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Arpik Missakian : la fin d’un monde
Publié le : 21-06-2015

NAM

par Ara Toranian

Arpik Missakian n’est pas décédée le vendredi 19 juin 2015, comme l’indiqueront les registres de l’Etat civil. Elle est morte en réalité le 31 mai 2009, en même temps qu’Haratch, avec lequel elle ne faisait qu’un. Le « seul quotidien en Arménien d’Europe occidentale », qu’elle dirigeait depuis l’extinction de son père fondateur en 1957, n’était pas seulement l’enfant qu’elle n’a pas eu. Il était elle. Et elle n’aura pas survécu longtemps à l’arrêt de son journal, événement qui avait rempli de tristesse une communauté qui ne s’était toutefois pas donné les moyens d’en assurer la subsistance en temps et en heure.

Un peuple a la presse qu’il mérite, et Haratch ne comptait plus à cette période que 700 abonnés. Autant de fidèles accrochés à l’usage d’une langue arménienne en souffrance, faute de combattants. Arpik ne s’était pourtant jamais résigné à cette fatalité. Elle n’avait jamais envisagé de se permettre la moindre entorse à la promesse qu’elle avait faite à son père de maintenir en l’état l’œuvre de sa vie. Et ainsi Haratch a duré plus de 80 ans, son ultime numéro ressemblant comme deux gouttes d’eau au premier, avec son logo en lettres de feu et ses quatre colonnes de « une » exclusivement en arménien.

On ne rendra jamais assez hommage à cette grande dame qui pendant des décennies a porté à bout de bras ce journal, fédérant autour de lui les derniers des Arméniens à pouvoir encore lire leur langue. Une telle ténacité impose le respect. Tout comme la personnalité de cette patronne de presse à part entière : un roc immuable dans son combat comme dans ses certitudes, même si de plus en plus souvent ses commentaires laissaient affleurer une forme de lassitude à l’égard d’un monde dont elle brocardait les errements avec des saillies désabusées. Car avant d’être une voix, et Dieu sait qu’elle en avait ( combien de fois ne s’endentait-elle pas appeler Monsieur au téléphone), Arpik était avant tout une plume, qu’elle avait aussi bien trempée que son caractère. Un personnage comme on n’en fait plus, entier. Comme était intégrale cette arménité haut de gamme qu’elle incarnait jusqu’au bout de ses coups de griffes.

Incontestablement une page se tourne avec cette mort. Celle de cette génération qui a tenté de maintenir la culture arménienne en l’état, malgré le génocide et en dehors du Yerguir. Pari insensé qu’elle a pourtant tenu avec ses collaborateurs, ses fidèles parmi les fidèles que sont les Garo Hovsepian, les Arpi Totoyan, les Krikor Beledian, les Claude Mutafian, qui avec d’autres (une pensée à mon ami Zoulal Kazandjian), l’auront aidé à réaliser cet exploit improbable. Au moment de rendre hommage à Arpik, il convient aussi de tirer son chapeau à ces résistants de la culture arménienne qui ont entretenu le terreau sur lequel ont fleuri tant de combats.

Arpik meurt donc, comme il se devait peut-être, en cette année hautement symbolique du centième anniversaire du génocide. Un mois après le décès prématuré - maudit printemps - d’un de ses disciples, Varoujan Artin, qui avait entrepris de l’immortaliser en appliquant à Haratch, fabriqué en linotypie sur une archaïque imprimerie à plomb, le nec plus ultra de la numérisation. Était-ce un signe ? Du moins Arpik aura-t-elle résisté à la maladie jusque soit publié de son vivant il y a trois mois, « Face à l’innommable, Avril 1915 », le livre de Chavarche Missakian, dont elle avait assuré elle-même...la traduction en français... Ironie du sort.

Arpik, le temps dont tu défiais la dictature aurait-il donc une nouvelle fois remporté la partie ? Tu ne t’es pas choisi d’héritiers. Mais déjà sont nombreux ceux qui prétendent à ta succession. Et en ce sens, c’est toi qui as gagné. Revanche du destin. Que la terre te soit légère.

Ara Toranian

dimanche 21 juin 2015,
Ara ©armenews.com






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Source/Lien : NAM



   
 
   
 
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