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La Turquie est-elle en train de créer une « zone de sécurité » dans le nord de la Syrie ?
Publié le : 30-07-2015

Le Monde

29.07.2015 à 20h53 | Par Louis Imbert

Depuis une semaine, la Turquie bombarde l’Etat islamique dans le nord de la Syrie. Mais dans quel but ? Ces attaques ont été saluées comme un tournant important dans la guerre qui dure depuis quatre ans. Elles font suite à un accord conclu entre la Turquie et les Etats-Unis, dont les contours restent flous, et dont l’objectif est présenté par les deux pays de manière contradictoire.

Le premier point de l’accord, annoncé jeudi 23 juillet, est clair : chaque pays souhaite chasser l’Etat islamique (EI) d’une portion de la frontière turque à laquelle les djihadistes ont encore un accès direct, une zone d’une centaine de kilomètres de large située entre la ville d’Alep et le fleuve Euphrate.

Ankara a annoncé qu’elle pouvait devenir une zone de repli pour des combattants syriens alliés et pour des civils, ainsi que pour une partie de ceux qui se sont réfugiés en Turquie. Pas question, rétorque Washington, qui a produit un discours confus, avant de rappeler qu’il souhaite uniquement combattre l’EI, sans autre engagement.

Que veut la Turquie ?

Ankara est membre de la coalition internationale contre l’EI, mise en place par les Etats-Unis, qui bombarde des positions djihadistes en Syrie et en Irak depuis septembre 2014. Le gouvernement avait pourtant jusqu’ici refusé d’y participer activement, estimant que la coalition se trompait d’ennemi en visant l’EI plutôt que le régime de Bachar Al-Assad.

Il a notamment exigé, pour ouvrir ses bases aériennes aux avions américains, que la coalition établisse une « zone tampon » dans le nord de la Syrie. Cette zone devait offrir une base arrière à l’opposition syrienne, protéger les civils des bombardements de l’armée et éloigner les combats de sa frontière.

La Turquie a finalement accepté, mercredi, d’ouvrir ses bases à la coalition et de participer aux frappes. La presse locale a évoqué, comme part de l’accord avec les Etats-Unis, la création d’une « zone de sécurité », aux contours encore flous, qui pourrait s’étendre jusqu’à une quarantaine de kilomètres de la frontière.

Cette zone pouvait ainsi inclure la route qui relie par le nord Alep à Raqqa, « capitale » de l’EI en Syrie, à travers les villes d’Al-Bab, de Manbij et le pont qui enjambe l’Euphrate au nord de la ville de Sarrin. L’EI, les rebelles et les djihadistes syriens ainsi que les forces kurdes s’affrontent depuis des années pour le contrôle de ces zones. Ces dernières semaines, des barils chargés d’explosifs, armes de terreur lâchées par l’aviation du régime Assad, ont fait de nombreux morts à Al-Bab, y compris parmi les civils.

Le 25 juillet, le ministre des affaires étrangères turc, Mevlut Cavusoglu, expliquait que l’accord conclu avec les Etats-Unis devait mécaniquement aboutir à la création d’un tel espace sécurisé :
« Quand ces zones dans le nord de la Syrie seront libérées de la menace de [l’EI], les zones de sécurité se formeront naturellement. Nous avons toujours défendu la création de zones de sécurité et de zones d’exclusion aérienne en Syrie. Les gens qui ont été déplacés peuvent être installés dans ces zones sécurisées. »

Selon le premier ministre turc, Ahmet Davutoglu, « la Turquie n’a pas l’intention d’envoyer des troupes au sol en Syrie mais elle pense, comme les Etats-Unis, qu’il faut apporter un appui aérien aux rebelles syriens modérés ».

Pourquoi le discours américain est-il obscur ?

Lundi, le New York Times rapportait que Washington et Ankara envisageaient de créer une « zone sécurisée », citant anonymement plusieurs membres de l’administration Obama. Il s’agirait de « coopérer [avec la Turquie] pour soutenir des partenaires au sol qui combattent [l’EI] dans le nord de la Syrie. » « Le but est d’établir une zone libéree de l’EI et d’assurer une plus grande sécurité et stabilité le long de la frontière entre la Turquie et la Syrie », précisaient ces officiels.

