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Racisme en Corse : "Une progression de l'activisme d'extrême droite"
Publié le : 19-06-2015

Nouvel Obs

Publié le 18-06-2015 à 19h48

Par Sarah Diffalah

Des graffitis "les Arabes dehors!" ont été découverts devant une école corse où des institutrices comptaient faire chanter leurs élèves en arabe. Interview de Marie Peretti-Ndiaye, spécialiste du racisme en Corse.

La ministre de l'Education, Najat Vallaud-Belkacem, a dénoncé des comportements "racistes", après que des institutrices d'une école du village corse Prunelli-di-Fiumorbu ont été menacées parce qu'elles voulaient faire chanter leurs élèves en arabe. Des graffitis "Arabi Fora" (les Arabes dehors) ont été tracés à la peinture devant et aux abords de l'école. Si le racisme est une pathologie universelle, on ne peut nier qu'en Corse, ses manifestations ont parfois pris des proportions inquiétantes. Que révèlent aujourd'hui les actes qui se sont produits dans ce village de Haute-Corse ? Marie Peretti-Ndiaye, docteur en sociologie et auteur de "Le racisme en Corse" (Albiana, 2014) a répondu aux questions de "L'Obs".

Comment peut-on en arriver à menacer des institutrices qui souhaitaient faire chanter "Imagine" de John Lennon en français, en corse, en arabe et en espagnol, à leurs élèves pour leur kermesse de fin d'année ?

- Pour comprendre ce qui s'est passé, il faut prendre en considération plusieurs paramètres qui s'entremêlent : la langue et toutes les crispations autour de la question linguistique en Corse. Une certaine défiance concernant les institutions propre à l'île. Et des mécanismes, très français, de représentations qui peuvent se greffer autour de la religion et des dysfonctionnements de l'école.

Il n'est pas rare de croiser sur l'île des slogans racistes. Est-ce que cette affaire révèle un racisme qu'on pourrait qualifié d'endémique en Corse ?

- Non. Il y a un contexte socio-économique et historique particulier qui est favorable au racisme. Le village de Prunelli-di-Fiumorbu est situé sur la plaine orientale, où résident depuis des décennies dans des situations sociales extrêmement difficiles un nombre important de personnes d'origine marocaine. Un tiers de la population marocaine, qui représente elle-même 88 % de la population étrangère en Corse, réside dans cette zone-là et occupe des emplois d'ouvriers agricoles. C'est dans cette micro-région que les grandes installations agricoles ont été installées. C'est un travail qui expose à une grande précarité, à des difficultés d'accès aux soins et au logement et cela est vrai partout dans le monde. C'est une population fragilisée. De ce fait, elle s'expose à ce type de rapport de domination dont elle est le bouc-émissaire. Il faut rappeler que le racisme répond à une fonction sociale qui permet d'occulter les inégalités. Il est plus facile de voir un Arabe que de voir un pauvre. C'est ce qui a permis de légitimer l'esclavage et la colonisation.

Mais les choses ne sont pas figées dans le temps et dans l'espace. En Corse, il peut aussi y avoir des périodes avec de grosses manifestations de solidarité et un racisme qui va diminuer. A d'autres moments, une actualité forte qui va mettre en scène une personne d'origine maghrébine dans le rôle de l'agresseur peut provoquer un sursaut de racisme. D'autant que les Corses ont, dans l'ensemble, une hypersensibilité à l'actualité nationale et internationale. Aujourd'hui, on parle beaucoup d'islam, ça peut jouer.

Comment ce racisme envers ces populations se traduit-il au quotidien ?

- Les situations de concurrence sur les emplois qualifiés sont rares et de ce fait, j'observe davantage une ségrégation qu'une discrimination. Certains Corses m'ont même dit que dans cette plaine orientale, il existe un véritable "apartheid". Dans certaines cours d'école, heureusement qui ne sont pas la majorité, les groupes se forment en fonction des origines, par exemple. Autre exemple, quand le migrant, après avoir travaillé comme ouvrier agricole, s'est installé de manière plus durable et a développé son réseau, il se retrouve souvent dans le secteur de l'hôtellerie et du tourisme. Mais toujours pour des postes peu visibles : à la plonge plutôt qu'en salle. Il y a des mécanismes d'"invisibilisation" forts.

La défense de l'identité corse, menacée selon les nationalistes, passe-t-elle aussi par un discours raciste ?

- Je suis contre les explications culturalistes. C'est une erreur et je pense même que c'est dangereux de dire ça. Les personnes et les partis qui incarnent les mouvements nationalistes vont de l'extrême-droite à l'extrême-gauche. De grandes figures du nationalisme ont été parmi les plus engagées dans la lutte contre le racisme. Mais il est vrai, en revanche, que dans la mouvance nationaliste, certaines composantes ont effectivement pu tenir des propos autour de la langue ou de la question de la présence de l'autre dans la démographie qui ont pu être favorable au racisme. A contrario, il y a aussi des crispations autour de la question de la langue et de la religion qui ne sont pas forcément le fait des nationalistes.

Les scores électoraux du Front national en Corse sont moins élevés que sur le continent...

- Oui c'est vrai, mais on remarque une progression de l'activisme d'extrême droite, souvent non-affiché. Il y a des sites internet d'extrême droite, par exemple, qui peuvent apparaître comme des sites nationalistes à un œil non-averti. Ils avancent masqués, comme c'est le cas partout sur la blogosphère d'extrême droite. Mais sur ces questions de l'identité, ils marchent sur des œufs : les opposants politiques sont bien plus engagés, plus enracinés, plus légitimes.

Propos recueillis par Sarah Diffalah




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Source/Lien : Nouvel Obs



   
 
   
 
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