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Srebrenica: une machine à détourner l'argent
Publié le : 10-07-2015

RFI

Publié le 10-07-2015

Abandonnée par les casques bleus, théâtre du pire massacre commis en Europe depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, Srebrenica cristallise la « mauvaise conscience internationale ». Ce qui se traduit par des flots d’argents déversés, sans aucun contrôle.

Par Jean-Arnault Dérens, Laurent Geslin et Simon Rico

« Il est impossible de connaître le montant total des fonds investis depuis le début des années 2000. Une seule chose est certaine, avec cette somme, on aurait pu reconstruire la ville en or massif ». Marinko Sekulić, un des piliers de la télévision de Srebrenica, sirote une bière au soleil, le regard accroché aux murs d'un bâtiment éventré. « Tout le monde s'est servi, les politiciens bosniens, les entrepreneurs locaux et les experts internationaux qui viennent parler de "réconciliation" ».

Depuis longtemps, Srebrenica, la ville symbole des guerres yougoslaves, fait figure de « poule aux œufs d’or » pour les fonctionnaires bosniens, tant serbes que bosniaques. « Après la guerre, la plupart des élus de la commune n’habitaient pas en ville », rappelle Muhizin Omerović, actuel responsable du développement économique à la mairie. « Les Serbes rentraient chaque soir en Serbie voisine, les Bosniaques repartaient le week-end à Sarajevo ou à Tuzla. Par contre, ils montaient de multiples projets, souvent sans intérêt réel, mais très bien financés ».

Combien d'argent a disparu depuis deux décennies dans les sables mouvants de la corruption ? Impossible de le savoir, la plupart des acteurs rechignent à donner des chiffres. « Quand je suis rentré à Srebrenica, en 2001, j'ai formé une des premières organisations multiethniques de la ville, un forum citoyen qui a demandé aux autorités de présenter un bilan des sommes versées par la communauté internationale », poursuit Marinko Sekulić. « Nous n'avons jamais obtenu de réponse. »

Des centaines de millions d'euros

Tout le monde a versé son obole : l’Union européenne, ses différents Etats membres, mais aussi les Etats-Unis, la Turquie, la Malaisie, les pays du Golfe, etc. Les Pays-Bas arrivent très largement en tête des bailleurs de fonds. Traumatisés par l'implication de leurs casques bleus dans le massacre, ils ont dépensé plus de 122 millions d’euros euros depuis 1995. Sachant que le budget annuel de la commune de Srebrenica s’élève à 3,5 millions d’euros, l’aide fournie par Amsterdam aurait donc pu, en théorie, assurer le fonctionnement de la ville durant 35 ans.

Si l'on s'en tient aux chiffres disponibles, fort sous-évalués, l'aide « institutionnelle » mise à disposition de Srebrenica s'élèverait à quelque 200 millions d'euros, soit plus de 30 000 euros par habitant. Une somme indicative, bien sûr, qui aurait permis d'offrir une maison neuve à chacun des résidents.

À la vue des innombrables bâtisses abandonnées, on peine sur le terrain à comprendre où sont passés ces millions. « Pendant la guerre, 6 400 maisons ont été détruites. Vingt ans plus tard, nous en avons rebâtit à peine la moitié », reconnaît d'ailleurs Abdurahman Omić, le responsable de la reconstruction de la mairie. « Il y a toujours 2 700 dossiers en cours, mais les travaux avancent lentement. Or, le soutien des donateurs internationaux diminue un peu plus chaque année. »

Climat de méfiance

De projets vains en détournements manifestes de l’aide, la méfiance n’a fait que grandir entre les habitants de Srebrenica, les politiciens bosniens et les agences internationales. Si la stratégie de développement agricole a fonctionné dans quelques domaines, comme la production de framboises, spécialité traditionnelle de la région, les résultats sont loin d'avoir toujours été au rendez-vous.

Les paysans de la région sont par exemple plaints de la qualité des animaux reçus de la part des agences de coopération internationale : les moutons refusent de procréer, les abeilles sont souvent trop faibles et n'arrivent pas à survivre. En 2007 et 2008, une vaste épidémie de brucellose obligea les éleveurs locaux à sacrifier des centaines de moutons. La maladie était jusqu'alors inconnue dans l'est de la Bosnie-Herzégovine. Les éleveurs de Srebrenica suspectèrent immédiatement le PNUD d'avoir fourni des animaux malades. De fait, les bénéficiaires de l’aide préfèrent souvent revendre le bétail ou le matériel qu'ils reçoivent.

« C'est vrai, on a investi beaucoup d'argent », admet Čamil Duraković, le bourgmestre de Srebrenica, et le premier depuis la guerre à vivre en ville avec sa famille. « La communauté internationale a réalisé des projets conséquents, mais l’argent sert d’abord à couvrir des dépenses administratives, à payer des experts qui viennent de l'étranger et qui touchent des salaires énormes. Cela permet à la communauté internationale de dire « voila, nous avons fait notre devoir » ».

Dans un pays toujours divisé selon des lignes de fracture communautaires, le thème de l'aide à la reconstruction de Srebrenica fait l'objet de multiples manipulations politiques. Et cette réalité reste taboue. En vérité, si personne n'a jamais exploré les zones grises de l'intervention internationale à Srebrenica, c'est aussi parce que, d'une certaine façon, cela reviendrait à reconnaître publiquement que les fonds destinés à la petite ville ont été trop élevés au regard de ses besoins réels – qui n'ont d'ailleurs pas été satisfaits.




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Source/Lien : RFI



   
 
   
 
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