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Srebrenica: «La guerre de Gera»
Publié le : 07-07-2015

RFI

Légende photo: Le 12 avril 2015, commémoration du massacre de l'école de Srebrenica. Le 12 avril 1993, 62 enfants sont tués et 152 autres blessés lors d'un bombardement.

RFI/ Laurent Geslin


Par Jean-Arnault Dérens, Laurent Geslin et Simon Rico

Publié le 07-07-2015 Modifié le 07-07-2015 à 00:34

Il y a vingt ans, le 11 juillet 1995, l’enclave bosniaque de Srebrenica tombait aux mains des forces serbes du général Ratko Mladić. En quelques jours, plus de 8 000 hommes étaient exécutés, le pire massacre commis en Europe depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Le nom de Srebrenica reste attaché à cette tragédie qui symbolise la faillite des Nations unies, incapables de protéger ce territoire pourtant déclaré « zone de sécurité » deux ans plus tôt. Aujourd'hui, Srebrenica est le miroir d’une Bosnie-Herzégovine divisée, un révélateur des errements internationaux dans ce pays à la souveraineté toujours limitée. Et pourtant, après l'horreur, Bosniaques et Serbes réapprennent à vivre ensemble à Srebrenica.

Amir Mehmedović grimpe souvent sur les murs en ruine de la forteresse ottomane qui domine le centre de Srebrenica. En cette fin d'après-midi, le soleil allonge les ombres des minarets, du clocher de l'église orthodoxe et des façades des maisons détruites. « Au début, nous n'avions rien, tout juste des armes de chasse et quelques fusils d'assaut de la police. Puis nous avons récupéré de l'armement durant les combats. Le problème, c'est que nous n'avions pas de munitions ».

Au début de l’année 1992, « Gera » comme l'appellent ses amis, était officier de réserve de l’armée yougoslave, quand les milices serbes ont commencé à ratisser la Bosnie orientale, massacrant ou expulsant les Bosniaques. « Ici, les combats ont commencé le 6 mai. Pour la première fois, les Serbes rencontraient une résistance. Ils ont perdu plusieurs hommes. Pour se venger, ils ont tué une vingtaine des nôtres, des vieillards, des malades, qui n’avaient pas pu se réfugier dans la forêt. Nous avons mené une contre-offensive et, le 9 mai, la ville était à nouveau entre nos mains. Des groupes de défense se sont organisés dans les villages, pour former la 8e unité de l’Armée de Bosnie-Herzégovine. C’est comme cela que s’est créée l’enclave. »

Sous le feu de l'artillerie serbe

Vingt ans après les Accords de paix de Dayton, quelques milliers de Bosniaques sont revenus vivre à Srebrenica. Aujourd’hui, la commune compte à peine 7 000 habitants, contre 37 000 avant la guerre. Des panaches de fumée s'échappent des villages perchés sur les collines qui entourent la ville. Ailleurs, la forêt avance, sur les pentes toujours minées où passait la ligne de front, et dans les hameaux détruits, où ne subsistent que des cimetières. « Nous étions postés sur cette cime, là-bas », détaille Gera en traçant de la main les limites de l'enclave, où se sont entassés jusqu'à plus de 60 000 réfugiés. Sans nourriture, sans médicaments, les Bosniaques subissaient le feu de l'artillerie serbe, tandis que les hommes de Naser Orić, un ancien garde du corps du président serbe Slobodan Milošević devenu commandant de la défense locale, menaient en représailles des opérations punitives contre les villages serbes des alentours.

Le 12 avril 1993, 62 enfants sont tués et 152 autres blessés lors d'un bombardement dans la cour de l'école de Srebrenica. « Des centaines de jeunes étaient rassemblés sur le terrain de sport. On s’était assis en attendant qu’un groupe finisse sa partie de football. C’est alors que les obus ont explosé. Quand je suis revenu à moi, la tribune était pleine de corps déchiquetés, sans mains, sans têtes et sans jambes », raconte Hasan Hasanović, un survivant. Un mois plus tôt, le général français Philippe Morillon, qui commandait les casques bleus en Bosnie-Herzégovine, avait hissé le drapeau de l’ONU sur le fronton de la mairie après avoir été pris en otage par les femmes de l'enclave. Mis devant le fait accompli, le Conseil de sécurité inventait en urgence le concept de « zone de sécurité ».

Une ville sacrifiée ?

« Quand le général Morillon a créé la zone de sécurité, je pensais que ses intentions n’étaient pas mauvaises, mais très vite, nous sommes entrés dans des jeux politiques pour former des territoires compacts », rumine Gera. Durant les terribles années 1993 et 1994, la guerre semblait ne jamais devoir s'achever. Des tractations diplomatiques se poursuivaient en coulisse, et l’idée s’imposait peu à peu que la paix ne serait obtenue qu'au prix de la partition du pays, réclamée par les Serbes. Les autorités de Sarajevo se sont-elles résignées à sacrifier Srebrenica ? Au printemps 1995, l'état-major de Sarajevo rappelle Naser Orić et plusieurs officiers qui coordonnaient la défense de l'enclave.

Fin juin, les Serbes savent que le temps ne joue plus en leur faveur. En Croatie, l'armée de Zagreb est à l'offensive avec le soutien de Washington. Le 11 juillet, Ratko Mladić et ses hommes entrent dans Srebrenica sous l’œil impuissant des casques bleus. Tom Karremans, le commandant du bataillon hollandais qui défend la ville, réclame le soutien de l'aviation de l'Otan. En vain. « Les femmes et les enfants vont partir les premiers. (...) Le tour des hommes viendra après », lance le général Mladić aux réfugiés rassemblés autour du QG du Dutchbat, le siège des Hollandais. La foule le remercie, espérant sortir de l'enfer. En réalité, le pire est à venir.

« Ce génocide qu’ont commis les Serbes, je n’arrive toujours pas à le comprendre. Ils ont tué des vieux, des handicapés, etc. Une sorte d’obscurité est tombée sur les esprits. Ces types prenaient trop d’alcool, trop de drogues, sinon comment comprendre qu’ils aient pu faire des choses pareilles ? » Après avoir servi après la guerre dans l'Armée de Bosnie-Herzégovine, Gera est revenu à Srebrenica au milieu des années 2000. Désormais, il promène l'été quelques touristes sur la rivière Drina et le reste du temps, il sirote de l'eau de vie au Café du centre. « Personne n’a rien gagné dans cette guerre, ni les Bosniaques, ni les Croates, ni les Serbes. On s’est battu pourquoi ? Si j’avais su ce qui se passerait après la guerre, je serais parti en Australie. »




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Source/Lien : RFI



   
 
   
 
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