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Le génocide arménien, matrice des tragédies du XXe siècle
Publié le :

La-Croix

Légende photo : Les massacres d’Arménie en 1915 par les Turcs. Illustration anonyme pour Le Petit Journal du 12 décembre 1915.

Le génocide arménien, matrice des tragédies du XXe siècle

Toute une floraison d’ouvrages paraît pour le centenaire du génocide des Arméniens (un million et demi de morts), qui sera honoré vendredi 24 avril. S’il faut déplorer que la Turquie n’ait toujours pas reconnu sa responsabilité dans le premier grand crime contre l’humanité du XXe siècle, cette dénégation du régime turc n’en semble pas moins vaine et contre-productive dans la mesure où elle incite des historiens du monde entier à affiner toujours plus leurs recherches, et à accumuler les preuves d’une réalité qui ne peut plus être réfutée de bonne foi.

L’état des connaissances sur le sujet a avancé à ce point depuis dix ans que la destruction de ce peuple chrét ien d’Orient, longtemps admise comme un simple effet collatéral de la Première Guerre mondiale, « en apparaît aujourd’hui comme la tragédie majeure ». C’est là ce qu’estimaient encore plusieurs universitaires, parmi lesquels l’historienne Annette Becker, lors du colloque international organisé fin mars à Paris : colloque qui a permis de faire le point sur l’état global des recherches, en présence de spécialistes venus de nombreux pays et de la Turquie elle-même.

Car la multiplication des travaux permet d’obtenir désormais une vision très fine des événements tragiques engagés en Anatolie à partir du 24 avril 1915 – date officielle du déclenchement du génocide par le gouvernement Jeune-Turc. On connaît le nombre exact (33 en tout, selon l’historien Raymond Kévorkian) et la localisation des « sites abattoirs » où fut exécutée d’emblée la majeure partie de la population masculine des Arméniens. Et de même ont été répertoriés tous les convois de femmes, d’enfants, de vieillards (au nombre de 306), déportés vers le désert de Syrie où ils étaient promis à la mort. Avec une profusion de détails, des monographies relevant de la « micro-histoire » permettent d’affiner la description pour chacune des six « vilayets » (régions) orientales où se concentrait l’essentiel du peuple martyr. Le rôle auprès de l’armée ottomane des cruels supplétifs kurdes et « tcherkesses » (Caucasiens, Circassiens) n’a jamais été aussi clairement établi.

Surtout, de nouveaux champs d’études mettent en évidence toute une seconde phase délibérée du génocide, décidée un an après la première. Pour faire disparaître les 500 000 déportés encore survivants après leur longue marche vers le Sud, les autorités turques décidèrent – en mars 1916 – de réduire un à un la vingtaine des camps de concentration aménagés en Mésopotamie, au sud d’Alep et tout au long de l’Euphrate. C’est de ces camps restés longtemps méconnus (Sébil, Meskéné, Dipsi, Abouharar, Hamam, Sebka), situés dans la zone contrôlée aujourd’hui par l’organisation terroriste Daech, que les ultimes victimes furent poussées vers leur destination finale à Der Zor, en arabe Deir Ez-Zor, devenu un désert de squelettes dans la région la plus reculée de Syrie.

Les travaux récents des historiens révèlent d’autre part toute la dimension économique du génocide, avec le vol organisé et l’accaparement systématique des biens des victimes mais aussi le transfert planifié de leurs richesses vers la société turque. Au-delà même de la reconnaissance du fait génocidaire, c’est toute la question du préjudice subi et des réparations qui se trouve ainsi posée à frais nouveaux.

Comment ne pas évoquer pour le reste la part de responsabilité propre à l’Allemagne ? Car durant la Première Guerre mondiale, Istanbul était l’allié de Berlin. Plus de 15 000 officiers germaniques conseillaient (sinon encadraient) l’armée turque, parmi lesquels certains qualifiaient déjà les Arméniens de « Juifs d’Orient »… Il est désormais établi, notamment par les témoignages de missionnaires allemands, que les hommes du Kaiser, très informés sur place, ne firent rien pour retenir la main du bourreau turc.

Comme l’ont souligné les historiens au colloque de Paris, ce sont les recherches « comparatistes » qui permettent le mieux d’élargir l’état des connaissances sur le génocide de 1915. Dans le but de mieux prévenir de nouvelles violences de masse, les cas des Arméniens d’Anatolie, des Juifs d’Europe centrale et des Tutsis du Rwanda se voient de plus en plus étudiés dans les mêmes champs disciplinaires. Associé naguère à un Orient obscur et lointain, le sort dramatique fait au peuple arménien s’impose désormais comme la grande matrice des tragédies du XXe siècle.

