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Le réveil arménien de Diyarbakir la Kurde
Publié le :

Tribune de Genève

Centenaire du génocide arménien : Diyarbakir, la grande ville de la minorité kurde de Turquie, vit son printemps de la mémoire. Reportage

De Laure Marchand De Diyarbakir Mis à jour à 10h00

La nuit tombe sur les pierres en basalte noir de la vieille ville de Diyarbakir, dans le sud-est de la Turquie. Le gardien de l’église Surp Giragos referme religieusement la porte en fer de la bâtisse. Le jour tant attendu approche, celui du centenaire du génocide arménien, vendredi. Et la fébrilité de ce petit homme, sec comme un buisson poussé au milieu des pierres, augmente. «Je ressens une impatience, une excitation, mais de la peur, non, déclare-t-il. La peur c’était avant, ça suffit.» Désormais, il ose se faire appeler Armen, le prénom chrétien qu’il s’est choisi. Celui d’Abdurrahim appartient à sa vie d’avant, quand il était aux yeux de tous un Kurde musulman.

Cet employé de mairie à la retraite a découvert que son père, lorsquÂ’il était enfant, avait été sauvé des massacres de 1915 par un homme kurde, qui lÂ’avait ensuite élevé comme son propre fils. De son vivant, le rescapé, qui a effectué un pèlerinage à La Mecque, ne dira pas un mot sur ses origines à ses enfants. Armen ne lÂ’a appris qu’à 24 ans par «les anciens»: «Tout est devenu très confus dans ma tête.» A l’époque, «je nÂ’imaginais même pas quÂ’une église comme celle-ci existait, et maintenant jÂ’y travaille, cÂ’est ma première maison, celle de tous les Arméniens».

Diyarbakir, la grande ville de la minorité kurde de Turquie, non loin de la Syrie, vit son printemps arménien. Officiellement, comme dans le reste de l’Anatolie, les Arméniens y avaient tous été méthodiquement massacrés ou déportés vers les déserts syriens en 1915. Le plan d’extermination avait été méticuleusement supervisé par le gouverneur, qui appartenait à la branche la plus extrémiste du mouvement Jeunes-Turcs, le docteur Resit. A Diyarbakir, on joua au football dans les ruelles avec la tête de l’évêque, le clocher de l’église Surp Giragos fut détruit à coups de canon, parce qu’il s’élevait plus haut que les minarets.

Réappropriation identitaire

Mais, un siècle plus tard, des descendants de rescapés qui s’étaient convertis à l’islam pour avoir la vie sauve commencent timidement à revendiquer leurs origines. En sortant de l’ombre, ces «restes de l’épée», comme ils sont cyniquement surnommés en Turquie, sont des preuves bien vivantes d’un crime commis par le gouvernement ottoman pendant la Première Guerre mondiale et que les autorités turques nient toujours farouchement aujourd’hui. «Il y a dix ans, deux Arméniens cachés m’ont révélé leurs origines, explique Abdullah Demirbas, l’ancien maire de la vieille ville de Diyarbakir, où se trouve l’église Surp Giragos. Ils sont 300 ou 400 à le dire maintenant, mais je sais qu’ils sont bien plus nombreux.»

Cette réappropriation identitaire est rendue possible par la politique que les Kurdes mènent au niveau national. Le Parti pour la paix et la démocratie, prokurde, est la seule des quatre formations représentées à la Grande Assemblée nationale de Turquie à reconnaître le génocide et à exiger que lÂ’Etat fasse de même. Localement, à Diyarbakir, de multiples initiatives permettent à lÂ’identité arménienne d’être à nouveau visible. Le très arménophile Abdullah Demirbas en est un fervent défenseur. A son initiative, la ruelle pavée qui mène à l’église Surp Giragos a été rebaptisée Mıgırdiç Margosyan, du nom dÂ’un écrivain arménien du cru. La mairie a mis en place des cours de langue arménienne. Cet ancien professeur de philosophie a même fait ériger dans un parc un petit monument à la mémoire des massacres de 1915, un cas unique en Turquie. Il a le sentiment dÂ’avoir «une dette morale à payer» aux Arméniens et critique vertement le négationnisme de lÂ’Etat turc. «En nÂ’acceptant pas quÂ’il y ait eu un génocide, la Turquie commet une grande erreur.»

Les traces de la mémoire

Pour le centenaire, encore plus que les années précédentes, les autorités kurdes de Diyarbakir entendent donc bien mettre en porte-à-faux les mensonges de l’histoire officielle turque. Antoine Agoudjian est en train d’accrocher les dernières photos de son exposition «Le cri du silence»* dans un temple païen niché dans les murailles, construites par l’empereur romain Constantin. Pendant près de trente ans, ce photographe français d’origine arménienne est parti sur les traces de la mémoire de son peuple martyr. Les visiteurs vont découvrir ce soir une évocation suggérée, onirique parfois, mais très forte du génocide. Il s’incarne dans les frêles ruines d’une église, des corbeaux dans un ciel noir chargé de funestes présages, les rides sans âge d’une vieille femme… La Municipalité et la Chambre de commerce ont soutenu l’exposition. «L’engagement des Kurdes est total, déclare Antoine Agoudjian. Je me sens tellement bien à Diyarbakir. L’ambiance n’a rien à voir avec l’hostilité que j’ai pu rencontrer dans des régions turques, celles de la mer Noire, si nationalistes.» Les tribus kurdes ont pourtant largement participé aux massacres des Arméniens à la fin du XIXe siècle, puis au génocide. Pour l’artiste, «ce mea culpa des Kurdes est aussi une façon pour eux de se réhabiliter. Ils ont compris leur proximité avec les Arméniens car ils sont aujour­d’hui perçus comme les ennemis intérieurs de la Turquie.»

