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L’intolérable indifférence au sort des chrétiens d’Orient
Publié le :

Les Echos

LE 10/04 À 16:32

DOMINIQUE MOĂŹSI,
Chroniqueur - Conseiller spécial à l'Ifri (Institut français des relations internationales)

Leurs massacres suscitent une indiffĂ©rence internationale qui pose question. DÂ’oĂą vient cette absence de rĂ©action ? Peut-on encore longtemps se rĂ©fugier dans cette attitude sans mettre en pĂ©ril nos valeurs ?

Comment expliquer le silence de la communautĂ© internationale face aux massacres de chrĂ©tiens qui se dĂ©roulent sous nos yeux, du Moyen-Orient au continent africain, de lÂ’Irak au Kenya ? Le pape François, du balcon de Saint-Pierre, a eu raison dÂ’interpeller la conscience du monde le jour de Pâques. « Le Vatican, combien de divisions ? »

plaisantait Staline, inconscient quÂ’un pape polonais, Jean-Paul II, allait par sa simple autoritĂ© morale contribuer de manière dĂ©cisive Ă  lÂ’effondrement de lÂ’URSS. Cette autoritĂ© morale, elle nÂ’existe bien sĂ»r que si elle sÂ’exprime. Le silence retentissant de Pie XII pendant la Seconde Guerre mondiale sur le sort des juifs pouvait-il ĂŞtre reproduit par le « vicaire » du Christ alors mĂŞme que les victimes cette fois-ci Ă©taient chrĂ©tiennes ?

Mais quelles rĂ©ponses donner Ă  la dĂ©nonciation de lÂ’indiffĂ©rence lancĂ©e par le pape François ? Toute rĂ©flexion sur cette question doit, me semble-t-il, partir de la nature sĂ©lective des Ă©motions. La philosophe amĂ©ricaine Martha Nussbaum, de lÂ’universitĂ© de Chicago, cite Ă  ce propos des expĂ©riences scientifiques faites sur les souris. Celles-ci, rapporte-t-elle, ne sÂ’Ă©meuvent que face Ă  la souffrance de congĂ©nères avec lesquels elles ont Ă©tĂ© directement en contact. Dans le cas inverse, elles font preuve dÂ’une indiffĂ©rence totale. Sommes-nous comme les souris ?

En France, les assassinats de caricaturistes de « Charlie Hebdo » ont pu faire descendre près de 4 millions de personnes dans la rue, pas seulement au nom dÂ’un principe, celui de la libertĂ© de la presse, mais parce que leur signature sinon leur personne Ă©tait familière Ă  des millions de Français.

Ils ne seraient pas descendus en tel nombre pour des policiers ou des juifs. Les victimes chrétiennes sont lointaines, anonymes pour la plupart, sinon désincarnées.

Elles ont la malchance de se trouver au mauvais endroit au mauvais moment, lĂ  oĂą règne un contexte de violence gĂ©nĂ©ralisĂ©e. Les principales victimes, au Moyen-Orient au moins, ne sont-elles dÂ’ailleurs pas, dans leur grande majoritĂ©, musulmanes ?

Face au massacre de chrĂ©tiens, le problème de la chrĂ©tientĂ© nÂ’est-il pas quÂ’elle est tout Ă  la fois universelle dans son principe et divisĂ©e dans sa rĂ©alitĂ© ? Il y a incontestablement une Ă©motion chrĂ©tienne grandissante pour le sort des chrĂ©tiens dÂ’Orient, tout comme il existe une compassion particulière Ă  lÂ’Ă©gard des jeunes Kenyans massacrĂ©s il y a une dizaine de jours en fonction de leur appartenance religieuse : les chrĂ©tiens Ă©taient assassinĂ©s, les musulmans Ă©taient Ă©pargnĂ©s.

