Aujourd'hui : Vendredi, 19 octobre 2018
 Veille Media Contact



 
 
 
 

 
 
 
Dossier du Collectif VAN - #FreeOsmanKavala ! Liberté pour #OsmanKavala !
PHDN
Rejoignez le Collectif VAN sur Facebook
Cliquez pour accéder au site Imprescriptible : base documentaire sur le génocide arménien
Observatoire du Négationnisme
Le Collectif VAN, partenaire du Festival de Douarnenez 2016
xocali.net : La vérité sur Khojali !
Cliquez ici !

Imprimer dans une nouvelle fenêtre !  Envoyer cette page à votre ami-e !
 
Srebrenica : la vérité, vingt ans après
Publié le : 15-07-2015

La Règle du Jeu


Légende : Le massacre de Srebrenica a fait 8000 victimes en 1995.


13 juillet 2015

par Florence Hartmann

La journaliste d'investigation Florence Hartmann publie une enquête sur le massacre de Srebrenica, en s'appuyant sur des archives diplomatiques déclassifiées. Découvrez un extrait en exclusivité.

La journaliste d’investigation Florence Hartmann, spécialiste des conflits en ex-Yougoslavie, publie une enquête intitulée Le Sang de la realpolitik (Don Quichotte, 2015), sur le massacre le plus meurtrier en Europe depuis la Deuxième guerre mondiale : celui qui a eu lieu à Srebrenica, en Bosnie, il y a vingt ans, faisant 8000 morts en l’espace d’une semaine. Cet ouvrage tente de répondre aux questions laissées en suspens depuis vingt ans, et, en premier lieu celle-ci : comment l’Union européenne et les Nations-unies ont-elles pu laisser se produire un génocide au coeur de l’Europe ? En s’appuyant sur des archives diplomatiques déclassifiées, l’auteur éclaire d’une vérité nouvelle cette tache d’ombre dans l’histoire de la Bosnie et de l’Europe.

La Règle du jeu publie en exclusivité un extrait de cet ouvrage qui fera date dans le combat pour la vérité et la reconnaissance des responsabilités de nos États.

Devant la caméra de la BBC qui le filme le 11 juillet 1995 dans sa chambre d’hôtel, lors d’une tournée en Afrique, le secrétaire général des Nations unies, Boutros Boutros-Ghali, reconnaît qu’à Srebrenica l’ONU vient d’être « humiliée et abusée » et qu’« elle devra vivre avec cela ». Puis d’ajouter : « Mais dans quelques jours, tout cela appartiendra au passé. » Aujourd’hui, Srebrenica figure, aux côtés d’Auschwitz – paradigme de la barbarie humaine – et du massacre de la forêt de Katyń, parmi les épisodes les plus sombres de la mémoire commune de l’Europe.

Il y a vingt ans, les forces serbes commandées par le général Mladić s’emparaient de la bourgade de Srebrenica et exécutaient de sang-froid quelque huit mille hommes et adolescents dont la survie même faisait entrave au projet de purification ethnique des territoires de la défunte Yougoslavie, entamé dès 1991 en Croatie et dont la mise en œuvre s’est poursuivie, à partir de 1992, en Bosnie-Herzégovine. Deux instances judiciaires internationales – le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie et la Cour internationale de justice – ont depuis qualifié ce massacre de génocide. Avec le Rwanda, Srebrenica symbolise l’un des chapitres les plus douloureux de l’histoire de la diplomatie occidentale de la fin du siècle passé.

De cette barbarie, les dirigeants serbes de l’époque et les forces sous leurs ordres sont les coupables. Mais au-delà de cette responsabilité première, il y a celle de la communauté internationale. L’échec des Nations unies à Srebrenica est évidemment celui des États au sein du Conseil de sécurité, au premier rang desquels la France, le Royaume-Uni et les États-Unis, tous trois impliqués dans le règlement du conflit.

La chose est entendue. Pour autant, les trois grandes puissances ont décliné toute responsabilité, concédant uniquement avoir commis des erreurs. Celles de n’avoir envisagé ni l’hypothèse de la prise de Srebrenica, ni celle des charniers et de ne pas s’être donné les moyens de conjurer le retour du génocide en Europe.

Pour la première fois de son histoire, le Conseil de sécurité des Nations unies avait pourtant autorisé l’emploi de la force pour protéger les populations promises aux exactions en Bosnie-Herzégovine. Y compris par la voie des avions de l’Otan. Ce n’est donc pas dans l’absence d’instruments juridiques ou militaires qu’il faut chercher les raisons de cet échec. Les racines du drame de Srebrenica ne se trouvent pas non plus dans l’absence de volonté politique de la France, du Royaume-Uni, des États-Unis, ou des dirigeants bosniaques eux-mêmes. C’est pourtant ce que se sont cantonnés à dire depuis vingt ans tous les rapports institutionnels consacrés à cette douloureuse question : le rapport de l’ONU, celui de l’Institut néerlandais d’études militaires ou de la mission d’information parlementaire française.

La responsabilité de nos États est finalement beaucoup plus grave. C’est ce qui ressort de la reconstitution minutieuse du processus diplomatique dans les semaines qui ont précédé le drame. Un travail d’enquête entamé depuis de longues années, facilité par l’accès récent à une partie des archives internationales, notamment américaines, mais qui a supposé aussi d’écumer des milliers de pages à la recherche des informations ayant échappé à la vigilance des services chargés de les déclassifier.

Londres, Paris et Washington n’ont rien fait pour empêcher ce qui était en train d’arriver, même une fois en avoir pris connaissance. Malgré les démentis, cette vérité hante, depuis deux décennies, la conscience européenne et internationale. Nous soupçonnions un calcul ô combien politique, visant à éliminer les derniers obstacles à la paix et à simplifier la négociation diplomatique. Srebrenica est bien tombée au nom d’une raison d’État qui se trouvait dans ces capitales et sans doute à Sarajevo. Mais ce sera aux Bosniaques d’examiner la pertinence des choix effectués par leurs propres dirigeants pendant la guerre et, tout particulièrement, en 1995. Le moment est venu, pour eux aussi, de crever ce douloureux abcès.

Nous ne pouvions cependant pas prouver que la France, le Royaume-Uni et les États-Unis avaient activement favorisé la disparition de ces territoires qu’on savait être les ultimes buts de guerre serbes. Cette enquête démontre désormais comment et pourquoi les trois puissances ont négocié l’abandon de Srebrenica et, par ce marché de dupe, sont devenues les facilitateurs du dernier génocide du XXe siècle.

La politique étrangère consiste à rechercher des solutions dans des conditions difficiles, avec des adversaires, voire des ennemis.

D’aucuns assurent, tel Hubert Védrine, que « la realpolitik a fait couler moins de sang dans l’histoire que l’idéalisme ». La politique du réalisme n’est pourtant pas toujours synonyme de bon sens ni même de sagesse. Elle peut vouloir aussi dire lâcheté, cynisme et trahison de nos valeurs fondamentales. Srebrenica est l’illustration de cette autre barbarie, celle qui est froide, glacée, celle du calcul, qu’évoque Edgar Morin lorsqu’il parle de l’économie mais qu’il pourrait appliquer à la politique étrangère.




Retour à la rubrique


Source/Lien : La Règle du Jeu



   
 
   
 
  Collectif VAN [Vigilance Arménienne contre le Négationnisme]
BP 20083, 92133 Issy-les-Moulineaux - France
Boîte vocale : +33 1 77 62 70 77 - Email: contact@collectifvan.org
http://www.collectifvan.org