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Réflexions sur le génocide arménien
Publié le :

Crif

Publié le 30 Avril 2015

Cent ans après 1915, les chrétiens d’Orient, où il n’y a presque plus d’Arméniens, sont en danger de disparition.

Par Richard Prasquier

Yom ha Shoah, révolte du ghetto de Varsovie, génocide rwandais, la période de Pessah est un concentré de rappels mémoriels. Plus encore cette année 2015, où le 5 Iyar, jour de l’Indépendance de l’Etat d’Israël correspondait au 24 avril, centième anniversaire du génocide arménien. Cette coïncidence calendaire extraordinaire survient en un mois où les persécutions contre les chrétiens d’Orient commencent (peut-être?) à percoler une indifférence médiatique troublante et où la menace existentielle que la nucléarisation de l’Iran fait peser sur Israël génère surtout le scepticisme stoïque qui convient quand on espère que le désastre ne touchera que le voisin : Munich est la capitale morale de notre planète et le Prix Nobel Barak Obama en est citoyen d’honneur.

Des livres remarquables sur le génocide arménien permettent de mieux connaitre cet événement majeur d'un XXe siècle qui a vu ce que Churchill appellera, d’après les informations qu’il recevait sur les massacres de Juifs, un « crime qui n’a pas de nom ». Un juriste juif polonais échappé aux nazis, Raphael Lemkin, lui a donné en 1944 un nom: le « génocide ». En 1921, Talaat Pacha,responsable majeur de l’extermination, avait été tué à Berlin par un jeune arménien. Celui-ci fut jugé (et acquitté) alors que la loi allemande (ni aucune autre à l’époque) ne permettait d’incriminer Talaat pacha pour ses crimes immenses, qui avaient eu lieu dans un autre pays. Le jeune Lemkin n’avait pas compris cette distorsion...

D’autres Juifs ont réfléchi sur le génocide arménien,tels l’Ambassadeur des Etats Unis, Henry Morgenthau. En 1933, Franz Werfel publia les "Quarante Jours du Musa Dagh" ( le mont de Moïse); cette histoire d’un réduit arménien dans la montagne, fut lue avec passion dans les ghettos de Varsovie et de Bialystok et par ceux qui envisagèrent le Carmel comme un refuge si Rommel arrivait en Palestine. Enfin le "Conte de la Pensée dernière" écrit par un survivant de la Shoah, Edgar Hilsenrath, est un livre emblématique.

La figure admirable de Armin Wegner, photographe indigné du martyre des Arméniens, opposant frontal à l’antisémitisme nazi, Juste des Nations à Yad Vashem et honoré au Mausolée de Erevan, marque le lien entre les deux génocides.

Les témoignages, rapports de presse, réactions politiques ont été plus nombreux à l’occasion des massacres en Anatolie que lors des massacres de Juifs en Europe centrale vingt cinq ans après. En 1894 déjà les massacres d’Arméniens (environ 200 000 victimes!) organisés par Abdul Hamid avaient soulevé l’indignation (Jaurès, Peguy..) mais un jeu complexe d’alliances (France, Russie, Allemagne) protégeait la Turquie.
Les troupes allemandes massivement présentes en Turquie en 1915, n’ont rien empêché. D'où la mise en cause récente de l’Allemagne, refuge des responsables après la guerre. Y a-t-il eu plus? On connait la phrase de Hitler en 1939, « Qui se souvient encore du massacre des Arméniens? ». De fait, le souvenir était vivace, pas pour les bonnes raisons. L’un des très proches de Hitler, Max Erwin von Schreubnner-Richter, tué lors du putsch de la brasserie, vice-consul à Erzeroum, à l’épicentre du génocide, savait qu’on peut exterminer un peuple entier sans trop de difficultés: leçon à méditer.

Les motifs du génocide furent divers. Chez les dirigeants Jeunes Turcs ce fut le fantasme d’homogénéité dans un pays multi-ethnique: sous couvert d’une cinquième colonne imaginaire, le bourreau devenait défenseur et la victime comploteur: les nazis aussi prétendirent que les Juifs étaient responsables de la guerre….. La défense de l’Islam a aussi beaucoup servi, notamment pour mobiliser les kurdes, musulmans non-turcs. Il y eut aussi chez les intellectuels occidentalisés, un darwinisme social assaisonné à la sauce «touranienne ». Seule la dimension biologique de pureté raciale resta une folie spécifique au nazisme. On pouvait adjoindre des femmes au harem, faire grâce aux orphelins, voire parfois aux adultes qui acceptaient la conversion. Rien à voir avec l'implacable « science » nazie.

Enfin, il y a ici le négationnisme d’Etat, consensus entre deux mondes antagonistes, le nationalisme kemaliste et l’islamisme de l’AKP. Quelques intellectuels courageux, une partie de la jeunesse, rechignent devant la perpétuation d’un mensonge. Certes, il reste à Erdogan le soutien des Frères Musulmans, dont le Hamas. Il lui reste les ambiguïtés d’Obama, mais depuis les déclarations du Président Rivlin, il n’a plus celles d’Israël, qu’il ne cesse de vilipender.

Soixante dix ans après la fin de la Shoah, l’Etat d’Israël malgré ses extraordinaires succès reste menacé de destruction. Cent ans après 1915, les chrétiens d’Orient, où il n’y a presque plus d’Arméniens, sont en danger de disparition. Le génocide n’est pas qu'une relique du pass酅.




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