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Les identités meurtrières
Publié le :

Le Nouvel Observateur

Par Jean Daniel

Publié le 30-04-2015 à 15h51

Il faut oser dire sans tremblement épileptique que l’identité nationale est une chose qui varie au fil du temps.

La discipline qui s’impose de ne rien faire qui puisse nuire à l’union de la gauche n’arrive pas à étouffer quelques humeurs. Pourquoi, ces temps-ci, s’est-on empressé de supprimer l’enseignement du latin et du grec ? On pouvait constater qu’il n’y avait pas suffisamment d’amateurs, mais ne pas chercher à les détourner.

D’ailleurs il faut bien avouer que toute la philosophie anti-élitiste qui semble irriguer les réformateurs est à mes yeux une fausse audace.

1.Alain Finkielkraut

On dira que je me rapproche ainsi d’Alain Finkielkraut dont la surexposition médiatique suscite parfois des impatiences. C’est vrai qu’il est trop souvent hors de lui, mais c’est là qu’il est lui-même. Pourquoi est-ce que je parle de lui ? Nos confrères le font suffisamment, dira-t-on. C’est même une star de cette télévision dont la modernité aurait en toute rigueur dû le détourner. Mais comme il sait souffrir pour une idée et comme il semble du reste perpétuellement l’éprouver dans son corps, on trouve naturel que le chemin de croix de ce Christ de la culture l’ait conduit au calvaire de l’Académie.

Je parle de lui parce que je ne suis d’accord ni avec ses amis flagorneurs ni avec ses ennemis. Je suis d’accord avec Elisabeth Badinter lorsqu’elle dit que "l’équation Finkielkraut = Zemmour = FN est absurde". C’est notre avis, même si je suis en contradiction radicale avec son soutien au nationalisme israélien.

On redoute que sa critique de notre identité malheureuse ne débouche sur un fanatisme identitaire. Je préfère pour ma part parler des "Identités meurtrières", comme l’a écrit un autre académicien, libanais d’origine, Amin Maalouf, qui n’est pas moins indigné, mais qui est plus responsable.

Il faut tout de même revenir au fond du problème et oser dire sans tremblement épileptique que l’identité nationale est une chose qui varie au fil du temps. Que l’on ne peut enfermer ni un homme, ni une époque, ni une société dans une seule définition. Je me souviens de Jorge Semprún qui avait décidé que sa patrie, c’était le fait concentrationnaire et qu’il ne choisirait pas entre l’Espagne, la France et l’Allemagne. Pour un peu, il se sentait même assez libéré du passé pour mettre l’Allemagne en tête.

Il est parfaitement établi que l’identité nationale peut conduire à un sectarisme frileux et agressif en même temps. Les pacifistes, après le premier conflit mondial, n’étaient ni des traîtres ni des renégats. C’étaient des Français pour qui la guerre était le mal absolu et qui se souciaient moins des menaces pesant sur la patrie que des barbaries monstrueuses engendrées par les conflits. Dans la plupart des batailles, ils avaient perdu l’un des leurs.

Aujourd’hui, face au terrorisme, il ne s’agit pas encore de guerre en dépit des déclarations officielles de Manuel Valls. Mais il y va tout de même d’une mise en question des valeurs françaises, cela n’est pas faux. Le tout est de ne pas multiplier les ennemis sous prétexte de les combattre. Tous ceux qui ont sous-estimé les dangers de l’islamisme se sont rendus coupables. C’est ce que personnellement j’ai déjà écrit dans mes livres.

Reste que l’anniversaire du génocide arménien, j’écris bien "génocide", arrive à point pour nous montrer jusqu’où peut mener le fanatisme identitaire quand il s’empare d’une jeunesse comme de celle des Turcs en 1915.

2. Avec les Arméniens

Il faut donc parler de l’anniversaire de ce massacre qui, en 1915, s’est abattu sur 1,5 million d’Arméniens. C’est le premier des grands massacres du 20e siècle, a dit le président de l’Etat d’Israël. Il y a des poignées de main plus émouvantes que d’autres, et celle qu’ont échangée le président de la République d’Arménie et le président d’Israël, Reuven Rivlin, avait une force émotive qui a peu de précédents, à mes yeux en tout cas. Peut-être parce que j’ai hésité longtemps à accepter l’exigence des Arméniens, à savoir appeler ce massacre un "génocide". D’ailleurs, M. Rivlin n’a pas prononcé le mot.

Pour ma part, jÂ’avais trop souvent rencontré des amis qui faisaient une différence obstinée entre les concepteurs de la déportation des Arméniens et ceux de lÂ’extermination des juifs. DÂ’ailleurs, les descendants des victimes ne faisaient pas de difficultés pour admettre que lÂ’intention était différente entre ceux qui préconisaient lÂ’extinction pure et simple dÂ’une race tout entière et ceux qui se livraient à des massacres horribles, insupportables, mais sans obsession raciale. Y avait-il un texte, même dans le mouvement exalté des Jeunes-Turcs, après 1915, où lÂ’extermination totale était exigée ? Pas à notre connaissance. Dans ce cas, il nÂ’y avait pas génocide.

Avec le temps, la réflexion et l’élévation du débat, j’ai changé. Tandis qu’ils supprimaient une partie de la population arménienne, il y eut bien une intention génocidaire. Les deux présidents d’Arménie et d’Israël ont scellé cette identité des situations pour les victimes. Les juifs et les Arméniens ont été massacrés parce qu’ils n’étaient pas considérés comme appartenant à l’humanité digne de survivre.

Jean Daniel

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Source/Lien : Le Nouvel Observateur



   
 
   
 
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