le monde du sport dans son pays, tenu d'une main de fer, le clan Aliev espère s'acheter une virginité.

L'an dernier, Bakou avait imaginé une course automobile, avec Pamela Anderson et le pilote français Sébastien Loeb comme têtes d'affiche. L'icône au maillot de bain rouge a refusé, Loeb, lui, était bien là avec son bolide, sur le podium installé au pied du drapeau national géant, planté au bout d'un mât haut de 165 mètres, dans la baie de la mer Caspienne. L'intérêt de cet événement monté à coups de dizaines de millions de dollars par un oligarque en cour auprès des Aliev n'avait rien de sportif. Il s'agissait de promouvoir Bakou "la flamboyante" et son régime, dirigé à l'ancienne et en famille. Le clan au pouvoir veut maintenant s'offrir un grand prix de Formule 1. "Si telle est la vision du président, on le fera", reconnaissait, il y a quelques mois, Ahadpur Khangah, richissime homme d'affaires local. "Le but est de promouvoir mon pays à l'étranger", concède "Monsieur Ahad". Pour faire venir les meilleures écuries de course, il a engagé l'ancien pilote belge Thierry Boutsen, "un ami" à qui il a acheté, il y a quelques années, à Monaco, deux avions privés à 20 millions de dollars pièce pour le compte du régime. Pour ceux qui hésitent à franchir le pas, Bakou a des arguments.

Le sport n'est pas le seul moyen utilisé par les Aliev pour promouvoir leur pétro-État. En 2012, l'organisation de la finale de l'Eurovision à Bakou avait été une débauche de luxe clinquant et de mauvais goût. Les artistes s'étaient produits dans un immense "Palais des glaces", construit spécialement sur la corniche pour plus de 200 millions de dollars. Pour l'occasion, une bonne partie des maisons historiques du centre-ville avaient été rasées et des milliers d'habitants expulsés sans ménagement. La société chargée du chantier appartenait, comme beaucoup d'autres, au clan Aliev. Cet événement grandiose était organisé sous la tutelle de Mehriban Alieva. Et même les intermèdes musicaux entre la prestation des candidats étaient assurés par le gendre du président. La famille, chez les Aliev, est sacrée. À commencer par le père, Heydar.

L'ancien chef du KGB azéri a gouverné de fait la république soviétique pendant les vingt dernières années de l'URSS, avant de prendre les rênes de l'Azerbaïdjan indépendant, dès 1993. À sa mort, en 2003, c'est son fils Ilham qui a été propulsé président. Depuis, ce dernier dirige le pays avec l'appui de sa femme, Mehriban, la touche "glamour" du régime, qui est surtout l'héritière du clan Pachayev, une autre grande lignée azérie. Leurs deux filles, tout droit sorties d'un défilé de mode ou d'une série télévisée, Leyla la brune et Arzu la blonde, assurent la continuité du clan en gérant des secteurs entiers de l'économie via des sociétés-écrans et en apparaissant dans des dîners mondains aux quatre coins de la planète pour le compte de la Fondation Aliev.

En se construisant une image de famille modèle occidentalisée, le pouvoir en Azerbaïdjan tente de lisser une réputation sulfureuse. Corruption, clientélisme, élections grossièrement truquées, presse muselée, violations répétées des droits de l'homme... Derrière la modernité de carton-pâte, le tableau est peu glorieux. François Hollande s'était rendu en mai à Bakou, étape d'une tournée régionale.

Il y avait rencontré l'opposante Leyla Yunus. Quelques jours plus tard, cette dernière était jetée en prison. Dans les télégrammes diplomatiques révélés par WikiLeaks, Washington, pourtant le meilleur allié de Bakou, compare le clan Aliev aux Corleone. Une kleptocratie qui s'est approprié les ressources colossales sur lesquelles est assis ce petit pays de huit millions d'habitants et qui ne rend aucun compte. D'autres révélations publiées en 2013 ont mis au jour les compagnies offshore créées par les Aliev aux îles Vierges britanniques pour dissimuler leur fortune. Plusieurs milliards d'euros ont été investis dans l'immobilier, notamment à Dubai. L'argent coule à flots à Bakou, où se précipitent les marques de haute couture et les horlogers suisses.

Vaches normandes

Le gaz et le pétrole en ont fait une puissance émergente. L'inauguration en 2005 de l'oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan, projet soutenu par Washington, a ouvert une route énergétique stratégique vers la Turquie et vers l'Europe, un ancrage à l'Ouest que viendra bientôt parachever le futur gazoduc transanatolien. Un second boom, un siècle après celui qui avait attiré les Nobel, Rockefeller et Rothschild, a fait venir toutes les majors internationales, parmi lesquelles les françaises Total et GDF Suez, qui détiennent 40 % et 20 % du champ gazier d'Absheron. Les taux de croissance de l'économie ont grimpé jusqu'à 30 % au cours des dernières années. La compagnie nationale Socar, contrôlée par les Aliev, est devenue un géant mondial de l'énergie. De quoi faire taire les critiques.

