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Le HDP passe la barre des 10% et prive l’AKP d’une majorité de gouvernement
Publié le :

OVIPOT

Par Jean Marcou · 8 juin 2015

Les résultats des élections législatives du 7 juin 2015 ont donc confirmé que ce scrutin était différent de ceux que nous avions vécus, depuis le début des années 2000 (cf. notre édition du 4 juin 2015). Avec (à lÂ’heure où nous écrivons) un score légèrement supérieur à 40%, et 258 sièges, lÂ’AKP au pouvoir depuis 2002 ne disposera donc pas, dans le prochain parlement, de la majorité absolue (276 sièges), lui permettant de gouverner seul. Face à ce recul, lÂ’opposition traditionnelle (CHP/MHP) enregistre une poussée globale inégalement répartie. Avec à peine plus de 25%, les kémalistes du CHP obtiennent un score légèrement inférieur à celui de 2011 et perdent quelques sièges, tandis que les nationalistes du MHP engrangent un gain sensible de plus de 3%, ce qui devrait leur donner une trentaine de députés supplémentaires, au sein de lÂ’hémicycle. Mais le véritable événement de ces législatives est le score des Kurdes du HDP qui, avec près de 13%, ont largement franchi la barre fatidique des 10% et réussi leur pari. En triplant presque leur représentation parlementaire, ils ruinent ainsi les espoirs de lÂ’AKP dÂ’obtenir une quatrième majorité de gouvernement consécutive, voire de remporter la majorité renforcée lui permettant de réécrire la Constitution et dÂ’instaurer un système présidentiel. Pour lÂ’heure dÂ’ailleurs, comme lÂ’a dit Selahattin Demirtaş, le co-leader du HDP, le débat sur la présidentialisation du régime est clos. Recep Tayyip Erdoğan ne sÂ’est pas encore exprimé sur les résultats, mais il est certainement le grand perdant de cette élection dans laquelle il s’était engagé corps et âme.

Quelques premiers commentaires sur les résultats

Les premiers résultats en pourcentage global indiquent donc : une nette poussée des Kurdes du HDP (79 sièges obtenus sur la base d’un score de plus de 13,1%, en 2015, contre 36 sièges obtenus par le biais de candidatures indépendantes, en 2011) et des nationalistes du MHP (81Resultat 22 sièges et 16,3% en 2015, contre 53 sièges et 13% en 2011) ; une stabilité du CHP qui perd néanmoins presqu’un point (25% contre 25,9%) et 3 sièges par rapport à 2011 (132 contre 135) ; et un recul net de l’AKP de 9% (40,8% contre 49,8%), ce qui ne lui donne qu’une majorité simple au parlement (258/500 en 2015 contre 327/550 en 2011).

Sur le plan géographique, lÂ’AKP a abandonné 4 départements (Zonguldak, Çanakkale, Eskişehir et Mersin) au CHP, et en a laissé 1 (Osmaniye) au MHP, mais il a surtout perdu ses positions kurdes dans le sud-est et le nord-est, où 5 départements qui avaient voté majoritairement pour lui, en 2011, ont placé le HDP en tête (Ardahan, Kars, Ağrı, Bitlis et Siirt). En prenant à lÂ’AKP Siirt, le département dont Recep Tayyip Erdoğan était député avant son élection à la présidentielle, et au CHP Tunceli/Dersim, le département dont est originaire Kemal Kılıçdaroğlu, le HDP a consacré symboliquement à l’égard des deux formations politiques turques les plus importantes, un succès qui sÂ’explique aussi par ses gains inédits de sièges dans des circonscriptions où il nÂ’est pas majoritaire (Ankara, Istanbul, Bursa, Izmir ou Antalya à lÂ’ouest ; Erzurum, Şanlıurfa ou Adiyaman à lÂ’est).

Les raisons de l’échec de l’AKP

Plusieurs raisons peuvent être avancées, d’ors et déjà, pour expliquer l’échec de l’AKP, au soir de ce 7 juin. Le premier constat est celui du recul de son influence, au sein de l’électorat kurde, tant à l’est que dans les métropoles de l’ouest où les populations kurdes (suivies par d’autres électeurs) ont voté en masse pour le HDP, qui disposait, cette fois, pour cette élection, de listes dans la plupart des départements de Turquie. Mais, il est probable que trois autres facteurs ont joué. En premier lieu, les résultats économiques moins favorables de la Turquie, au cours des dernières années, sont à prendre en compte. Au premier semestre 2011, au moment des précédentes législatives, ce pays avait été la première croissance mondiale, avec plus de 11%. En 2014, ce même taux de croissance s’est élevé à moins de 3%. Les scrutins précédents ont montré que l’économique était l’élément le plus important pour expliquer le vote des Turcs, et pendant la campagne, les sondages ont confirmé que l’évolution économique était leur principale inquiétude. En second lieu, un autre facteur a changé le décor qui était celui de la précédente législative : la crise syrienne et ses conséquences. En juin 2011, cette crise commençait à peine. Depuis la Turquie a du accueillir sur son sol plus de 2 millions de réfugiés, et son ingérence hasardeuse dans le conflit a été révélée notamment par la fameuse affaire des camions du MIT qui auraient convoyé, à destination des rebelles syriens, des armes cachées dans un chargement humanitaire. Or, tous les sondages ont montré qu’au cours des dernières années, les Turcs dans leur immense majorité n’étaient pas favorables à ce que leur pays s’implique dans cette crise dangereuse. En troisième lieu, l’électorat turc a accueilli, avec inquiétude, les velléités du pouvoir en place d’établir un régime présidentiel. Toutes les enquêtes ont montré de façon constante qu’il n’y avait pas de majorité pour soutenir une présidentialisation du régime, associé dans l’esprit de beaucoup d’électeurs à un recul des libertés et à une centralisation de l’exercice du pouvoir.

