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Turquie : le verrou du génocide arménien
Publié le :

Nouvel Obs

Par Pierre Haski

Publié le 24-04-2015 à 07h01

Les "condoléances" de la Turquie sont restées sans suite, et les victimes arméniennes restent sans bourreau connu ou reconnu.

Les cicatrices de lÂ’histoire nÂ’en finissent pas de venir hanter les vivants ; et de bousculer les stratégies politiques les plus élaborées, fondées sur ce que Gérard Chaliand appelle en titre dÂ’un livre collectif sur le génocide arménien "Le Crime de silence".

Ce "silence" a longtemps fonctionné : Chaliand rappelle dans sa préface que, pendant un demi-siècle, "aucun manuel d’histoire traitant de la Première Guerre mondiale ne mentionnait l’extermination programmée et le nettoyage ethnique des Arméniens en Anatolie, pas même dans une note en bas de page".

Cette époque est révolue : le centième anniversaire de l’événement fondateur des massacres, l’arrestation de centaines d’intellectuels et notables arméniens à Constantinople (aujourd’hui Istanbul) à partir du 24 avril 1915, fait l’objet de commémorations qui donnent à ce "Grand crime" (Medz Yeghern) comme l’appellent les Arméniens, la place qui est la sienne dans l’histoire.

En Turquie, un premier pas sans suite

L’an dernier, à l’approche de ce douloureux centenaire, le Premier ministre (aujourd’hui président) turc, Recep Tayyip Erdogan, a semblé faire un premier pas décisif en présentant les "condoléances" de la Turquie aux "petits-enfants" des "Arméniens qui ont perdu la vie dans les circonstances du début du XXe siècle". C’était un premier pas qui en appelait d’autres, mais qui demeura sans suite.

Les victimes arméniennes ainsi honorées restent sans bourreau connu ou reconnu, et la responsabilité de l’Etat turc dans la mort et la déportation massive des Arméniens d’Anatolie fait l’objet d’un silence pesant. Le mot si lourd de "génocide", que les historiens spécialisés, dans leur immense majorité, s’accordent à utiliser pour décrire les massacres de masse de 1915, demeure un tabou absolu à Ankara.

La bataille mémorielle feutrée qui entoure ce centenaire place lÂ’allié américain de la Turquie dans lÂ’embarras, avec un Barack Obama qui nÂ’ose pas employer le mot "génocide" depuis son élection ; durcit les rapports avec les pays qui, comme la France, ont légiféré pour en reconnaître lÂ’existence ; et crée même des tensions communautaires là où les diasporas turque et arménienne sont importantes.

Fragilité d'un pays

Mais le souvenir ravivé de 1915 vient surtout contrarier l’image que la Turquie voudrait donner d’elle-même, et peut-être même celle qu’elle a d’elle-même : une puissance régionale sûre d’elle, de sa force et de son identité, dans un environnement chaotique et imprévisible. Alors que les relations de la Turquie avec sa population kurde évoluent, avec des hauts et des bas, dans le sens d’un compromis historique, la question arménienne, pourtant moins brûlante, constitue un verrou indépassable.

Recep Tayyip Erdogan, le tout-puissant dirigeant turc depuis plus d’une décennie, élu président l’an dernier, et qui tente aujourd’hui de réunir une majorité pour faire évoluer la Constitution vers un régime présidentiel sur mesure, s’est considérablement raidi face aux contestations internes et aux défis externes. Notamment en raison de l’éloignement de toute perspective européenne.

Cet islamo-conservateur puise à la fois dans l’autoritarisme de Kemal Atatürk et dans le rayonnement des sultans ottomans pour bâtir sa légende. La mémoire arménienne de la Turquie n’y trouve pas sa place car elle est au cœur du processus historique, fait de sang et de larmes, qui a produit la Turquie moderne.

L’impossible reconnaissance du génocide par Ankara est aujourd’hui le symbole, non pas de la force, mais de la fragilité de la Turquie d’Erdogan.

Pierre Haski




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Source/Lien : Nouvel Obs



   
 
   
 
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