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A Elazig, en mémoire d’Araxie Gélénian
Publié le :

La-Croix

Photo : Alexandre Darmon

Racines arméniennes (2/3) - L’année 2015 donnera lieu à d’importantes cérémonies de commémoration du génocide des Arméniens, il y a cent ans. L’été 2014, notre envoyé spécial a effectué un pèlerinage en Turquie, avec son épouse d’origine arménienne. Voici son carnet de voyage.

28/1/15 - 10 H 56

Entre Kahramanmaras et Malatya, par Sürgü, la route empruntée par notre groupe remonte certains chemins de l’exil parcourus durant l’été 1915 par les colonnes de réfugiés arméniens. Ceux-ci y étaient dirigés vers la mort à Deir Ez-Zor, leur destination finale, en plein désert de Syrie.

Malatya (Malatia en arménien)

Réputée aujourd’hui pour ses abricots, l’ancienne Mélitène garde les ruines de son église de la Sainte-Trinité, dont la coupole s’est effondrée. Sarkis Der-Tavitian y entonne la prière du Der Voghormia (« Seigneur, prend pitié »), reprise par le groupe. Il se dit convaincu que son grand-père, dont il possède une vieille photo (grosses moustaches et fez à la turque), a prié ici avant d’être massacré « pour ne pas renier sa foi ».

Une poignée d’Arméniens de Malatya, aux noms turquifiés, osent désormais se revendiquer chrétiens. Trois d’entre eux nous conduisent à l’ancien cimetière de la communauté, où est notamment enterrée la famille du journaliste arméno-turc Hrant Dink (assassiné à Istanbul en 2007). Une petite chapelle en construction y avait été rasée par les autorités en 2012, avant d’être réédifiée et tolérée.

LÂ’Euphrate

On parvient au cours supérieur de l’Euphrate, dans une région devenue majoritairement kurde. Au pont de Kale (Izoli en arménien), un barrage a donné naissance à l’immense lac artificiel de Karakaya. Ainsi les retenues destinées à l’irrigation ont-elles modifié l’apparence du fleuve, et recouvert certaines traces du génocide. On ne saura jamais le nombre exact d’Arméniens qui furent égorgés en ce lieu ou jetés à l’eau, parce que trop faibles pour marcher. Mais les témoins firent état d’un fleuve « rouge de sang » et qui charriait des cadavres.

C’est la canicule, tout comme à l’été 1915. Lors d’un arrêt sous les ombrages, deux jeunes filles viennent spontanément offrir des pastèques. Sarkis leur présente notre groupe, évoque le génocide. Sous le voile islamique, les deux visiteuses nous gardent leur bienveillance souriante.

Harput (en arménien Kharpert)

Des hauteurs de lÂ’ancienne ville armĂ©nienne, on dĂ©couvre en contrebas lÂ’agglomĂ©ration turque dÂ’Elazig dont les immeubles collectifs attestent lÂ’urbanisation intense du pays. Voici lÂ’emplacement du collège autrefois rĂ©putĂ© de la Mission amĂ©ricaine (Euphrates College), dont il ne reste plus une seule pierre : profs et Ă©lèves y furent massacrĂ©s, Ă  lÂ’exception de certaines jeunes filles enlevĂ©es Ă  destination de harems.

La vue est dégagée sur l’ancienne « plaine d’or » de Kharpert, célèbre autrefois pour ses blés et ses vignes. Le consul américain en poste ici, Leslie Davis, écrivit qu’avec la disparition des Arméniens la région allait « régresser d’un siècle ». Et, de fait, la famine y persista plusieurs années après 1915.

Elazig (Mezré en arménien)

DotĂ©e dÂ’un collège français et dÂ’une mission de Pères capucins, la ville Ă©tait rĂ©putĂ©e pour son marchĂ©. Ă€ Marseille, cinquante ans après la tragĂ©die, la grand-mère de mon Ă©pouse Rose-Marie en dĂ©crivait encore les Ă©tals surchargĂ©s de fruits et lĂ©gumes : comme une Ă©vocation de l’âge dÂ’or perdu de lÂ’enfance.

En 1915, le consul Davis consigne de nombreux détails sur la machine génocidaire qui se met en place dans cette région, qualifiée par les historiens de « province-charnier ». D’abord incrédule, Leslie Davis comprend bientôt qu’il s’agit « d’une entreprise sans précédent dans l’histoire ». Il note l’arrestation des leaders de la communauté (fin avril), soupçonnés de « complot révolutionnaire ». Puis le désarmement systématique des hommes (en mai et juin) et leur assassinat à la prison centrale, au konak (la préfecture) et bientôt, faute de place, dans les campagnes des environs.

Enfin vient le dĂ©part en dĂ©portation (dĂ©but juillet) pour la population restante : « De lÂ’enfant au berceau jusquÂ’au dernier vieillard », selon lÂ’expression du crieur public de la ville. Les convois sÂ’Ă©branlent vers Malatya puis Édesse, ou vers Diyarbakir puis Mardin, pour transiter ensuite par lÂ’actuelle Rakka : lĂ  mĂŞme oĂą lÂ’organisation terroriste Daech a aujourdÂ’hui Ă©tabli son fief. Ă€ la mi-aoĂ»t 1915, il ne reste plus guère dÂ’ArmĂ©niens dans la rĂ©gion.

À l’hôtel, pour cause de préceptes musulmans, les bières commandées nous sont servies dans une pièce close, loin des regards. Rose-Marie y évoque la mémoire de sa grand-mère, Araxie Gélénian, morte à Marseille en 1969. Cette femme restée tatouée au visage, après avoir été prise comme « épouse » par un Turc, parvint à s’échapper pour rejoindre Alep, puis Beyrouth et la France.

