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À Alep se joue le sort de la Syrie
Publié le : 06-07-2015

La Croix

6/7/15 - 12 H 08

L’opposition syrienne a commencé une offensive sur Alep pour en chasser l’armée loyaliste. Que ce soit à l’est, contrôlé par l’opposition, ou à l’ouest contrôlé par le régime, la vie des Aleppins est misérable

« Al sayf al sakhen », « l’été sera chaud ». La phrase est sur toutes les lèvres à Alep. Que ce soit dans les « quartiers libérés » par l’opposition à l’est, ou dans ceux tenus par le régime de Bachar Al Assad, à l’ouest.

Pour Ridwan (1), musulman, originaire de la ville, c’est une certitude, « après deux ans de statu quo, l’offensive de l’opposition est en cours à Alep, et dans les deux mois à venir, le sort de la ville sera scellé ». Tout a commencé en avril 2015, lorsque les divers groupes de l’opposition ont créé un « quartier général de libération d’Alep ».

L’objectif ? Se regrouper pour défaire l’armée syrienne dans la seconde ville de Syrie. C’est la condition sine qua non posée par leurs parrains et bailleurs de fonds – Arabie saoudite, Qatar, Turquie –, pour continuer à leur livrer des armes.

Menaces multiples

Depuis le début du mois de Ramadan, le 19 juin, l’opposition a intensifié ses attaques. Le régime n’a guère répliqué, préférant opérer des retraits. « Sans la”complication Daech”, qui a attaqué plus au nord les groupes d’opposition, ceux-ci auraient peut-être déjà pris la ville », estime Ridwan, qui est en contact permanent depuis Paris avec l’opposition.

Selon lui, le régime a opéré des « retraits tactiques » car il lui reste un atout de poids : le ciel. « Bachar peut encore déclencher un déluge de feu sur la ville en bombardant les quartiers hostiles avec ses barils de TNT remplis de clous, une arme bon marché. »

Un chirurgien commente les dégâts causés par ce genre d’armes : « Ils déchiquettent les corps, les dommages sont considérables. » Les quartiers chrétiens tenus par le régime endurent eux aussi les combats, des responsables accusant l’opposition de tirer des bombes de gaz, appelées les « obus de l’enfer ».

Quant à l’organisation djihadiste Daech, qui mène la bataille en solitaire, elle menace également la ville, contrôlant la localité d’Al Bab, à quelques kilomètres seulement des premiers faubourgs.

Pour tous, Alep est un enjeu, un symbole de poids autant par son histoire que par sa situation géographique. Une ville qui a connu des hauts et des bas. Un âge d’or de 1945 à 1958, grâce au développement de l’industrie, principalement le textile et l’agriculture. Puis, l’oubli après que le rideau du parti Baas, promoteur d’une idéologie panarabe socialisante, fut tombé sur la Syrie. Les nationalisations poussèrent les grandes familles d’industriels à l’exil. En 1979, le soutien d’une partie de la population aux Frères musulmans entraîna une répression massive.

En 2000, la création d’une zone industrielle, au nord, procura en revanche un nouveau dynamisme. Alep retrouva l’attractivité d’un pôle économique et commercial. « D’où la résistance des Aleppins à rejoindre la révolution », remarque un industriel. « Ils savaient ce qu’ils perdraient. »

« À Alep se joue le sort de la Syrie », estime Jean-Pierre Filiu, professeur à Sciences-Po Paris (2), qui a vécu dans cette ville. Pour lui, le responsable du désastre est Bachar Al Assad. Pour punir la ville d’être entrée dans la révolution, le maître de Damas a détruit les souks avec des obus incendiaires, en septembre 2012, et utilisé du gaz sarin contre le quartier majoritairement kurde de Cheikh-Maqsoud, en avril 2013. En bombardant des positions de l’opposition, il a permis que Daech menace désormais Alep alors que l’organisation en avait été chassée en janvier 2014.

Un « sunnistan »

Pour Ridwan, le sort d’Alep « décidera de celui d’une Syrie unie ». D’ores et déjà, une partie de la population chercherait son avenir dans un « sunnistan » aujourd’hui partagé entre Daech, l’opposition dominée par le groupe Al-Nosra et ce qui reste de l’Armée syrienne libre (ASL). Dans ces conditions, de nombreux Aleppins, chrétiens comme sunnites, cherchent à partir.

