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Survivante du génocide arménien, Théolinda a encore peur cent ans après
Publié le :

Tribune de Genève

De Laure Marchand
14.04.2015

La centenaire fait partie des très rares rescapés des massacres commis dans l’Empire ottoman à être encore en vie.

Le petit pavillon de Théolinda, en banlieue parisienne, semble faire la sieste en cet après-midi printanier. Dans sa cuisine, la vieille dame arménienne somnole, enveloppée par la chaleur du radiateur calé contre son fauteuil. L’arrivée de visiteurs la tire de son assoupissement pour la ramener un siècle en arrière. «On avait peur, toujours peur qu’ils viennent, on tremblait. Chaque jour, on se disait qu’ils allaient venir, ou alors demain. On vivait comme ça, sans savoir si on allait être tué. Quelle misère!» «Ils», ce sont les Turcs. La centenaire fouille dans ses souvenirs. Beaucoup se sont envolés. Mais cent ans après, la peur des «sauvages», elle, est restée.

Théolinda, coquettement apprêtée, une broche dorée sur son pull bleu marine, fait partie des rares survivants du génocide des Arméniens, sujets de l’Empire ottoman, commis pendant la Première Guerre mondiale. Il en reste une quinzaine à travers le monde. Le dernier vivant en Suisse est mort il y a deux ans. Il y a un siècle, l’extermination de leur peuple planifiée et perpétrée par le gouvernement des Jeunes-Turcs fut redoutablement efficace: entre avril 1915 et décembre 1916, les Arméniens ont été arrachés des terres anatoliennes où ils vivaient depuis l’Antiquité.

Un massacre systématique

Grâce à l’utilisation du télégraphe, Talaat Pacha, ministre de l’Intérieur de la Sublime Porte, envoya les ordres de déportation et de massacre à tous les gouverneurs ottomans en poste dans les provinces d’Anatolie. Systématiquement, les hommes et les adolescents furent fusillés à la sortie des villages, précipités dans les eaux de l’Euphrate, passés par le fil de l’épée, brûlés dans des grottes… Femmes et enfants furent jetés sur les routes de l’exil. Condamnés à marcher jusqu’à épuisement vers les déserts syriens, ils moururent par milliers de soif, de maladie, quand ils ne furent pas tués par des bandes armées ou les gendarmes ottomans. Le génocide fit plus d’un million de victimes.

Théolinda a vu le jour l’année du génocide, le 15 janvier 1915. «A part elle, son père et sa mère, presque tous les autres membres de sa famille ont été tués, raconte sa belle-fille, Olga. Mais on ne sait pas dans quelles circonstances, personne n’en a jamais beaucoup parlé.» Comme souvent chez les survivants de crimes de masse, les atrocités sont passées sous silence. Parce que les souffrances brûlent toujours et que l’on veut tenter d’en préserver ses proches dans la mesure du possible.

Adana, ville prospère de la rive méditerranéenne, dÂ’où est originaire Théolinda, a vécu un long martyre. Avril 1909: comme pour annoncer le génocide, au moins 30 000 chrétiens sont massacrés par la population musulmane en Cilicie (nom de la région à l’époque). Habitations et commerces ne sont plus que ruines fumantes. Six ans après, les premiers convois de milliers de déportés quittent Adana, le 20 mai. Les pendaisons sont quotidiennesÂ…

Le retour impossible

Gregory, petit-fils de la survivante, se souvient des récits de sa grand-mère quand il était enfant: «Elle nous disait qu’elle avait entendu sa voisine hurler car des soldats lui avaient arraché ses deux filles.» La petite Théolinda s’était alors cachée dans l’armoire, pensant que son tour était venu. Quand ils ont demandé à sa mère s’il y avait des enfants, elle a dit qu’ils n’étaient pas encore rentrés.

Quand donc a pu se produire cet événement pour que la fillette en conserve le souvenir? Etait-ce en 1921? A la fin de la Première Guerre mondiale, les Alliés se partagent les territoires de lÂ’Empire ottoman, vaincu. La France, qui occupait la Cilicie, en retire ses troupes à partir dÂ’octobre 1921. Terrorisés à lÂ’idée de se retrouver sans protecteur face aux Turcs, les Arméniens fuient précipitamment, sÂ’entassant sur des bateaux dans le port de Mersin. «Je pleurais, accrochée à maman, tous les enfants pleuraient, il a fallu partir si vite!» CÂ’est le début de lÂ’exode pour la fillette de 7 ans et ses parents.

La première destination sera la Grèce. Puis ce furent des années de misère (son père mourut de faim à Athènes), une famille fondée en Algérie avec un Arménien, avant un rapatriement en France en 1958. «Bien sûr que je pense toujours à la Turquie, dit-elle aujourd’hui, tout en grignotant avec gourmandise un biscuit trempé dans un café arménien. C’est notre pays quand même et Adana avait de si beaux champs de coton. J’aurais bien aimé y retourner, pour voir.» Y rester? «Jamais! J’ai trop peur.» (TDG)

(Créé: 14.04.2015, 20h20)




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Source/Lien : Tribune de Genève



   
 
   
 
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