Pierre-Yves LE PRIOL

• Mémorial du génocide des Arméniens, de Raymond
Kévorkian et Yves Ternon (Seuil, 512 p., 30 €).
• Comprendre le génocide des Arméniens, d’Hamit
Bozarslan, Vincent Duclert et Raymond Kévorkian
(Taillandier, 496 p., 21 €).
• Le Génocide des Arméniens, collectif (Armand Colin,
368 p., 29 €).
• Détruire les Arméniens, de Mikaël Nichanian (P.U.F., 280 p., 21 €).
• Le Crime de silence, sous la direction de Gérard
Chaliand (L’Archipel, 350 p., 21 €).
• Du génocide des Arméniens à la Shoah, de Gérard
Dedeyan et Carol Iancu (Privat, 640 p., 25 €).
• Le Génocide arménien, de la mémoire outragée à la
mémoire partagée, de Michel Marian (Albin Michel,
180 p., 15 €).

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Les historiens turcs sÂ’y mettent

L’un des faits nouveaux, pour ce qui touche à la recherche sur le génocide des Arméniens, est assurément le relais pris par les historiens turcs eux-mêmes. Sans doute des pseudo universitaires continuent-ils à alimenter là-bas, sur fonds publics, le négationnisme d’État. Leurs arguments sont connus : c’était la guerre en 1915, l’Empire ottoman se trouvait menacé d’éclatement, les chrétiens d’Anatolie risquaient de pactiser avec l’ennemi russe. D’horribles massacres furent assurément commis, « mais de part et d’autre, et les souffrances furent partagées »…

Pour le jeune historien turc Erdal Kaynar, qui enseigne à Jérusalem et participait (avec plusieurs compatriotes) au récent colloque de Paris, « cet argumentaire ne parvient plus à convaincre quiconque, ni à se renouveler ». Ce sont d’abord des universitaires turcs en poste à l’étranger qui ont osé contester le déni de l’État : au premier rang desquels un Taner Akçam, dans son livre intitulé Un acte honteux (« Folio Histoire »). Puis ce furent les enseignants des universités libres ou anglophones de Turquie même. Et désormais, de plus en plus de chercheurs du pays bousculent la lecture officielle de cette période de l’histoire.

Qu’apportent à la compréhension des faits ces nouveaux spécialistes qui peuvent souvent lire le vieux turc osmanli (en alphabet arabe) et accéder à l’ouverture (encore trop partielle) des archives ottomanes ? Avant tout, comme le dit Erdal Kaynar, « la possibilité accrue d’entrer dans la tête et l’idéologie même des bourreaux ». Marqués par le positivisme français, portant aux nues la Révolution de 1789 et notre conception jacobine de la nation (un peuple, une langue, une culture), les leaders Jeunes-Turcs croyaient aussi dur comme fer au « darwinisme social » : théorie de la sélection naturelle appliquée aux races et considérant les relations entre communautés humaines comme une lutte à mort entre « espèces », sur le mode animal. Tout un vocabulaire raciste, inspiré de la médecine, en témoigne chez les théoriciens dits « unionistes » : les Arméniens étaient considérés comme des « tumeurs internes », des « cellules défectueuses » que le corps social turc était en droit d’éradiquer. Les bourreaux se considéraient d’ailleurs eux-mêmes comme des victimes : victimes du mépris occidental envers l’Orient barbare, victime des puissances étrangères morcelant leur empire. Pour ces hommes qui se revendiquaient d’un vieux peuple conquérant, les Turcs disposaient d’une sorte de droit naturel à la domination.

La nouvelle historiographie critique nationale est également
à même de préciser dans quelles conditions, bien avant le négationniste d’aujourd’hui, la Turquie a reconnu – de fait – la réalité des massacres de 1915. Ce fut le cas en effet lors des grands procès des dirigeants unionistes (Enver, Talaat et Djemal), condamnés à mort par contumace en 1919-1920 à Istanbul même.

Les travaux des chercheurs turcs permettent également de
mesurer en détail la filiation, longtemps tenue cachée, entre
les unionistes de 1915 et les kémalistes ultérieurs. Sous l’ère de Mustapha Kemal (1923-1938), et même au-delà, de nombreux génocidaires ou criminels de guerre furent ainsi recyclés dans l’appareil d’État. Avec son matérialisme foncièrement athée et sa théorie du droit du plus fort, l’idéologie des Jeunes-Turcs constitue de fait, pour l’historien Erdal Kaynar, « le premier totalitarisme du XXe siècle, annonciateur du communisme et du nazisme ».

Pierre-Yves LE PRIOL

• Jugement à Istanbul, de Taner Akçam
et Vahhakn Dadrian (Éditions de l’Aube,
400 p., 25 €).
• 1915, le génocide arménien, d’Hasan
Cemal (petit-fils du leader Jeune-Turc
Djamal Pacha (Éd. des Prairies ordinaires,
230 p., 23 €).
• Parce qu’ils sont arméniens, de Pinar
Selek (Liana Levi, 96 p., 8 €).




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 La-Croix : livres sur le génocide arménien



Source/Lien : La-Croix



   
 
   
 
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