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Va-t-on vers la fin de la chape de plomb qui pèse sur la Turquie ?
Publié le : 23-06-2015

Humanité.fr

MARDI, 16 JUIN, 2015

Après les résultats des élections législatives du 7 juin dernier… par Hatice çoban Maire BDP (Parti de la paix et de la démocratie) de la ville de Van Pinar Selek Sociologue, écrivaine et Lydia Samarbakhsh Responsable 
du secteur international au PCF.

Obtenir la paix et investir la politique par Hatice çoban Maire BDP (Parti de la paix et de la démocratie) de la ville de Van

Les résultats des élections en Turquie ont surpris tous les partis politiques. Nous étions prêts à passer le barrage des 10 %. Nous savons que notre potentiel est de 15 % dans le pays et qu’il en aurait été ainsi en temps démocratique. Mais avec l’AKP (Parti pour la justice et le développement), nous avons dû affronter les attaques contre nos locaux dans plus de 60 villes, jusqu’à l’attentat de Diyarbakir durant le meeting de Demirtas, qui a fait 5 morts et plus de 200 blessés très graves, dont certains ont dû subir des amputations. Notre peuple continue à payer de son sang chacune de ses avancées. Jusqu’au bout nous avons appelé notre peuple à garder son sang-froid et à rester mobilisé pour surveiller les urnes. Nous obtenons donc 13 % en moyenne générale sur le pays. C’est la première surprise pour beaucoup d’observateurs. Il y en a eu une autre : personne n’avait prévu la chute de plus de 10 % en un an de Recep Tayyip Erdogan, à commencer par lui-même. L’AKP n’a rien écouté, rien compris et avait un seul plan A, à savoir garder la majorité absolue pour modifier la Constitution, ce qui lui aurait assuré ses pleins pouvoirs. Il a cru que la force, comme par le passé, paralyserait et diviserait le peuple. Mais pour les populations dans leur diversité et les jeunes, la peur n’est plus oppressante, ils s’en sont libérés.

Un gouvernement de coalition doit être constitué. Si cette coalition devait comprendre les ultranationalistes de droite du MHP (Parti du mouvement nationaliste), c’en serait fini du processus de négociations engagé avec Abdullah Ocalan. Nous ne souhaitons pas participer à une coalition avec l’AKP. Nous en avions discuté avec tous les partis politiques et les associations qui composent le HDP (Parti démocratique des peuples) et nous sommes tous d’accord là-dessus. Si une coalition AKP-CHP devait se constituer, le HDP deviendra la force d’opposition référente qui continuera d’agir pour l’aboutissement du processus de paix. Notre combat pour la paix n’est pas tactique, mais stratégique. Il ne peut pas y avoir de démocratie en Turquie sans la paix. Nous avons choisi d’affronter le barrage des 10 % pour entrer au Parlement comme une force nationale reconnue par les électeurs de toute la Turquie et ainsi pouvoir, forts de ce nouveau statut, négocier la paix. Celles et ceux qui ont voté pour nous l’ont compris. Nous passons de 3 600 000 voix à la présidentielle en août 2014, où nous faisions 9,8 %, à plus de 6 800 000 voix. Nous faisons 70 % dans la région est du pays, ce qui signifie qu’au-delà des Kurdes beaucoup de gens ont voté pour nous.

Ils n’ont pas accepté le soutien d’Erdogan à Daesh. À l’Ouest, Istanbul est le miroir de la Turquie et nous y obtenons 12,3 %. Contrairement à ce que l’on pouvait penser, ce ne sont pas les quartiers périphériques très populaires où les Kurdes sont nombreux qui ont le plus voté pour le HDP, la progression vient surtout des quartiers des centres-villes, une population d’intellectuels, d’artistes, d’étudiants. L’esprit de la place Taksim, notre volonté et notre pratique de rassemblement, notre engagement pour les libertés de tous et de chacun, l’égalité des droits pour toutes et tous, l’écologie et la paix ont été les raisons de notre succès. Le taux de chômage et les problèmes économiques sont importants mais nous ne décidons pas des urgences des gens. Ils veulent d’abord être respectés, être libres et vivre en paix.

Cette situation fait grandir nos responsabilités. L’heure n’est pas à prendre la grosse tête ! Les 80 député-es, dont 30 femmes, vont suivre des formations pour assumer au mieux leurs nouvelles fonctions. Ils ont déjà reçu les premières consignes : rester humble, le portable ouvert jour et nuit, en débat au Parlement dans la semaine, sur le terrain avec les gens le week-end. Les élus doivent être les premiers interlocuteurs de leurs populations, sans autre intermédiaire. Nous allons poursuivre le travail engagé avec notre peuple, avec les jeunes, qui doivent continuer à investir la politique, c’est cela l’avenir de la démocratie en Turquie ».

Extrait de l’entretien avec l’association France-Kurdistan, observatrice des élections législatives du 7 juin 2015 en Turquie.


