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Entretien sur la reconnaissance du génocide arménien et Europalia
Publié le : 27-07-2015

Le Vif/L'Express

17 juillet 2015

Entretien : Marie-Cécile Royen

Ancien président du Comité des Arméniens de Belgique, Michel Mahmourian est déçu par la résolution de la majorité-SP.A sur le génocide arménien. Adoptée en commission le 7 juillet, elle devait être adoptée sans coup férir ce jeudi 16 juillet. Un entretien sans concession.

Le Vif/L’Express : Le Premier ministre, Charles Michel (MR), et le ministre des Affaires étrangères, Didier Reynders (MR), ont fait allusion à l’absence de jugement judiciaire à propos du génocide arménien, tout en reconnaissant celui-ci. Idem dans la résolution de la majorité à la Chambre. Pourquoi ?

Michel Mahmourian :
Ce que l’on voit, ici, c’est des pas en arrière et des gesticulations curieuses pour adoucir l’humeur de la partie turque. Dès le moment où la Belgique a offert la vitrine Europalia à la Turquie en 2015, il est évidemment difficile d’entretenir le débat sur une question qui, on peut le comprendre, va rendre assez compliqués les rapports entre non seulement la Turquie et Europalia, mais aussi entre la Turquie et le ministère des Affaires étrangères, puisque Didier Reynders est administrateur d’Europalia et qu’il est manifestement celui qui, au sein d’Europalia, a été le plus heureux de la décision d’attribuer cette vitrine à la Turquie. On peut imaginer le camouflet pour le gouvernement belge si la Turquie renonçait à venir ! Je ne crois pas que c’est de leur libre volonté que les responsables de la majorité ont agi ainsi. Cela dit, les gestes de justice envers les victimes avaient déjà été posés par le Sénat en 1998, par les déclarations reconnaissant le génocide arménien du Premier ministre Guy Verhofstadt (NDLR : Open VLD) et des Affaires étrangères Karel De Gucht (NDLR : Open VLD), en 2002 et 2004, et par la présence de notre ambassadeur à la cérémonie du centenaire à Erevan, le 24 avril dernier. Il est bien triste de voir que notre pays se soit mis dans cette situation alors qu’ailleurs, on a vu des déclarations bien plus nettes : France, Allemagne, bien sûr, le pape François. Pauvre Belgique !

Comment avez-vous vécu la minute de silence, au choix, pour les victimes du génocide arménien ou pour les migrants noyés en Méditerranée ?

Au fond, tout vient de là. L’initiative émanait du parti Ecolo. On aurait pu se dire que le génocide arménien n’était pas de la compétence du parlement bruxellois. Je peux assez bien comprendre que le président du parlement bruxellois n’y ait pas pensé lui-même. Voilà, il a fallu ce test-là pour que l’opinion ouvre les yeux sur une situation qui était connue de tous mais qui n’avait apparemment pas choqué. Il était temps de se rendre compte que certains élus régionaux sont en réalité des élus de l’étranger et obéissent à des ordres qui ne sont pas ceux de l’électeur national. Cela a enclenché un mouvement d’opinion assez puissant pour aboutir à l’exclusion d’une députée du CDH (NDLR : Mahinur Özdemir). Le parti socialiste prend son temps, il a même fait appel à un thérapeute, Simone Susskind. Elle semble assez optimiste et pense qu’elle arrivera à faire avaler la coupe amère à certains élus turcs de son parti. Je lui souhaite bonne chance mais j’ai quand même certains doutes. Là encore, on peut s’étonner que le Parti socialiste tienne à ce point à conserver la sympathie de négationnistes. Je n’aimerais pas être socialiste pour le moment car ce ne doit pas être, du point de vue de la conscience, confortable. Le Parti socialiste a aussi déposé une proposition de résolution. Si cette proposition était adoptée, Emir Kir serait peut-être invité très chaudement à voter pour mais, heureusement pour le Parti socialiste, ce n’est pas cette proposition qui a été adoptée, c’est celle de la majorité. Il est bien plus aisé pour Emir Kir de s’abstenir éventuellement, puisqu’il est normal pour un député de l’opposition de ne pas voter en faveur d’une proposition de la majorité. En tout cas, pour l’Arménien que je suis, c’est réconfortant de voir à quel point la presse, c’est-à-dire l’opinion publique, a vraiment cherché à percer l’obscurité de cette communauté turque qui vit repliée sur elle-même.

Quelle est, selon vous, l’étape suivante ?

