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Les leçons de la Shoah pour lutter contre les génocides
Publié le :

Le Temps

Mardi 12 mai 2015

François Nordmann

En cas de génocide, le problème, pour le CICR, n’est pas de s’exprimer, mais de savoir comment, quand, à qui et de quoi parler pour préserver la dignité humaine et élargir l’espace de l’action humanitaire, estime François Nordmann.

Le 70e anniversaire de la fin de la guerre n’a guère donné lieu à des commémorations officielles en Suisse. La presse a par contre rappelé comment les jours de mai 1945 ont été vécus dans notre pays.

La cérémonie organisée conjointement par le Comité international de la Croix Rouge (CICR) et le Congrès juif mondial le 28 avril dernier à Genève constitue donc l’une des rares manifestations publiques marquant le retour de la paix à l’issue du conflit mondial.

En fait, cette rencontre, de caractère académique, était destinée à rappeler la Shoah, qui a pris fin au moment de la libération des camps. Il s’agissait à la fois de tirer les leçons de l’action et des manquements du Comité pendant cette période et de réfléchir aux moyens actuels de prévenir les génocides et d’assurer la protection des populations civiles.

Les quatre conventions de 1949 sont la conséquence directe de la guerre. Elles placent la protection des civils et le respect des principes humanitaires au centre du droit international humanitaire. Mais quel est le bilan depuis lors – et quel chemin reste-t-il à parcourir?

Peter Maurer, président du CICR, a donné le ton dans le discours magistral qu’il a prononcé à cette occasion. Il fallait sans doute la science et la sensibilité de l’historien qu’il est pour éviter les pièges, remettre les événements de la guerre dans leur perspective et expliquer ce qui peut l’être. Il fallait aussi l’art du diplomate pour décrire la stratégie humanitaire que le Comité s’est donnée pour les quatre années à venir.

Au cours des sept décennies écoulées, nous avons eu le loisir d’apprendre ce que représente l’échec de systèmes, d’institutions et d’individus, dit l’orateur. Nous avons également compris les détails de ce que l’on a voulu taire pendant trop longtemps: le désastre humain sans équivalent de l’Holocauste, le pouvoir de la peur, l’illégalité maquillée en droit positif, la «banalité du mal», le silence des témoins et l’inaction de ceux qui savaient. La racine de cette «catastrophe cognitive» est à chercher dans l’incapacité mentale des contemporains de comprendre la véritable nature du régime nazi et d’imaginer ce qu’était la politique d’extermination des juifs et d’autres minorités en Europe.

Le Comité a considéré le Troisième Reich comme un partenaire à l’égal des autres. On n’a pas compris à qui on avait affaire. On l’a pris pour un Etat comme les autres, à qui il arrivait certes de violer le droit de la guerre, mais pas pour un organisme totalitaire voué à la terreur systématique et à la persécution. D’où le silence et les réponses totalement inadéquates apportées, par exemple lorsque la question s’est posée en octobre 1942 d’un appel solennel à l’opinion publique. L’idée en a été écartée sous l’influence du Conseil fédéral.

Le colloque qui a suivi a mis en lumière certains épisodes de cette sombre époque. L’historienne Deborah Lipstadt a cité les interventions de Gerhardt Riegner, secrétaire général du Congrès juif mondial, informé dès août 1942 du plan d’extermination des Juifs d’Europe de l’Est et d’Allemagne. Il a tenté d’alerter Churchill et Roosevelt, et a constaté qu’un membre éminent du Comité, Carl Burckhardt, était au courant de ces crimes et prêt à corroborer les informations de Riegner. Il n’est pas sûr cependant qu’il les ait partagées avec les autres membres du CICR.

M. Ronald S. Lauder, président du Congrès juif mondial, a lui aussi condamné l’indifférence et le silence qui avaient entouré ces violences bestiales. Puis il a rendu hommage au CICR, qui a eu le courage d’ouvrir ses archives et d’assumer son passé de manière exemplaire.

M. Cornelio Sommaruga, ancien président du CICR, a rappelé comment il a été amené il y a vingt ans à déclarer qu’«Auschwitz représentait le plus grand échec de l’histoire du CICR, aggravé par le manque de détermination à venir en aide aux survivants de la persécution nazie».

Le docteur James Orbinski, ancien président de Médecins sans frontières, s’est tourné vers l’avenir, fort de son expérience du Rwanda, parlant des défis de la médecine humanitaire. Peter Maurer a encore donné les clés de la diplomatie humanitaire qu’il applique à la tête du CICR. Le Comité ne se laisse plus enfermer dans le binôme «se taire ou dénoncer». Il dispose d’une panoplie de moyens pour doser ses interventions: mobiliser les Hautes parties contractantes, agir sur le plan diplomatique, expliquer ouvertement ses méthodes, cesser ses activités si les belligérants imposent au Comité des conditions d’accès inacceptables, se retirer si la présence sur le terrain fait plus de mal que de bien, et enfin dénoncer ouvertement les violations du droit international humanitaire. Le problème n’est pas de s’exprimer mais de savoir comment, quand, à qui et de quoi parler pour préserver la dignité humaine et élargir l’espace de l’action humanitaire.

Et lucidement, Peter Maurer déclare que, au vu des atrocités dont il est le témoin chaque jour, le CICR ne peut pas garantir qu’une catastrophe humanitaire comparable à l’Holocauste ne se produira pas de nouveau.




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Source/Lien : Le Temps



   
 
   
 
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