Pourquoi parlons-nous d’un tournant ? par Pinar Selek Sociologue, écrivaine

305644 Image 0Les élections du 7 juin ont constitué un tournant dans l’histoire politique en Turquie. Pour quelles raisons ? Afin de développer une réflexion juste sur ce contexte complexe, nous avons besoin au préalable de cesser de nous focaliser sur la personnalité d’Erdogan, qui n’est qu’une des figures de la politique turque, nationaliste, militariste et autoritaire depuis la création de l’État « moderne ».

Le champ politique propre à la Turquie d’aujourd’hui résulte d’équations sociopolitiques trop complexes pour être traitées de manière exhaustive. L’État, fondé sur le génocide des Arméniens et les massacres des Kurdes, en s’imposant comme la figure centrale de la démocratie, a donné au régime une dimension autoritaire. Le Parti de la justice et du développement (AKP) n’est ni plus démocratique ni moins autoritaire que les anciens gouvernements. N’oublions pas qu’avant l’AKP, sous les gouvernements précédents, le nombre de prisonniers politiques était de 20 000 à 30 000. Déjà entre 1992 et 1993, environ 2 000 intellectuel(le)s et militant(e)s ont été tués. L’AKP, néoconservateur-néolibéral dans le costume islamique, est venu au pouvoir avec la promesse de la démocratie et avec le soutien du capitalisme occidental. Les premières années, des changements de façade se sont produits, mais rapidement, de nouvelles méthodes de répression se sont mises en place, marquées par un libéralisme économique, un conservatisme social et un pragmatisme politique. La spécificité de l’AKP vient de ses fantaisies néo-ottomanes, il s’est intégré à la structure étatique tout en éliminant les anciens cadres mais pas leurs modes arbitraires.

En sortant des élections, il est affaibli (258 élus) et ne peut plus agir comme le parti unique. Pourtant, malgré la réussite du Parti démocratique des peuples (HDP, avec 80 élus), on ne peut tout de même pas parler d’une véritable représentation politique de l’opposition. Les deux autres partis politiques, le Parti républicain du peuple (CHP-kémaliste, nationaliste, militariste, avec 132 élus) et le Parti d’action nationaliste (MHP, fasciste, avec 80 élus), ne sont pas plus progressistes et ne pourront répondre aux nombreux conflits sociaux qui actuellement gagnent tout le pays. L’AKP, le MHP et le CHP ne sont pas de simples partis électoraux : ils font partie de la structure étatique, donc aucun d’eux n’a pour objectif de changer le système politique, par contre, ils ont tous l’ambition de se l’approprier. La défaite relative pour le gouvernement est liée aussi à la faillite des politiques néo-ottomanes dans le Proche-Orient. Dans cette région, les affrontements sont interdépendants avec les conflits internes de la Turquie et ils continueront à s’approfondir. Il ne faut rien attendre de ces luttes d’intérêts entre ces partis, islamistes ou non.

Tout le pays est en attente. Plusieurs scénarios sont vivement discutés. L’AKP, pour former une coalition avec un de ces trois partis politiques, joue sur Abdullah Gül, l’ancien président, connu pour son ton modéré et pour son opposition à Erdogan dans le parti. Une coalition AKP-MHP est probable. Une des conditions que met le MHP est l’arrêt des négociations avec le mouvement kurde. Par ailleurs, le CHP a fait un appel pour une coalition de MHP-CHP-HDP. Les objectifs de cette coalition seraient de faire baisser le seuil électoral de 10 % et d’aller vers un nouveau scrutin. Pour ma part, je ne pense pas que le HDP puisse accepter un tel accord. Cependant, si une coalition ne se réalise pas dans le délai constitutionnel de 45 jours, des élections législatives anticipées seront « inévitables ».

Et alors, pourquoi les élections du 7 juin ont constitué un tournant important dans l’histoire politique en Turquie ? Parce que six millions de citoyens de Turquie se sont sentis sujets politiques avant et après les élections. Parce que le HDP, dans un climat très tendu, a réussi à franchir le seuil, malgré les conditions inégales, les nombreuses attaques, les bombes, les violences, les morts. Parce que le HDP n’est pas, lui non plus, uniquement un parti électoral. Si les autres font partie de la structure étatique, le HDP représente un pays qui résiste. Cette résistance ne va pas être structurée en fonction des négociations gouvernementales. Elle se construit de façon autonome, et malgré la répression. Nous l’avons vu dans les funérailles de Hrant Dink, journaliste et militant arménien assassiné en 2007. Nous l’avons vu dans les manifestations sur la place Taksim. Et comme la grande partie de cette résistance n’est pas médiatisée au niveau international, nous ne voyons pas les multiples formes d’actions revendicatives autour de plusieurs questions comme les dernières grèves du mois dernier qui ont abouti à des gains importants pour les salariés.