L'Azerbaïdjan a fait de la France une priorité. Mehriban Aliev vient au moins cinq fois par an à Paris ou à Cannes pour des séjours mêlant shopping et lobbying. En 2011, elle a reçu, des mains de Nicolas Sarkozy, la Légion d'honneur pour "services rendus". "Il est agréable de lui épingler une décoration sur la poitrine", ironise un diplomate. La première dame peut compter dans l'Hexagone sur un club d'admirateurs invétérés : Rachida Dati, une "amie" à qui elle rend visite régulièrement, Thierry Mariani, Pierre Lellouche, Jean-Pierre Raffarin pour les politiques... Au Conseil de l'Europe, la "diplomatie du caviar" de Bakou a été dénoncée par certains parlementaires. La Fondation Heydar Aliev, véritable caisse noire familiale, organise dîners de gala et expositions pour vanter l'esprit de tolérance de l'Azerbaïdjan. Elle a financé le musée du Louvre et son département des arts islamiques (1 million d'euros), le château de Versailles, la rénovation de vitraux de la cathédrale de Strasbourg... 150 000 euros ont été dépensés pour 30 projets dans le seul département de l'Orne, comme la restauration de l'église de Bellou-sur-Huisne ou le festival de jazz d'Argentan ! Bakou a même importé un millier de vaches normandes. Il faut dire que la sénatrice de l'Orne Nathalie Goulet est l'une des premières supportrices du régime.

Entrisme

Autre levier d'influence, l'European Azerbaijan Society, une agence de lobbying créée en 2008 à Londres par Tale Heydarov, fils du puissant ministre des Situations d'urgence, Kamaladdin Heydarov. Elle a ouvert des bureaux à Paris en 2012. Depuis, des dizaines d'élus et d'acteurs de la société civile ont été invités pour des voyages de "découverte" en Azerbaïdjan. La moindre ville de province a eu droit à son exposition d'objets d'artisanat ou à sa conférence sur la laïcité et la tolérance religieuse, thèmes chers à Bakou. Un concert de musique classique a été organisé pour l'anniversaire de la naissance de Heydar Aliev dans l'église de la Madeleine en 2013. L'objectif est de promouvoir l'Azerbaïdjan et de diffuser sa vision de l'histoire, notamment sur le conflit du Haut-Karabagh, qui l'oppose à l'Arménie depuis plus de vingt ans, ou pour contester le génocide arménien de 1915. L'entrisme a même gagné les milieux universitaires français. L'Institut d'études politiques de Lille a noué une coopération avec l'académie diplomatique de Bakou et l'Institut français du pétrole a reçu une précieuse aide de la Socar. Quant à Sciences Po, raconte un ancien administrateur de la rue Saint-Guillaume à Paris, "le gouvernement de Bakou voulait financer l'ouverture d'un département d'études turco-azéries. Il n'a pas hésité à venir avec les valises". Une tentative qui n'a pas eu de suite. Cette fois-ci...

De père en fils

La famille Aliev règne sur l'Azerbaïdjan depuis plus de trente ans. Et pour cause : bien avant l'indépendance du pays, Heydar Aliev, le patron du KBG local, avait fait une belle carrière au sein du régime soviétique comme membre du politburo. Depuis 1993, Aliev père et fils ont été aux commandes. C'est Heydar qui a ouvert la porte du pays aux investisseurs étrangers (notamment aux majors du pétrole BP, Exxon, Total) et lui qui a mené la guerre contre l'Arménie. Douze ans après avoir succédé à son père, Ilham Aliev poursuit sur les mêmes bases : il ne lâche rien aux opposants, dont la plupart sont en prison. Et les scrutins ont des allures de plébiscite (il a été réélu pour la troisième fois en 2013 avec 85 % des voix). Son épouse Mehriban, députée depuis 2005 et présidente de la fondation familiale, est, elle, issue d'une puissante famille qui a fait alliance avec les Aliev.

Tensions dans le Karabakh

François Hollande a tout tenté fin octobre pour que les présidents azéri et arménien, Ilham Aliev et Serge Sarkissian, se serrent la main devant les photographes, dans la cour de l'Elysée. Rien n'y a fait, les deux chefs d'Etat caucasiens se sont soigneusement évités à l'issue d'une négociation stérile. Paris essaie de peser dans le règlement du conflit qui sévit dans la province azérie occupée du Karabakh, et qui maintient les deux pays en guerre depuis 1992. Bakou, qui a considérablement augmenté son budget militaire, menace son voisin de passer à l'action. La guerre a fait plus de 30 000 morts et un million de réfugiés dans les années 90. Elle s'est soudainement ravivée cet été avec une vingtaine de morts de part et d'autre de la ligne de cessez-le-feu et l'Azerbaïdjan a abattu un hélicoptère arménien début novembre, l'incident le plus grave depuis vingt ans.




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Source/Lien : Le Point



   
 
   
 
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