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Vincent Duclert : «Très tôt, l’intelligentsia s’est opposée au génocide»
Publié le :

Libération

Catherine CALVET 24 avril 2015 à 20:06

L’historien Vincent Duclert explique le lien privilégié entre la France et l’Arménie :

Dans son dernier ouvrage, la France face au génocide des Arméniens (Fayard), Vincent Duclert, spécialiste de l’affaire Dreyfus et de Jean Jaurès, raconte la première mobilisation intellectuelle en France.

Pourquoi François Hollande et son homologue chypriote sont-ils les seuls chefs d’Etat de l’UE présents pour les commémorations ?

François Hollande dispose d’une certaine autorité car il a annoncé sa venue à Erevan il y a déjà un an. Son discours est à la fois historique et politique, il a par exemple salué le rassemblement place Taksim, à Istanbul, en mémoire du génocide. L’action de la France fait preuve de cohérence et de constance.

En quoi l’histoire franco-arménienne est-elle ancienne ?

Une opposition des intellectuels français face au génocide voit le jour très tôt, dès la fin du XIXe siècle, lors des massacres organisés par l’Empire ottoman de 1894 à 1896. Les intellectuels européens, et particulièrement les français, ne peuvent que constater leur violence extrême, des régiments entiers du sultan Abdüllhamid II sont mobilisés pour détruire une partie des Arméniens installés en Anatolie depuis plusieurs millénaires. Ces massacres peuvent être qualifiés aujourd’hui de génocidaires, mais, à l’époque, le mot n’est pas encore utilisé. On ne parle pas non plus d’intellectuels, la notion n’apparaît que deux ans plus tard, en 1898, avec l’affaire Dreyfus et la publication du «J’accuse» de Zola, mais le phénomène existe déjà. Cette mobilisation ne se fait pas sur des bases confessionnelles, il ne s’agit pas de défendre des chrétiens contre des musulmans, mais le droit d’un peuple sans Etat, le droit d’une minorité à exercer une citoyenneté, c’est un engagement à caractère politique, civique, mais aussi culturel puisque les Arméniens portent une civilisation constitutive de l’Empire ottoman. Les intellectuels, en France comme en Europe, se sont aussi opposés à leurs gouvernements qui refusaient de condamner le sultan Abdüllhamid II pour ces grands massacres de 1894-1896. Des enquêtes sont entreprises sur ces exactions, des meetings sont organisés en faveur des Arméniens, des pétitions circulent… Toutes ces actions sont une sorte de répétition avant la mobilisation qui se mettra en place en faveur de Dreyfus. Charles Péguy écrira d’ailleurs que si les intellectuels et l’Europe ne sont pas parvenus à sauver les Arméniens, ils sauveront un autre persécuté, Dreyfus.

Jusqu’à la naissance d’un parti arménophile en 1900 ?

En effet, les intellectuels français et européens, surtout dans les pays francophones, vont organiser des congrès arménophiles. Le français est encore la langue de la diplomatie, et les intellectuels arméniens, très actifs dans cette mobilisation, sont eux-mêmes souvent francophones. Parmi les Français, on peut citer Charles Péguy, dont ce fut la grande cause, mais aussi Anatole France, qui défendra les Arméniens jusqu’à sa mort.

Le rôle de la France ne fut pas totalement irréprochable. Pourquoi ?

Les alliés, donc les vainqueurs de la guerre, ont averti les dirigeants de l’Empire ottoman dès mai 1915 qu’ils étaient en train de commettre un crime contre l’humanité et la civilisation elle-même, ce qui dit bien l’ampleur et la nouveauté radicale du crime, et ils ont annoncé la mise en jugement des responsables dès la fin de la guerre. Cette promesse est contenue dans le traité de Sèvres [conclu en 1920, ndlr]. Il était admis avant la fin de la guerre que les Arméniens pourraient bénéficier d’un Etat, ou au moins d’un foyer national au sein de l’Empire, ne serait-ce que pour les protéger. Toutes ces hypothèses s’effondrent avec la disparition de l’Empire. Mustapha Kemal réussit sa révolution, et met en déroute les armées grecques et françaises, notamment en Cilicie - qui était sous mandat français -, région qui aurait pu servir de foyer national. Les kémalistes séduisent l’opinion occidentale persuadée qu’ils vont mener le Moyen-Orient sur le chemin de la modernité. De plus, ils sont non seulement vainqueurs sur le terrain militaire, mais aussi diplomatique, notamment au travers du traité de Lausanne de 1923 qui fonde la Turquie contemporaine. C’est aussi le traité qui sanctionne l’abandon des Arméniens par les grandes puissances. Les Turcs, qui étaient parmi les vaincus, deviennent des vainqueurs, et les Arabes, qui auraient dû être parmi les vainqueurs, sont les perdants. La France a préféré garder la Syrie plutôt que la Cilicie.

Catherine CALVET




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Source/Lien : Libération



   
 
   
 
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