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«La Ligne de couleur», la frontière invisible de la racialisation
Publié le : 23-06-2015

RFI


Légende : La réalisatrice Alice Diop dans « La Ligne de couleur » (Laurence Petit-Jouvet) : « A vous qui, sur le tournage de mon dernier film, n’avez pas voulu comprendre que j’étais la réalisatrice, vous n’avez parlé qu’à mon cadreur… »
DR



Publié le 22-06-2015

Quand la couleur colle à la peau… Dans une «lettre filmée», la cinéaste Laurence Petit-Jouvet fait parler des Français et des Françaises qui sont tous les jours confrontés au regard des autres. Leur particularité ? Ils ont beau être nés ou avoir grandi en France, être emplis de culture française, ils sont tous surtout regardés comme non-blancs. Un film qui rend visible «La Ligne de couleur» dans une république multicolore.

En France, les couleurs, c’est toute une histoire. Derrière chaque bleu, blanc, rouge surgit un imaginaire éternel. Parfois, c'est aussi à travers les couleurs de la peau que s'exprime un changement, une sensibilité, un point de bascule. L’enthousiasme après le succès de l’équipe Black-Blanc-Beur de 1998, censée symboliser l’intégration, n’avait finalement duré qu’un été.

La Ligne de couleur essaie de rendre visible la frontière entre les couleurs aujourd’hui. Et la ligne de couleur dont il s'agit ici peut être caractérisée comme une véritable ligne de démarcation séparant les citoyens français sur la base de la couleur de leur peau. Une sorte d' « apartheid » que personne ne revendique, mais qui est tous les jours appliqué.

Le film ne présente pas de victimes, mais des personnes bien installées dans leur vie et prêtes à partager une partie de leur intimité et de leur fragilité avec nous. Ils sont onze, ils appellent Jérémie, Alice, Fatouma, Jean-Michel ou Yumi et ils sont tous Français de culture française. L’histoire qu’ils vont raconter à la première personne est liée à la couleur de leur peau. Dans le regard des autres, ils sont surtout noirs, arabes, asiatiques ou métis.

Les « contrôles au faciès »

Jean-Michel, chaleureusement accueilli au téléphone, est traité comme un Arabe à l’extérieur, en dépit de sa naissance à Montreuil et sa famille antillaise, française depuis quatre siècles. La comédienne Yumi adore Racine. Née à Paris, elle est passée par la prestigieuse école de la rue Blanche, mais avec son apparence japonaise, elle semble être condamnée à rester dans l’ombre, faire des doublages et même là, elle est souvent prise pour faire la voix d’actrices d’origine asiatique !

Jérémie raconte ses douloureuses expériences des « contrôles au faciès ». Il est bel et bien le petit-fils d’un des très respectés fondateurs de l’Europe. Dans la rue, il reste aperçu comme un enfant adopté du Sri Lanka et a subi de nombreux contrôles de police humiliants et violents. Qu’est-ce qu’il faut dire de Rui ? Né en France, d’origine chinoise, il est inlassablement confronté aux stéréotypes de l’homme asiatique : sage, travailleur, petit, asexué, souvent informaticien… Et à la fin, ironie du sort, lui, qui ne sait pas parler un mot de chinois, sera envoyé par son entreprise… en Chine.

Plus que la discrimination raciale tapageuse, c’est l’assignation raciale silencieuse, insidieuse qui surgit tout au long du film. « Suis-je légitime ? » est une question qui hante les esprits de ces hommes et femmes qui n’appartiennent pas à la majorité des « Blancs », perçus comme la normalité, et ne se sentent absolument pas appartenir à la catégorie « immigrés ». L’œil de Laurence Petit-Jouvet se concentre sur ce seul et unique point de la société française. Elle sort des non-dits et nous met face à des personnes bien éduquées, bien intégrées, mais qui restent, malgré elles, des personnes de couleur à part dans une société qui se réclame être républicaine et égalitaire, visiblement sans pouvoir tenir ses promesses.

Une vérité qui fait d’autant plus mal que cela reste un film sans solution ni espoir qui se contente d’aiguiser l’esprit républicain.




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Source/Lien : RFI



   
 
   
 
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