Dans l’espace militant, en Turquie, la convergence de mouvements contestataires depuis 30 ans a une influence sociale qui entraîne des conséquences : apprentissage des luttes communes, diffusion des concepts, enchevêtrement des répertoires. Comme disait Angela Davis : « Les murs renversés deviennent des ponts. » En Turquie, grâce à ces ponts, la contestation continue de renverser d’autres murs. Les failles apparaissent. Sous l’extrême violence qui anéantit la possibilité même de l’action collective, l’espace militant en Turquie réussit à créer des « révoltes étonnantes ». La présence importante du HDP à l’Assemblée nationale va nourrir et rendre plus visibles ces révoltes. Mais ce n’est pas facile : la solidarité internationale est nécessaire pour aller plus loin.


Le paysage politique bousculé par une véritable alternative de gauche par Lydia Samarbakhsh Responsable 
du secteur international au PCF

305644 Image 2L’une des principales raisons du revers cinglant que le parti du président Erdogan, l’AKP, vient de subir est le rejet de l’autoritarisme croissant du pouvoir et son ambition d’une présidentialisation accrue du régime.

Depuis 2002, l’AKP a entrepris une modification de la législation renforçant son emprise sur la société par le contrôle de l’appareil judiciaire et policier et une loi sur le renseignement. Le projet sur la sécurité intérieure entend constituer une étape supplémentaire donnant l’opportunité d’utiliser toute forme de violence en contournant la justice. Progressivement, l’État joue le rôle qui était celui de l’armée autrefois. À suivre Erdogan, on se dirige vers un État policier.

Dans le même registre, l’AKP poursuit ses pressions sur les médias et les journalistes. En lien avec le conflit qui l’oppose à l’intellectuel Fethullah Gülen, des vagues d’arrestations se sont produites dans les journaux d’opposition (Zaman) accusés de « terrorisme ». Erdogan a bloqué les réseaux Twitter et Facebook pour empêcher la propagation d’accusation de corruption visant son entourage. Tous les médias ont été menacés de poursuites s’ils rendaient publique la livraison d’armes par le gouvernement turc à Daesh.

Le retour aux valeurs dites traditionnelles de l’islam afin de remodeler la société interfère dans la vie privée, en imposant la domination sur les corps et en multipliant les injonctions moralisatrices. Le pouvoir mène une guerre contre les femmes : rejet de leur égalité, exclusion de l’espace public, apologie de la maternité, tentative de remise en cause de la contraception… tandis que les violences à leur égard augmentent, non sans réaction dans la société. Erdogan porte ainsi des coups à certains aspects de l’héritage kémaliste. La religion est de plus en plus présente dans l’espace public. Ces évolutions sont vécues douloureusement par une partie de la société et exacerbent les tensions.

Les atteintes à la démocratie ont trouvé aussi un terrain de prédilection dans le champ social où l’accélération des privatisations et les déréglementations se traduisent par des remises en cause des droits des travailleurs, l’interdiction du droit de grève, la dégradation des conditions de travail.

Jusqu’il y a peu, il semblait qu’aucune voix ne saurait porter de note discordante.

Pourtant, la résistance du peuple kurde a su faire jonction avec le vent de liberté qui s’est exprimé lors des événements de la place Taksim et avec le mouvement social pour créer le HDP, Parti démocratique du peuple, qui s’est efforcé à contre-courant de la « fiction d’homogénéité » de la Turquie contemporaine de rassembler toutes les composantes de la société turque attaquées par l’AKP. Le HDP, qui remporte une victoire éclatante au scrutin législatif du 7 juin, porte un coup à l’autocratisme d’Erdogan tout en ouvrant une perspective de démocratisation sans précédent.

Au cours de sa campagne, présidentielle en 2014 et législatives en 2015, le HDP a fait revivre le débat démocratique dans les villages, les quartiers ; il a littéralement rouvert le débat démocratique en Turquie, non en étant un parti « pro-kurde » comme on le dit trop facilement mais en portant l’aspiration de la reconnaissance des droits politiques et culturels de toutes les composantes de la société turque, en portant l’exigence de progrès et justice sociale, de paix, de démocratie, d’égalité.

Le projet du HDP est un projet de transformation sociale qui s’appuie sur les trois leviers que sont l’égalité entre femmes et hommes, la démocratie et l’écologie. Le HDP, véritable alternative de gauche turque, a bousculé le paysage politique du pays construit autour de grands pôles islamo-conservateurs, sociaux-démocrates et nationalistes : il offre ainsi une perspective progressiste à la Turquie, qui en était privée depuis longtemps.


***

Certes, Erdogan a remporté cette élection sans véritablement craindre pour sa victoire mais le score n’a rien à voir avec ce qu’il attendait. Le président turc visait les deux tiers des sièges pour ces élections législatives. Cela signifiait évidemment la majorité absolue mais surtout la majorité nécessaire pour modifier la Constitution à son avantage. Las, le peuple ne lui a donné « que » 40 % des suffrages, obligeant le chef d’État à une humiliante coalition, chose qui n’était pas arrivée depuis 2002. Son parti, l’AKP s’empare ainsi de 258 fauteuils avec 40,7 % des voix devant le Parti républicain du peuple (social-démocrate) et le Parti de l’action nationaliste (droite) qui ont obtenu respectivement 25,1 % et 16,4 % des voix.




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Source/Lien : Humanité.fr



   
 
   
 
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