Le journal dessinait une carte prospective de la zone en question. Il précisait que l’accord prévoyait des bombardements par l’aviation et les canons turcs, depuis l’autre côté de la frontière. Il prévoyait également un renforcement du dispositif turc visant à empêcher les djihadistes de traverser la frontière, poreuse depuis le début du conflit.

Lundi encore, un officiel américain évoquait auprès de l’Associated Press, durant une visite de Barack Obama en Ethiopie, une « zone libérée de l’Etat islamique ». Mais il rappelait que la coopération militaire avec la Turquie n’aurait pas pour but d’établir une zone d’exclusion aérienne.

La nuance est importante : le régime de Bachar Al-Assad dispose encore d’une supériorité aérienne totale en Syrie. Il bombarde régulièrement les pans de ville tenus par les rebelles, notamment avec des barils chargés d’explosifs. Créer une zone d’exclusion aérienne signifierait faire la chasse aux avions et aux hélicoptères du régime sur ce territoire, et donc entrer en conflit direct avec lui.

Mardi, Stephen O’Brien, sous-secrétaire des Nations unies chargé des opérations humanitaires, mettait donc en garde contre l’emploi du terme de « zone de sécurité », estimant qu’il pouvait encourager les Syriens à venir trouver refuge dans une zone qui ne serait pas « suffisamment défendue ».

Enfin mercredi, trois membres anonymes de l’administration américaine affirmaient, dans une conférence téléphonique avec plusieurs journalistes, que le terme de « zone de sécurité » était largement exagéré, et plus encore l’idée d’une zone d’exclusion aérienne ou de protection humanitaire.

« Nous ne sommes pas en train de revendiquer des zones et de faire ce qui a été discuté ces dernières années : zone d’exclusion aérienne, zone sécurisée. Ce que nous essayons de faire est de repousser l’EI. Il est important de ne pas confondre cela avec le fait de délimiter des zones sur une carte, de planter des panneaux au bord des routes. Ce n’est pas ce qui est en train de se produire. »

Pourquoi la Turquie bombarde-t-elle davantage les Kurdes que l’EI ?

Depuis une semaine, les avions F-16 turcs ont bombardé plus intensément des positions du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK, interdit en Turquie) dans le nord de l’Irak que celles de l’EI en Syrie.
Ces bombardements correspondent à une stratégie plus claire : Ankara tend à présenter le PKK comme la principale menace « terroriste » dirigée contre lui, devant l’EI qui combat à la fois le régime en Syrie et les Kurdes. Le gouvernement turc craint de voir s’établir, à sa frontière, un embryon d’Etat kurde, tenu par l’émanation syrienne du PKK.

Les frappes turques ont ainsi commencé un mois après que les forces kurdes syriennes ont pris à l’EI la ville frontière de Tal Abyad, avec l’aide des bombardements de la coalition internationale. Les Kurdes avaient ainsi privé les djihadistes d’un important accès à la frontière. Surtout, cette prise leur permettait de relier plus efficacement deux de leurs « cantons » dans le nord de la Syrie.

Les frappes turques et les attaques du PKK contre des policiers turcs ont fait voler en éclats un cesser-le-feu établi depuis 2013. Les autorités américaines, qui considèrent le PKK comme leur allié le plus fiable dans le nord de la Syrie, ont affirmé que les frappes turques contre ce mouvement n’avaient pas été discutées lors de leurs négociations avec Ankara. Lors d’une réunion des ambassadeurs des membres de l’OTAN à Bruxelles, l’organisation a assuré la Turquie de son soutien contre « le terrorisme », sans préciser lequel. François Hollande a cependant invité le président turc, Recep Tayyip Erdogan, à « ne pas confondre les cibles ».

Mercredi, le gouvernement turc menaçait par ailleurs de lever l’indemnité parlementaire de députés du principal parti kurde de Turquie, le HDP. Ce parti avait su attirer suffisamment de votes hors de sa base kurde lors des dernières élections législatives, pour priver le gouvernement de sa majorité absolue.

A la recherche d’une coalition, M. Erdogan est soupçonné, en s’en prenant au PKK, de rassembler le vote nationaliste avant de convoquer des élections anticipées, lors desquelles le HDP se verrait affaibli.




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Source/Lien : Le Monde



   
 
   
 
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