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Turquie: Erdogan, «Iznogoud» en son palais
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Légende photo: 9 mars 2015. Erdogan réunit son cabinet dans son palais présidentiel, à Ankara. © KAYHAN OZER / ANADOLU AGENCY

Par Pierre Magnan | Publié le 12/03/2015 à 14H04, mis à jour le 12/03/2015 à 18H35

Sultan à la place du sultan, Atatürk à la place d’Atatürk… voire bien sûr calife à la place du calife. Recep Tayyip Erdogan, le président turc, ne manque pas d’ambition pour son pays et... lui-même. Témoin de cette volonté de grandeur, le palais présidentiel grandiose de 200.000 mètres carrés et de 1.150 pièces qu’il a fait construire et qui attire les critiques en Turquie.

Inauguré en octobre 2014, le palais de marbre blanc, Ak Saray, de style «néo-seljoukide», a été construit (plus de 490 millions d'euros), selon certaines informations) sur un terrain attenant à Ankara, la capitale de la République turque, sur lequel Mustapha Kemal avait fait planter une forêt. De quoi faciliter les comparaisons avec le personnage de bande dessinée d'Iznogoud, créé par Goscinny, qui voulait devenir «calife à la place du calife».

Non content d'être gigantesque, le palais présidentiel connaît un décorum des plus extraordinaires. Le président de la République turque a accueilli le président de la Palestine entouré de 16 soldats costumés, habillés des tenues militaires des empires fondés par les Turcs au cours de l’Histoire. Son entourage a expliqué que chacun de ces soldats de musée symbolisait un des seize «empires» de l'histoire turque, des nomades Xiongnu de Mongolie venus jusqu'en Anatolie, au IIe siècle avant notre ère, jusqu'aux Ottomans (1299-1923), en passant par ses périodes mongoles et seldjoukides. Et qu'ils seraient désormais intégrés au protocole.

Les Turcs n'ont pas été les derniers à ironiser sur la folie des grandeurs de leur président. Surtout quand ils ont appris que le président se protégeait d'un éventuel empoisonnement. «Un laboratoire sera aussi installé au palais, a précisé son médecin, afin de prévenir toute attaque toxique, chimique, radioactive ou biologique qui pourrait viser la personne du chef de l'Etat, âgé de 61 ans, via les aliments et les boissons», raconte Metronews. L'éditorialiste Kadri Gürsel a accusé le pouvoir de vouloir séduire, par ces initiatives, «les électeurs nationalistes et conservateurs partisans d'un régime fort grâce à un "ottomanisme" superficiel fait de slogans et de symboles», ce qui pour un homme politique que l'on présente comme «islamo-conservateur» peut apparaître contradictoire.

La démesure du palais fait des vagues. Un député de l'opposition, Ali Demirçali, a révélé que la note d'électricité du palais pour la période du 18 décembre au 21 janvier s'était élevée à la coquette somme de 1.140.567,76 livres turques (LT), soit l'équivalent de 410.276 euros au cours du jour. La présidente de la branche ankariote du syndicat des chambres d'architectes et d'ingénieurs, Tezcan Karakus Candan, a enfoncé le clou en estimant les frais d'entretien annuels du bâtiment à 104 millions de livres (37,5 millions d'euros), rappelait Le Point.

Ce palais géant s'ajoute à d'autres réalisations voulues par le leader turc. «Le troisième aéroport d'Istanbul, dont la construction continue de provoquer de vives protestations à cause de la destruction des forêts du nord de la ville, devrait porter le nom de… Recep Tayyip Erdogan. Une université et un stade de football portent déjà le nom du président turc. La construction d'une mosquée géante sur la butte de Camlica, à Istanbul, qui ambitionne d'être visible de tous les coins de la ville, a aussi été ordonnée par Erdogan. Son souhait serait, dit-on, d'y être enterré. Sur les pas des sultans ottomans qui construisaient une grande mosquée portant leur nom, Erdogan joue là encore sur le symbolisme d'une époque d'avant la République», note Le Figaro.

M.Erdogan est au pouvoir depuis plus de 10 ans avec son parti AKP. Sous sa direction, la Turquie a connu une croissance continue. De quoi donner des ambitions parfois démesurées à cet homme dont de nombreux critiques soulignent les penchants autoritaires. Résultat: pas étonnant que les Turcs puissent se montrer ironiques sur twitter.

Malgré les critiques, le président Erdogan se sent à l'abri, fort de sa constante popularité. Il aimerait présidentialiser le régime. Pour cela il doit s'assurer deux tiers des voix dans le prochain parlement. Verdict des urnes en juin 2015.

Pour finir, petite vidéo du palais présidentiel qu'a fait construire Recep Tayyip Erdogan. Un palais taillé à la mesure d'un grand pays et d'un homme qui dispose d'un vrai pouvoir. Son locataire a rétorqué aux critiques que ce palais appartenait à «tous les Turcs» et participait du «prestige» de la Turquie. «Voir les choses en grand n'est pas possible aux nains», avait-il répondu à ceux qui moquaient la taille du palais.




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