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Aznavour: "Je veux faire aussi bien que Jeanne Calment"
Publié le :

La Provence

Dimanche 12/04/2015 à 06H08

Légende photo : Avec Aznavour, c'est un morceau d'Arménie qui s'est installé à Mouriès. Photo Nicolas Vallauri

À 90 ans, Charles Aznavour est loin de penser à la retraite. Dans sa propriété de Mouriès, il fourmille de projets, d'envies, de passions. C'est là qu'il a bien voulu s'impliquer pour le Centenaire du génocide, avec une série d'émissions radio et un film documentaire "Aznavour story 2015".

Vos parents arrivent en 1923 en France. Comment est-ce que cela s'est passé ?

Je ne sais pas du tout. Ils venaient de Grèce. Je suppose qu'ils sont arrivés par Marseille. Et je suppose beaucoup de choses, par exemple que ceux qui avaient un peu plus d'or dans les plis de la robe de la mère, ils pouvaient monter jusqu'à Avignon ou jusqu'à Valence, et puis jusqu'à Paris. Exactement comme la transhumance des juifs, telle que la raconte Marek Halter dans un de ses livres.

Ils vous ont raconté comment ils avaient échappé au génocide ?

Non. Même si je sais que mon père avait un passeport russe, qui lui a permis d'être accueilli par un bateau italien. Quand les soldats sont venus, il a pu dire ''Ici, vous n'êtes plus en Turquie, c'est un espace international'', et on leur a fiché la paix. Ensuite, comme tous les émigrés de ce coin-là, ils sont passés par Salonique.

Et le génocide lui-même, ils vous en parlaient ?

Non, ma mère pleurait sa famille régulièrement mais ils n'avaient pas besoin d'en parler pour qu'on sache que c'était grave.

Ont-ils conservé les coutumes et traditions de leur pays d'origine ?

Mon père a d'abord gagné sa vie en chantant pour l'immigration. Il chantait en russe, en yiddish, en arménien... Il faisait les bals arméniens et c'est comme ça qu'il a pu acheter son restaurant : il était très bien payé, paraît-il. En revanche, mes parents n'ont pas poussé leurs enfants vers les traditions arméniennes... pas plus qu'ils ne nous en ont empêchés.

Vous-même, ce n'est qu'en 1963 que vous découvrez la terre d'Arménie...

En vérité, on était heureux que le communisme soit venu en Arménie parce que tout d'un coup, le communisme a défendu l'Arménie. Il lui a fait du mal aussi parce ceux qui sont partis de l'étranger pour s'installer là-bas en 1947 ont parfois fini au goulag... J'ai mieux connu l'Arménie quand elle a eu des difficultés et à ce moment-là, je me suis réveillé, je me suis dit "J'ai des possibilités, je vais essayer de faire quelque chose pour mon pays d'origine". Cela a été un choc de découvrir cette Arménie de 1963. Les gens me disaient "Ah, tu reviens au pays !", je répondais "Mon pays, c'est la France".

Quelle est la forme de votre engagement aujourd'hui vis-à-vis de la reconnaissance du génocide des Arméniens ?

Elle n'est pas virulente. Je m'entends bien quand je rencontre des Turcs et je m'aperçois que nous avons énormément d'affinités avec eux. Et eux aussi ont beaucoup d'affinités avec nous. Je suis pour que la jeunesse turque essaye d'apprendre ce qui n'est pas dans les livres qui ont été refaits. Les journaux ont été réimprimés, ce n'est pas bien ce genre de choses. Je pense qu'il serait temps qu'Ankara, je ne veux pas dire les Turcs parce que ça ne serait pas vrai, qu'Ankara donc prenne une décision importante, une vraie décision qui permettrait de dire que la Turquie est un grand pays : ce serait un plus grand pays encore s'il reconnaissait ce qui s'est passé.

Sur cette question, que dites-vous aux Arméniens de France ?

Au début, ils n'étaient pas d'accord avec mes idées. Et puis, petit à petit, ils y viennent. Qu'est-ce qu'on peut demander à la Turquie ? La reconnaissance ? C'est la chose déjà la plus importante. L'ouverture des frontières ? C'est aussi très important, dans une moindre mesure toutefois. La troisième chose qu'on pourrait demander, c'est du territoire. Mais qui va y aller ? Il faut être raisonnable : il faudrait pour ce territoire deux millions de personnes mais les deux millions de personnes, on en a besoin en Arménie. Donc, ce n'est pas la peine.Le problème est simple et il n'est pas cher, ce qui est très important pour un pays. En tout cas, ça leur reviendrait moins cher que de financer tous ces négationnistes, qui ne connaissent rien à l'Histoire, qui disent n'importe quoi.

Vous participerez d'une certaine manière aux cérémonies du 24 avril 2015 ?

Je n'y serais pas, parce qu'il faut qu'il y ait quelqu'un, qui semble être totalement neutre, qui soit pour une réconciliation. Si j'y vais, je serais encore l'ennemi. Or, je ne suis pas l'ennemi des Turcs, ils le savent et ils le disent. Je veux qu'ils comprennent encore que je ne suis pas leur ennemi mais s'ils continuent, je vais le devenir et ce serait dommage.

Aujourd'hui, vous êtes souvent en Provence, où vous cultivez même de l'huile d'olive...

À peu près quatre mois. Dix jours par ci, quinze jours par là. Je suis beaucoup attaché à ce pays, depuis mon enfance en fait. Quand je suis ici, je travaille, j'aime beaucoup le faire. Écrire beaucoup, composer. Et puis, j'ai un millier d'oliviers : j'ai une toute petite production, on fournit quelques magasins. Des fois, ils téléphonent : "On n'en a plus". On leur répond : "Nous non plus !".

À 90 ans, vous entrez dans le quatrième âge. Qu'en espérez-vous ?

Je veux réussir à vivre en bonne santé et encore longtemps. Les mères juives te disent "Que tu vives 120 ans !", je ne veux pas les décevoir. Et j'essaierai même d'aller un peu plus loin. Comme nous avons eu la chance de rencontrer ici Jeanne Calment, qui a vécu près de 123 ans, je veux faire aussi bien qu'elle. Comme ça, là-haut, on me mettra dans la même boîte qu'elle..."

Romain Fauvet




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Source/Lien : La Provence



   
 
   
 
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