Aujourd'hui : Samedi, 6 juin 2020
 Veille Media Contact



 
 
 
 

 
 
 
Dossier du Collectif VAN - #FreeOsmanKavala ! Liberté pour #OsmanKavala !
PHDN
Rejoignez le Collectif VAN sur Facebook
Cliquez pour accéder au site Imprescriptible : base documentaire sur le génocide arménien
Observatoire du Négationnisme
xocali.net : La vérité sur Khojali !
Cliquez ici !

Imprimer dans une nouvelle fenêtre !  Envoyer cette page à votre ami-e !
 
"La souffrance est devenue une forme d'identité"
Publié le :

Propos recueillis par JACQUES DE SAINT-VICTOR.
Publié le 22 mars 2007
Actualisé le 22 mars 2007 : 11h54

L'historienne Esther Benbassa dénonce le risque d'une guerre de mémoires généralisée.

LE FIGARO.- La souffrance a façonné le monde juif depuis ses fondations. Vous critiquez cette vision ainsi que les devoirs de mémoire qui s'en sont inspirés. Pourquoi ?

Esther BENBASSA. - L'histoire des Juifs n'a pas toujours été une histoire de souffrances, elle ne se limite pas à une succession de catastrophes. C'est surtout au XIXe siècle qu'on va, pour constituer une identité moderne qui résiste à l'épreuve de l'intégration, produire ce qu'on a appelé une « histoire lacrymale ». Cette tendance se développe plus encore, et non sans raison, après la Shoah, surtout à partir des années 1970, dans les milieux les plus sécularisés.

Se met en place ce qu'un historien a pu appeler une « religion de l'Holocauste et de la Rédemption » - la rédemption étant associée à Israël. Le devoir de mémoire n'est pas illégitime pendant un temps et il est clair qu'il n'y a pas d'histoire sans mémoire. Mais peut-on continuer à ne vivre que sur une mémoire de souffrance qui ne s'ouvre plus sur l'espérance ? Le modèle juif de la souffrance comme identité a en outre servi de paradigme à un certain nombre de revendications mémorielles qui se font de plus en plus tyranniques et qui nous entraînent dans une concurrence victimaire sans fin. L'époque n'est plus aux héros, mais aux victimes. Dans une société d'abondance, il est difficile de se distinguer par le bonheur. La souffrance est devenue une forme nouvelle d'identité. Chacun revendique désormais son passé de malheur. Le danger est soit de ne pas reconnaître les mémoires en souffrance soit inversement de se laisser envahir ou enfermer dans celles-ci. Car une chose est sûre : il n'y a pas de place pour toutes les mémoires. On court donc tout droit vers des guerres de mémoires.

Nous n'y sommes pas déjà ?

Nous n'en sommes qu'aux prémices et, si nous n'y prenons garde, elles risquent de devenir violentes. Il faut bien comprendre qu'à l'ère de la mondialisation, les solidarités sont en crise. La souffrance sert aussi à créer des identités imaginées qui façonnent des solidarités déchues. Ainsi de l'esclavage. Certaines personnes se vivent sincèrement comme victimes d'une situation ayant cessé voilà plus d'un siècle et demi. Ces identités victimaires agissent comme jadis les nationalismes de substitution.

Vous prônez le droit à l'oubli. N'est-ce pas le meilleur moyen de favoriser ensuite le « retour du refoulé » ?

Il y a un temps pour confier à l'histoire la transmission de tous les cataclysmes. Nous avons intérêt à nous ouvrir plutôt qu'à nous replier sur ces mémoires malheureuses. Intégrons-les dans une mémoire nationale pluraliste, et reconnaissons - l'historien a pour mission d'y aider - que le passé est très complexe. Cela implique une relecture du roman national pour reconstruire aujourd'hui la saga de la France en y incluant pleinement ses autres histoires, celles de l'esclavage, de la colonisation, de l'immigration, etc. Sans oublier de prendre en compte les injustices d'aujourd'hui, pour y remédier.

La Souffrance comme identité d'Esther Benbassa Fayard, 380 p., 20 € .



Retour à la rubrique



Source/Lien : Le Figaro



   
 
   
 
  Collectif VAN [Vigilance Arménienne contre le Négationnisme]
BP 20083, 92133 Issy-les-Moulineaux - France
Boîte vocale : +33 1 77 62 70 77 - Email: contact@collectifvan.org
http://www.collectifvan.org