Mais pourquoi nÂ’y a-t-il pas plus de rĂ©actions face Ă  un enchaĂ®nement sanglant qui dure dĂ©sormais depuis de très nombreuses annĂ©es ? Les chrĂ©tiens du Moyen-Orient et dÂ’Afrique seraient-ils avant tout perçus par les chrĂ©tiens dÂ’Occident comme des Arabes ou des Africains ? Les catholiques romains garderaient-ils une certaine distance avec leurs frères coptes, maronites, grecs orthodoxes ou syriaques ? Les Eglises dÂ’Orient paieraient-elles le prix dÂ’une association, dÂ’une compromission mĂŞme, avec des rĂ©gimes despotiques et cruels, comme la Syrie de Bachar Al Assad ou hier lÂ’Irak de Saddam Hussein ?

Et après sÂ’ĂŞtre tues trop longtemps lorsque des musulmans, souvent modĂ©rĂ©s au dĂ©part, Ă©taient massacrĂ©s, ne seraient-elles pas, pour partie au moins, victimes aujourdÂ’hui du silence qui fut le leur hier ?

Sur un plan strictement gĂ©opolitique, doit-on mettre lÂ’accent sur lÂ’existence dans la communautĂ© internationale dÂ’une vĂ©ritable « volontĂ© dÂ’aveuglement », Ă©voquant les annĂ©es 1930, face Ă  une menace dont on refuse de percevoir lÂ’ampleur ? Après les interventions Ă  dominante amĂ©ricaine en Afghanistan et en Irak, le devoir dÂ’ingĂ©rence sÂ’est trouvĂ© remis en cause par ses dĂ©rives mĂŞmes, et pas seulement par ceux qui nÂ’attendaient quÂ’un prĂ©texte pour dĂ©noncer « les droits de lÂ’hommisme », au nom dÂ’une vision « realpolitik » sinon purement cynique du monde. Derrière le silence de la communautĂ© internationale, y a-t-il avant tout une fatigue Ă  lÂ’Ă©gard de lÂ’intervention et comme une forme de nostalgie Ă  lÂ’Ă©gard dÂ’un temps rĂ©volu, oĂą des despotes maintenaient lÂ’unitĂ© physique de leurs pays et protĂ©geaient leurs minoritĂ©s chrĂ©tiennes ?

Si tel Ă©tait le cas, il faudrait dire que cette vision nÂ’est ni rĂ©aliste ni morale. Ce serait oublier que cÂ’est la violence de la rĂ©pression du rĂ©gime en Syrie, dĂ©but 2011, qui est Ă  lÂ’origine de la terrible guerre civile qui dĂ©chire le pays depuis lors. Fermer les yeux sur la brutalitĂ©, la corruption et lÂ’inefficacitĂ© des rĂ©gimes en place, au nom du moindre mal ou de la volontĂ© de protection des minoritĂ©s chrĂ©tiennes (et quid des autres minoritĂ©s ?), nÂ’est tout simplement pas envisageable. MĂŞme si la problĂ©matique a beaucoup changĂ© au fil des ans, mĂŞme sÂ’il nÂ’est plus possible dÂ’ignorer totalement le rĂ©gime en place Ă  Damas.

On ne saurait retomber dans quelque nostalgie pour les croisades ou lÂ’impĂ©rialisme colonial. Ces temps sont dĂ©finitivement rĂ©volus. Il nÂ’en demeure pas moins que les chrĂ©tiens dÂ’Orient ou dÂ’Afrique nÂ’ont pas seulement besoin de prières et de compassion. Ils ont besoin dÂ’aide, dÂ’engagement, dÂ’une prise de conscience et de responsabilitĂ© de notre part. Sur cette question, comme sur tant dÂ’autres, moins dÂ’AmĂ©rique devrait signifier plus dÂ’Europe. Il ne sÂ’agit pas de revenir Ă  la « RĂ©publique chrĂ©tienne » de la Renaissance face Ă  lÂ’Empire ottoman. Mais que serait une Europe qui oublierait ses racines judĂ©o-chrĂ©tiennes, Ă  un moment oĂą les valeurs universalistes subissent des attaques dÂ’une particulière violence ?


Dominique Moïsi, professeur au King’s College de Londres, est conseiller spécial à l’Ifri.




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Source/Lien : Les Echos



   
 
   
 
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