Sürsüsü (Soursouri ou Sorceré en arménien)

La Soursouri arménienne, où naquit Araxie Gélénian, est devenue une banlieue bétonnée d’Elazig. Nous y découvrons le dernier quartier constitué de maisons de torchis, en voie d’abandon. Des vieilles femmes comprennent d’emblée la raison de notre venue et, en montrant le ciel avec d’amples gestes d’affliction, témoignent de ce qu’elles connaissent le sort tragique réservé ici aux Arméniens. À défaut d’enseignement à l’école, la réalité de 1915 se sera transmise dans les familles…

Un homme nous invite Ă  entrer dans sa cour, close de murs. Nous y dĂ©couvrons les dernières traces de la tradition viticole de la rĂ©gion : une treille et une pierre plate creusĂ©e en auge, posĂ©e lĂ , sur laquelle on foulait autrefois le raisin aux pieds pour en extraire le jus. Barbe islamique tirant sur le gris, le maĂ®tre de maison se montre plein de considĂ©ration : « Vous avez bien fait de (re)venir ! » Il confirme que toutes les demeures Ă©taient ici armĂ©niennes.

Un jeune homme dĂ©fĂ©rent nous conduit vers une autre maison dont le soubassement est constituĂ© de grosses pierres. Ce seraient ici, dit-il, les seuls restes de lÂ’Ă©glise. SÂ’agit-il de « Sourp Garabed » (saint Charles) ? Comment ĂŞtre certain que la famille de mon Ă©pouse a priĂ© en ce lieu ?

Devant chez elle, une autre femme porte le foulard serrĂ©, Ă  la manière exacte de la grand-mère de Rose-Marie Ă  Marseille. Celle-ci sÂ’en approche, les larmes aux yeux, et la femme lÂ’enlace tout contre elle : « Rhourban ! » Mot turc ou kurde ? Mot poignant, presque oubliĂ©, par lequel la mamie Araxie interpellait prĂ©cisĂ©ment sa petite-fille : « Rhourban », mon âmeÂ…

Hazar Gölü, autrefois lac Göljük (lac Dzovk en arménien)

Nous marquons lÂ’arrĂŞt au bord du lac Hazar (Hazar GölĂĽ), au sud dÂ’Elazig : un lac naturel, aux eaux bleues, avec son camping, ses plages amĂ©nagĂ©es et ses sports nautiques. Hazar GölĂĽ est le nouveau nom donnĂ© au lac GöljĂĽk de sinistre mĂ©moire (lac Dzovk en armĂ©nien), qui constitua en 1915 lÂ’un des « sites abattoirs » du gĂ©nocide. Le consul Davis estima Ă  10 000 les cadavres dÂ’ArmĂ©niens quÂ’il dĂ©couvrit de ses yeux sur ces rives et au pied des falaises : « Peu dÂ’endroits pouvaient ĂŞtre mieux adaptĂ©s Ă  lÂ’exĂ©cution du plan diabolique des Turcs que ce lac tranquille situĂ© loin des regards »…

Une partie du clan GĂ©lĂ©nian aura-t-elle Ă©tĂ© exterminĂ©e ici ? Ă€ la station-service, le pompiste semble tout ignorer de la tragĂ©die. Ou ne veut-il rien en savoir ? « ArmĂ©niens, Turcs, tous ensemble ! », fait-il dans un sourire un peu embarrassĂ©Â… Et plusieurs dÂ’entre nous se demandent alors si lÂ’empressement manifestĂ© Ă  notre Ă©gard, tous ces jours-ci, nÂ’est pas Ă  la mesure dÂ’une confuse, dÂ’une lancinante culpabilitĂ©.

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Les commémorations du centenaire

L’année du centenaire du génocide s’ouvre mercredi 28 janvier à Paris, avec le grand dîner du CCAF (Conseil de coordination des organisations arméniennes de France), en présence du président de la République François Hollande. Parmi les manifestations prévues ces prochaines semaines :

- Un colloque d’historiens à la Sorbonne (du 25 au 29 mars), et un autre à l’Assemblée nationale (le 19 juin) en présence du Catholicos de Cilicie Aram Ier .

- Une exposition au MĂ©morial de la Shoah Ă  Paris (du 27 mars au 30 septembre) et une autre Ă  la mairie du 9e (du 3 au 31 mai).

- Le vendredi 24 avril (jour anniversaire du déclenchement du génocide), visite officielle de François Hollande en République d’Arménie. S’y déroulera une cérémonie de canonisation de toutes les victimes du génocide, par le catholicos d’Etchmiadzine, le chef suprême de l’Église apostolique arménienne. En France, minute de silence au Parlement et, à 19 h 15, sonnerie des cloches des églises en mémoire des victimes.

- Une messe du souvenir à la cathédrale Notre-Dame (dimanche 26 avril), et une autre à Lisieux (le 25 mai), avec une délégation du Vatican.

Pierre-Yves LE PRIOL, en Anatolie turque

28/1/15 - 10 H 56


Lire aussi:

Sur les traces des Arméniens disparus

A Elazig, en mémoire d’Araxie Gélénian

ArmĂ©nie : revenir, ou non, au lac de Van ?




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TÉLÉCHARGER :
 L'article de Pierre-Yves Le Priol (La Croix - 28/1/15).



Source/Lien : La-Croix



   
 
   
 
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