D’abord, faire cesser ce génocide qui continue sous la forme du négationnisme. Avec la proposition de loi d’Olivier Maingain et Georges Dallemagne (NDLR : FDF, CDH), on doit, en principe, passer à l’étape suivante : introduire dans le code pénal une extension de la loi du 23 mars 1995 qui réprime la négation de la Shoah et faire en sorte que la négation du génocide perpétré par les Jeunes-Turcs de l’Empire ottoman, de même que le génocide commis par le Hutu Power au Rwanda, soient également pénalisés. Cela va permettre de sanctionner de façon plus rapide ceux qui, éventuellement, se compromettraient encore à tenir des propos négationnistes – je songe à des visites d’hommes politiques turcs qui viendraient agiter leurs ressortissants chez nous – et sanctionner des propos diffusés sur les réseaux sociaux en langue turque. Avec une extension de cette loi, notre pouvoir judiciaire aura les moyens d’intervenir et on ne sera plus dans l’embarras comme on l’a été lorsque Emir Kir a été reconnu négationniste par un tribunal civil belge. On aurait pu éviter au Parti socialiste un mauvais pas si on avait pu mettre sous son nez un article du code pénal.

Cette proposition de loi Maingain-Dallemagne a-t-elle des chances d’être adoptée ?

Il ne faudra pas trop en parler avant la fin d’Europalia Turquie, ce ne sera pas opportun aux yeux de la majorité, mais je ne vois pas pourquoi ça n’évoluerait pas positivement l’année prochaine. Depuis 2003, une convention du Conseil de l’Europe sur la cybercriminalité demande aux Etats membres d’étendre leur législation pénale pour réprimer la propagation de propos racistes, xénophobes et négationnistes. C’est pour faire appliquer cette convention qu’en 2005, le gouvernement avait déposé un projet de loi qui a donné lieu à un vote à la Chambre, mais qui a été bloqué au Sénat parce que la ministre de la Justice (NDLR : Laurette Onkelinx, PS) a encommissionné le dossier. On a reculé parce qu’on a compris que cela pourrait gêner un certain électorat.

Ce projet a été aussi contesté parce qu’il heurtait la liberté d’expression...

Ce n’est pas un problème de liberté d’expression mais de criminalité. Le fait de répéter à l’envi que les Arméniens sont les pires ennemis de la Turquie, que c’est à cause d’eux qu’il y a eu des morts turcs et musulmans pendant la Première Guerre mondiale, entretient l’agressivité, voire la haine.

Le projet de résolution de la majorité, qui a été négocié avec Ankara, insiste sur l’innocence de la Turquie. Celle-ci craint-elle les réparations aux victimes ?

Du côté européen et académique, on sait bien que l’Empire ottoman et la Turquie, c’est la même chose. Plus exactement, l’Empire ottoman, une fois que les Jeunes-Turcs ont pris le pouvoir, c’était déjà la Turquie. Si on avait pu retrouver de son vivant le Dr Mengele (NDLR : médecin tortionnaire du régime nazi) avec un passeport et un faux nom, peut-être un faux nez s’il avait subi une opération chirurgicale, ce serait toujours le Dr Mengele. Nous avons un Etat qui a essayé de se maquiller, tout le monde le sait. Dire que la Turquie n’est pas responsable est déjà la preuve qu’on se laisse aller à des compromissions. Or, lorsqu’un crime est établi, il y a forcément la nécessité de faire passer la justice. On ne sort pas d’un génocide sans payer sa dette à la civilisation et, bien sûr, aux victimes. Qu’on ne demande pas aux Arméniens – qui sont-ils d’ailleurs et qui parle en leur nom ? – de dicter leurs conditions. Cette affaire n’est pas un litige bilatéral entre les Arméniens et la Turquie. C’est une question qui se situe au niveau international. Si la Turquie veut redevenir un pays fréquentable, un pays que l’on considère comme honnête et avec qui on veut avoir des relations normales, elle doit faire en sorte que chacun considère qu’elle a effacé l’infamie.

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Regards sur Génocide arménien: Özgüden critique les partis politiques belges

Regards, la revue du Centre communautaire laïc juif en Belgique, vient de publier dans son numéro de juillet 2015 une série d'interviews sur la reconnaissance du génocide arménien au sein de plusieurs partis politiques belges. Les points de vue de plusieurs défenseurs des droits de l'Homme paraissent dans deux pages de ce numéro, notamment ceux du journaliste Mehmet Köksal, du politologue Pascal Dewit, de l'ancienne sénatrice PS Sfia Buarfa, du rédacteur en chef de la revue Politiques, Henri Goldman, ainsi que Dogan Özgüden, rédacteur en chef d'Info-Türk. Ci-après, nous publions les points de vue d'Özgüden. On peut demander ce numéro de Regards au numéro: 02-543 02 81




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Source/Lien : Le Vif/L'Express



   
 
   
 
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