Depuis les années 80, un conflit entre Ankara et la rébellion kurde a fait plus de 40 000 morts. LÂ’empathie kurde nÂ’est pas non plus totalement dénuée de calculs politiques: tout ce qui peut affaiblir Ankara est bon à prendre.

Au début du XXe siècle, Surp Giragos était l’une des plus grandes églises du Moyen-Orient. Progressivement laissée à l’abandon, elle était devenue, à l’image des Arméniens cachés, fantomatique. Les cloches sonnent de nouveau depuis sa restauration en 2011. Parfois, une femme voilée, émue, allume un cierge. Des visiteurs locaux sont de plus en plus nombreux à dire que leur grand-mère était Arménienne. Elles sont si nombreuses, ces filles, à avoir été mariées et islamisées de force, ou alors tout simplement cachées par un voisin. L’Eglise permet aux identités cachées de se frayer un chemin vers les cœurs. Stepan, lui, a toujours su qu’il était Arménien. A l’école primaire, les enfants kurdes le traitaient de «gavur», «infidèle». Mais, longtemps, ce musicien délicat n’a pas pu revendiquer publiquement son identité. La pression sociale était trop forte. «Aujourd’hui, je veux que tout le monde le sache.» Dans ses concerts, le jeune homme interprète de vieilles mélodies arméniennes, pour donner du courage à tous ses frères qui n’osent pas sortir de la clandestinité.

* Le cri du silence, traces d’une mémoire arménienne. Un très beau livre de photographies (Editions Flammarion).

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Un pays enclavé, très dépendant de sa diaspora et de Moscou

Ultramoderne, avec ses façades aux vitres de couleurs vives, le nouveau terminal de l’aéroport de Zvartnots, dans la banlieue d’Erevan, symbolise très bien la situation de l’Arménie d’aujourd’hui. Faute de moyens publics, sa construction a été financée par un riche membre de la diaspora issue du génocide de 1915, le milliardaire argentin d’origine arménienne Eduardo Eurnekián. En échange, ce dernier a obtenu une concession de trente ans pour l’exploitation de l’unique aéroport international du pays, principale porte d’entrée dans ce petit et très pauvre Etat du Caucase du Sud, sans accès à la mer et entouré de voisins peu amicaux.

L’Arménie d’aujourd’hui a gagné son indépendance le 21 septembre 1991 lors de l’éclatement de l’Union soviétique, dont elle était une des quinze républiques. Mais, à l’instar de la plupart de ces «ex-provinces» de l’empire, l’Arménie s’est immédiatement retrouvée confrontée à d’énormes difficultés pour assurer le passage d’une économie planifiée à une économie de marché compétitive.

Du coup, le soutien de sa diaspora, près de deux fois et demie plus nombreuse que sa population de 3,3 millions d’habitants, lui a été plus qu’indispen­sable pour ne pas sombrer. Mais aujourd’hui, crise économique oblige, les envois de fonds de l’étranger seraient à la baisse, mettant notamment en crise le secteur de la construction.

Si la conjoncture économique du pays nÂ’est guère brillante – plus de 30% des Arméniens vivent avec moins de 2 francs par jour – sa situation géopolitique est on ne peut plus complexe et explosive.

Chrétienne, l’Arménie est en effet bordée sur ses deux plus longues frontières par des voisins hostiles. A l’ouest, c’est la Turquie (sunnite), avec laquelle – non-reconnaissance du génocide par Ankara oblige – les relations sont quasi inexistantes et la frontière hermétiquement close.

A lÂ’est et au sud-ouest, cÂ’est lÂ’Azerbaïdjan, sunnite également, avec lequel Erevan vit dans un état de ni guerre ni paix depuis le conflit du Karabakh qui fit quelque 20 000 morts entre 1988 et 1994. Heureusement pour les Arméniens, les équilibres géopolitiques actuels leur offrent un peu dÂ’air au nord, mais surtout au sud, grâce à des frontières ouvertes. Au nord, la Géorgie, chrétienne comme eux, est leur seul débouché vers une mer, la Noire en lÂ’occurrence. Au sud, lÂ’Iran, chiite, est paradoxalement le voisin avec lequel Erevan est dans les meilleurs termes, après un long froid consécutif à la révolution khomeyniste.

Mais cÂ’est avec la Russie, avec laquelle elle ne partage aucune frontière, que lÂ’Arménie entretient, bon gré mal gré, les relations les plus étroites. En effet, depuis que Vladimir Poutine sÂ’est lancé dans son lent travail de remise sur pied de lÂ’espace soviétique, lÂ’Arménie est littéralement devenue un protectorat de Moscou. Que ce soit sur le plan économique ou militaire (10 000 soldats russes assurent la protection de ses frontières). Face à ses dangereux voisins, Erevan nÂ’avait pas dÂ’autre choix que dÂ’accepter ce tutorat. Bernard Bridel (TDG)

(Créé: 21.04.2015, 22h58)




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Source/Lien : Tribune de Genève



   
 
   
 
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