« À regret car personne n’a envie de quitter Alep, une ville où l’on vivait bien », explique Myriam. Cette jeune femme est arrivée en France fin 2014. Sa famille, qui habitait tout autour de l’église Saint Georges, est désormais éclatée aux quatre coins du monde.

Sa nièce est en Allemagne, son neveu, qui aura bientôt 20 ans, aux Pays-Bas – après être passé clandestinement par bateau en Grèce avec un faux passeport. Un autre de ses neveux de 17 ans attend lui aussi de partir. « Il faut entre 10 000 et 14 000 € pour partir illégalement », dit-elle. Mon frère a vendu son affaire 25 000 dollars, alors qu’elle en valait 120 000. »

Boutros, industriel exilé à Paris, est retourné début juin 2015 à Alep, berceau de sa famille depuis des générations. De Beyrouth, il a pris la route qui relie Damas à Alep, construite entre mi-2013 et 2014, pour sécuriser le passage des forces du gouvernement. « Après trois ans d’absence, c’était émouvant. Un mélange de joie de se retrouver chez soi et de tristesse car tout a tellement changé. La ville s’est vidée. Les sunnites et les chrétiens qui avaient les moyens sont partis. »

Il a été frappé par la volonté de vivre des gens, et aussi leur côté « trompe-la-mort ». Propriétaire d’un atelier, il emploie encore six personnes, contre dix auparavant. « Le plus âgé, 80 ans, a commencé à travailler en 1953 avec mon père, les plus jeunes font encore fonctionner vaille que vaille l’entreprise. »

Conséquences économiques dramatiques

L’usine familiale, créée en 1868, est située en plein centre-ville, sur la ligne de démarcation entre l’est tenu par les rebelles et l’ouest tenu par le gouvernement. « Les affaires marchent au gré des combats, poursuit-il. On vend dans les zones d’accalmie vers Damas et Lattaquié. Il y a six mois à Homs. Par contre, dans l’est de la Syrie, aujourd’hui tenue par Daech, on n’a plus de commande depuis un an. »

Avec un chiffre d’affaires en berne, il n’a « pas même de quoi couvrir les salaires ». Mais il se refuse à fermer l’usine, bien qu’il en ait ouvert une autre à Erbil, au Kurdistan irakien. « Je ne peux pas couper mes employés de cette fierté d’aller au travail. Ils sont déjà accablés de ne pas avoir de visibilité sur leur avenir. »

Tous, confie-t-il, pensent à partir. « Mais ils n’en ont pas les moyens. » La nounou de ses enfants lui a confié qu’elle voulait vendre sa maison et partir au Liban. « Pour mes fils, je serais prête à vendre mon corps », lui a-t-elle dit. Le gardien a quitté la Syrie pour que son second fils, en âge de faire son service militaire, ne soit pas enrôlé dans l’armée. Il a réussi à lui trouver un visa pour la Suède.

Si Daech prend Alep, les chrétiens auront le choix entre la décapitation ou la spoliation de leurs biens, redoutent Myriam et Boutros. Et si c’est Al-Nosra, la branche locale d’Al-Qaida ? « Les extrémistes sont tous les mêmes : si ce n’est pas la décapitation, ils nous demanderont de payer un impôt parce que nous sommes chrétiens », affirme la jeune femme dont la sœur, qui a une fille de 12 ans, vit dans la terreur que les islamistes prennent la ville. « Ils prendraient ma nièce pour la marier à des combattants. »

À l’est, dans les territoires de l’opposition, dits « libérés », la vie de la communauté est gérée par « les sages de la révolution », comme les appelle Ridwan. « La municipalité à l’est a été élue démocratiquement par des comités révolutionnaires de quartier, lors d’élections qui se sont tenues à Gaziantep, en Turquie, en mars 2013, en raison des bombardements », rappelle Jean-Pierre Filiu. Elle a affiché en lettres géantes cette phrase : « La légitimité est du peuple, la religion de Dieu. »

« Que ce soit à l’est ou à l’ouest, les Aleppins sont condamnés à une vie misérable », constate-t-il.

Agnès Rotivel

(1) Pour des raisons de sécurité, tous les Aleppins cités dans cet article ne veulent pas paraître sous leur nom complet.

(2) Auteur de Je vous écris d’Alep, Denoël, 157 p., 13,50 €





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Source/Lien : La Croix



   
 
   
 
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