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Contes sordides de l’antisémitisme
Publié le : 30-07-2015

Libération

MARC SEMO

29 JUILLET 2015 À 17:46

L’anthropologue polonaise Joanna Tokarska-Bakir dissèque les rumeurs attribuant aux juifs des meurtres rituels, légendes qui se sont répandues en Europe dès le Moyen Age.

Au fil des siècles, ces récits sont toujours restés les mêmes, évoquant des profanations d’hosties qui se mettent à saigner, ou plus tardivement des meurtres rituels d’enfants chrétiens, dont le sang doit servir pour le pain azyme. Dans ces monstrueuses légendes, on retrouve toujours la même figure, le juif avide, et les mêmes objets, le couteau de la circoncision ou le tonneau à clous que l’on roule pour faire saigner l’enfant chrétien qui y a été enfermé.

Ces rumeurs de sang ont essaimé dans toute l’Europe à partir du XIIIe siècle, notamment dans les pays germaniques et plus encore en Pologne. «Ces récits sont incroyables - il est interdit aux Juifs de consommer du sang, ils n’ont jamais cru ni en Jésus-Christ, ni en sa présence dans l’eucharistie - et, pourtant, il serait difficile de trouver dans la longue histoire du folklore européen rumeur plus convaincante et plus contagieuse pour l’imagination mais aussi plus meurtrière et plus facile à ressusciter», note l’anthropologue Joanna Tokarska-Bakir, soulignant que ces contes absurdes, loin d’être seulement le fruit de l’ignorance, ont des racines «élitistes et théologiques». Ainsi, encore en 1946, l’évêque de Lublin et futur cardinal Stefan Wyszynski affirmait à propos de ces légendes dénoncées depuis le Moyen Age par le Vatican que «la question de l’utilisation du sang par les juifs n’a toujours pas été tranchée».

Spécialiste de l’antisémitisme, professeure à l’Académie polonaise des sciences, Joanna Tokarska-Bakir a voulu comprendre pourquoi et comment ces légendes de sang ont été aussi enracinées en Pologne, alimentant les pogroms de l’après-guerre en 1946, comme à Kielce et Klimontow où des Juifs rescapés de la Shoah ont été tués alors qu’ils tentaient de revenir chez eux. L’historien Jan T. Gross avait, après la fin du communisme, étudié ces tueries étouffées dans la mémoire polonaise, suscitant un débat national.

Mais le plus grand choc pour l’auteure fut de découvrir, lors du travail de terrain dans la petite ville de Sandimierz - sa vieille cathédrale recèle des tableaux montrant de tels meurtres rituels -, que ces phantasmes restent encore bien présents. Nombre des habitants interrogés restent convaincus qu’il y eut bien des enfants chrétiens égorgés dans les synagogues en 1946 pour que les juifs reprennent force en buvant leur sang, même s’ils ne croient plus que de telles pratiques continuent encore aujourd’hui.

Le plus stupéfiant est que ces accusations ne venaient pas de marginaux déclassés mais aussi des notables de la petite ville. Des enquêtes menées dans d’autres provinces donnèrent peu ou prou les mêmes résultats, avec cette phrase qui revenait : «Il n’y a pas de fumée sans feu.»

La force de cette antique rumeur est son enracinement dans l’inconscient à cause de la symbolique du sang, mais aussi par un processus «d’inversion projective», comme l’appellent les psychologues, où l’on projette sur l’autre ses propres peurs, mythes et pulsions. «Quelqu’un qui croit lui-même que le sang se trouve dans l’hostie, impute aux juifs, qui s’en écartent, d’en avoir impérativement besoin», écrit l’anthropologue, notant que les premières légendes de sang naissent en même temps que s’affirme la centralité de l’eucharistie dans l’Eglise et le dogme de la réelle présence du corps et du sang du Christ dans ce bout de pâte non levée.

Thème récurrent de ces prétendus rituels, le tonneau clouté, a bien existé… mais pour y faire rouler des juifs, coutume bien vivante à Rome jusqu’en 1312. Si Joanna Tokarska-Bakir a décidé de se lancer dans cette déconstruction aussi dense que parfois un peu roborative, c’est aussi par conscience de l’urgence. Car les fantasmes sur les juifs «suceurs de sang» ont repris une nouvelle vigueur, proliférant sur Internet comme dans les pays arabes et alimentant le nouvel antisémitisme islamiste.

Marc SEMO

Légendes du sang. Pour une anthropologie de l’antisémitisme chrétien de Joanna Tokarska-Bakir. Traduit du polonais par Malgorzata Maliszewska, Albin Michel, 668 pp., 29 €.




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Source/Lien : Libération



   
 
   
 
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