Un échec personnel pour Recep Tayyip Erdoğan

Toutes les élections gagné par lÂ’AKP depuis 2002 (même les référendums et les élections locales) ont été des victoires personnelles pour Recep Tayyip Erdoğan, tant celui-ci a marqué Resultat de son empreinte les principaux enjeux des votes successifs. Cela permet dÂ’affirmer aujourdÂ’hui que le revers quÂ’a enregistré le parti au pouvoir est avant tout celui de Recep Tayyip Erdoğan. Et cela non seulement parce quÂ’il sÂ’est engagé dans la campagne, mais aussi parce quÂ’il a choisi de le faire, alors même que le statut de ses nouvelles fonctions présidentielles, aurait du lÂ’en dissuader. Cette implication du président dans la campagne a sans doute été une erreur tactique majeure. Citoyens dÂ’un pays qui est de tradition parlementaire, les Turcs ne sont pas habitués à ce que le chef de lÂ’Etat sÂ’implique directement dans le débat politique le plus trivial. Là encore de nombreuses enquêtes ont montré quÂ’ils avaient apprécié au contraire la réserve, voire la neutralité du précédent président, Abdullah Gül, issu lui aussi des rangs de lÂ’AKP. Quand il aurait du rassembler, Recep Tayyip Erdoğan sÂ’est engagé dans les débats les plus « clivants », gelant la reprise du processus de règlement de la question kurde au grand dam de son gouvernement, croisant le fer avec la presse turque mais aussi avec la presse étrangère, ou dénonçant ses adversaires politiques comme autant de comploteurs ou de putschistes. A cela sÂ’est ajoutée une posture de grandeur, qui a transformé cet engagement en un véritable emballement. Il est probable que le néo-ottomanisme omniprésent dans les discours et les postures des nouveaux président et premier ministre depuis un an, a lassé pour ne pas dire exaspéré une partie des Turcs. Il nÂ’est pas sûr quÂ’une majorité dÂ’entre eux ait apprécié de voir leur président accueillir des hôtes étrangers, au milieu de guerriers grimés, ou de voir son propre fils revêtir bonnet à poils et kaftan ottomans pour participer à un concours de tir à lÂ’arc, pendant la campagne. Le pire est sans doute que cette nostalgie ottomane a connu aussi des prolongements beaucoup plus prosaïques : construction dÂ’un nouveau palais présidentiel, acquisition dÂ’un avion, soutien à lÂ’achat dÂ’un véhicule de luxe au président du Diyanet, Mehmet GörmezÂ… Tout sÂ’est passé comme si le pouvoir en place sÂ’employait à conforter ceux qui appelaient les électeurs à mettre un coup dÂ’arrêt à ce qui ressemblait de plus en plus à une fuite en avant.

Le succès du HDP et les scénarios à venir

Le succès du HDP sÂ’explique aussi par cette capacité tactique du parti kurde à coller à l’évolution des préoccupations de l’électorat. Perçu dÂ’abord comme un apprenti sorcier, jouant le tout pour le tout, et prenant le risque de perdre sa représentation parlementaire et de donner une majorité renforcée à lÂ’AKP, le parti de Selahattin Demirtaş et de Figen Yüksekdağ a su faire de son franchissement de la barre des 10% lÂ’enjeu principal de l’élection, en prouvant que le scénario était crédible et quÂ’il pouvait priver lÂ’AKP de sa majorité de gouvernement. En réussissant son pari, le parti kurde, devenu parti de Turquie, a renvoyé la balle dans le camp du président. Mais, s’étant dépensé sans compter dans la campagne, ce dernier aura beaucoup de mal à jouer le rôle dÂ’arbitre dÂ’une crise politique que lui confit les institutions. Fin mai dernier, les partis dÂ’opposition ont de surcroît exclus de constituer un gouvernement de coalition avec lÂ’AKP. Après le vote de désaveu du 7 juin, lequel dÂ’entre eux ira prendre le risque dÂ’offrir à lÂ’ex-parti majoritaire, les sièges quÂ’il lui manque pour continuer à gouverner ? Dans la mesure où lÂ’on a du mal à imaginer (en dépit des expériences antérieures dÂ’alliances entre nationalistes et kémalistes et dÂ’un assouplissement des relations entre MHP et HDP pendant la campagne) que les trois partis dÂ’opposition puissent prendre lÂ’initiative de former une coalition gouvernementale, lÂ’AKP pense probablement déjà à la constitution dÂ’un gouvernement minoritaire destiné à préparer de nouvelles élections dont lÂ’enjeu ne sera plus dès lors dÂ’arrêter la fuite en avant présidentialiste de Recep Tayyip Erdoğan, mais de donner un gouvernement à la Turquie. En attendant, Ahmet Davutoğlu a tenté de rappeler que son parti restait le premier parti de Turquie en prononçant, comme Recep Tayyip Erdoğan avait pris lÂ’habitude de le faire pour célébrer ses victoires, un discours à partir du balcon du siège de lÂ’AKP, à Ankara ; une initiative assez peu opportune en de telles circonstances !




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