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Selahattin Demirtas, cible kurde d'Erdogan
Publié le : 30-07-2015

Libération

MARC SEMO
29 JUILLET 2015 À 15:46

Depuis plusieurs jours, le président turc somme le jeune leader du Parti démocratique des peuples de condamner les actions des rebelles du PKK, sous peine d'être, avec ses députés, explicitement accusés de liens avec le terrorisme.

Il est désormais politiquement l’homme à abattre et il le sait, alors que l’aviation turque intensifie ses frappes en Irak du Nord contre les positions du PKK, la guérilla kurde. «L’un des principaux objectifs de ces opérations menées dans les airs, sur terre et dans les médias est de faire du mal au HDP dans la perspective d’élections anticipées», analyse Selahattin Demirtas coprésident de ce mouvement prokurde, le Parti démocratique des peuples, dont chaque fonction de responsabilité est occupée en binôme par un homme et une femme. Le président islamo-conservateur turc, Recep Tayyip Erdogan, revendique haut et fort sa volonté de mettre le Kurde hors jeu, ainsi que son parti et ses 80 députés qui, en remportant 13 % des voix lors des élections législatives du 7 juin, ont privé l’AKP au pouvoir depuis 2002 de sa majorité. Héritier de divers partis, vitrines politiques de la guérilla kurde, ce mouvement mutant s’est ouvert «à toutes les minorités et à toutes les diversités», engrangeant au-delà de son traditionnel électorat kurde radical de nombreux votes, y compris dans l’ouest du pays et parmi les classes moyennes, et chez tous ceux qui s’inquiètent de l’autoritarisme croissant d’Erdogan.

Plus que jamais, le HDP et son leader sont dans le collimateur d’un pouvoir qui remet en cause le processus de paix avec la guérilla kurde commencé à l’automne 2012. «Je suis personnellement contre la dissolution des partis mais les députés qui ont des liens avec le terrorisme doivent pouvoir être poursuivis», avait martelé mardi le chef de l’Etat turc avant de s’envoler pour Pékin. Depuis plusieurs jours, il somme le parti et son leader de condamner explicitement les actions du PKK. Certains élus pourraient être explicitement accusés de liens avec le terrorisme, comme Faysal Sariyildiz, député de Sirnak (sud-est) que des photos publiées dans des journaux proches du pouvoir montrent paradant avec de présumés trafiquants d’armes liés au PKK. Selahattin Demirtas, lui, pourrait faire l’objet d’une procédure sur plainte d’un notable de l’AKP pour avoir accusé le parti au pouvoir d’avoir préparé des fraudes avant les élections de juin. C’est un clair avertissement. Passant à la contre-attaque, le HDP se dit prêt à renoncer à l’immunité de ses élus. «Nous n’avons pas peur de vous mais vous aussi montrez que vous n’avez pas peur et acceptez la levée de l’immunité de vos députés», a rétorqué Demirtas, évoquant les enquêtes bloquées pour corruption sur des députés et ex-ministres de l’AKP proches d’Erdogan.

«ENTRE LE MARTEAU ET L’ENCLUME»

«Notre principale faute est en réalité notre score lors des dernières législatives», répète volontiers Selahattin Demirtas, qui a de l’humour, le goût de la formule et beaucoup de sens politique. Ce quadra au physique de gendre parfait, avocat de longue date engagé dans la cause kurde qui présida l’association des droits de l’homme de Diyarbakir, la «capitale» du sud-est à majorité kurde, a été le maître d’œuvre de la transformation du parti. Déjà en août dernier, lors de la présidentielle – la première en Turquie au suffrage universel –, il avait recueilli 9,7 % des voix alors même que les divers partis kurdes qui se sont succédé n’obtenaient que 6 % à 7 % des voix. D’où son pari – réussi – de se présenter aux législatives et de franchir le seuil minimum de 10 % des voix. Il a tout pour ratisser large. Cool et moderne, marié à une institutrice et père de deux enfants, il assure «repasser lui-même ses chemises et faire de la bonne terrine». Mais il revendique aussi ses origines modestes dans une famille sunnite «pauvre et pieuse», assumant aussi bien ses sœurs voilées que son frère aîné, Nurettin, condamné à 22 ans de prison et qui a rejoint les maquis du PKK en Irak du nord. «Il y a des jihadistes en partie armés par le pouvoir turc», rétorque-t-il.

«Demirtas est pris entre le marteau et l’enclume, entre les durs du PKK et les surenchères nationalistes du pouvoir», soupire le politologue Ahmet Insel. «Selocan», comme le surnomment ses partisans, est dans une position délicate. Il doit à la fois tenir compte des exigences des combattants de Qandil, en Irak du Nord, de celles d’Abdullah Ocalan, le leader historique du PKK emprisonné depuis 1999 sur l’île d’Imrali au large d’Istanbul, de celles d’une population kurde exaspérée et de celles de ses nouveaux électeurs de l’ouest. Il risque de perdre le soutien de ces derniers s’il s’aligne trop sur le PKK. Mais il ne peut et ne veut pas non plus désavouer la guérilla. Dans sa prison, Ocalan, remis à l’isolement, reste pour le moment muet. Selahattin Demirtas essaie pour le moment de naviguer au plus près afin d’éviter le pire. «S’il n’appelle pas à manifester, c’est surtout parce qu’il craint de ne pouvoir tenir une base toujours plus exaspérée et d’enclencher un cycle de violences incontrôlables», analyse Ahmet Insel, soulignant que la position de modération de «Selocan» face à ce qu’il considère être «un coup d’Etat contre la démocratie» risque de devenir de plus en plus intenable.

Marc SEMO




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Source/Lien : Libération



   
 
   
 
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