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Djelal Bey : Un Juste turc qui a sauvé des milliers d'Arméniens et dénonçait leur extermination
Publié le : 04-08-2015

100Lives

Celal Bey

par Burçin Gercek

« Je me suis retrouvé à Konya au bord de la rivière sans avoir rigoureusement le moindre moyen de sauver qui que ce soit. Le sang coulait à flots dans la rivière qui emportait vers l’oubli des milliers d’enfants innocents, de vieillards sans reproche, de femmes sans défense, de jeunes hommes vigoureux. J’ai sauvé tous ceux que je pouvais à mains nues ; les autres ont été emportés et ont sombré pour toujours. »


C’est dans ces termes que Celal Bey, narra cet épisode dans ses mémoires publiées dans le journal Vakit en 1918. Ce gouverneur turc du vilayet (province) de Konya était devenu le symbole du refus d’obéir aux ordres officiels au cours du génocide arménien

Celal Bey avait réussi à retenir « à mains nues » et à sauver un nombre impressionnant de gens. Konya était l’un des centres de transit des déportations, c’est là que les Arméniens des villes ottomanes de l’ouest anatolien étaient rassemblés avant d’être envoyés dans une marche vers la mort dans le désert syrien. Durant les quatre mois où il était en fonction, Celal a réussi à sauver des milliers d’Arméniens de la déportation.

Fils d’un fonctionnaire du ministère des Finances, Celal était aussi le petit-fils d’une des filles du sultan Abdülhamid. Il fit ses études à la prestigieuse école de Mülkiye, devint professeur, occupa de hautes fonctions au ministère de l’Éducation avant d’être nommé gouverneur du vilayet d’Erzurum, puis d’Edirné et d’Izmir. Il fut successivement ministre de l’Intérieur entre décembre 1911 et juillet 1912, puis ministre de l’Agriculture entre janvier et juin 1913.

Au début de la Première Guerre mondiale, Celal était gouverneur d’Alep. Quand les déportations d’Arméniens commencèrent, il pensait qu’il s’agissait de mesures temporaires dues à la guerre. « Jamais je n’aurais imaginé qu’un gouvernement puisse décider d’anéantir de cette façon ses propres citoyens, de détruire de fait son capital humain censé être la principale richesse d’un pays », écrivait-il dans ses mémoires. Après avoir été trompé de la sorte, il demanda néanmoins dans un télégramme « que des fonds soient alloués pour construire des maisons afin de loger les Arméniens. »

Il a fallu peu de temps à Celal pour comprendre que les déportations avaient pour but l’extermination des Arméniens.

Celal ne s’est pas contenté d’« atténuer » les ordres rigoureux, il a pris de grands risques pour essayer d’arrêter les massacres. Il a refusé de déporter les Arméniens d’Antioche et a tenté de sauver certains de ses proches amis. Il a fait en sorte que Krikor Zohrab et Vartkes Serengulian, députés du parlement ottoman puissent rester à Alep au lieu d’être envoyés à Diyarbakir pour y être jugés par la cour martiale. « Je ne pouvais pas les envoyer à la mort de mes propres mains... J’ai écrit à Istanbul pour demander qu’ils soient autorisés à rester à Alep. Je n’ai pas reçu de réponse. Mais je leur ai promis qu’ils ne partiraient pas tant que j’étais à Alep, et j’ai tenu parole, » écrivait-il dans ses mémoires. Zohrab et Vartkes furent renvoyés après le départ de Celal. Ils furent tués avant d’arriver à destination.

Celal envoya une lettre « secrète et personnelle » à Talaat, le ministre de l’Intérieur, qui disait : « Procéder à la destruction des Arméniens causera au pays une perte qui restera irremplaçable pendant des années et des années. Si tous les ennemis que nous avons dans le monde s’étaient rassemblés et avaient réfléchi pendant des mois à la meilleure façon de nous nuire, il n’aurait pas pu concevoir un pire mal. »

Il se rendit à Istanbul pour défendre en personne son point de vue, mais personne ne l’écouta.

Celal fit part de ses inquiétudes aux consuls italien et américain d’Alep concernant le destin des Arméniens et la nature des ordres qu’il recevait, avec qui il s’était lié d’amitié. Il demandé aux diplomates d’informer leurs gouvernements de la gravité de la situation et d’empêcher les massacres en usant de l’influence qu’ils avaient sur la Sublime Porte. Il s’adressa au consul allemand à Alep avec les mêmes demandes.

Pendant ce temps, la branche locale du Comité Union et Progrès essaya de faire partir Celal d’Alep par tous les moyens. Il fut accusé d’actes gravissimes et de « trahison à la patrie ». Une enquête montra que toutes ces accusions étaient « fausses et infondées ». Mais Celal fut en malgré cela peu de temps après renvoyé du vilayet d’Alep.

Il fut d’abord été muté à la préfecture d’Ankara, puis peu après à celle de Konya. Il demanda aux responsables de trouver quelqu’un d’autre à mettre à sa place si « les Arméniens de Konya étaient aussi déportés. » On lui assura que ce ne serait pas le cas, mais il comprit qu’on lui avait menti avant même d’arriver sur place.

Tous les jours, des trains emmenaient des milliers d’Arméniens à Konya, l’ordre ayant été donné d’accélérer leur transfert à Deir ez-Zor.

Celal a tout d’abord essayé de retarder le départ des convois, en prétendant qu’il n’avait pas suffisamment de wagons pour transporter autant de personnes.

Mais Celal ne se cacha pas derrière des prétextes ; il dit clairement qu’il « ne voulait pas prendre part à une telle entreprise qu’il considérait comme néfaste pour le pays. »

Le Comité central d’Union et Progrès le menaça de le faire révoquer, lui demandant de « sacrifier ses opinions personnelles » pour « l’idéal national ». « Appeler de telles atrocités un idéal national est la pire insulte et diffamation pour la nation » dit-il. Celal continua donc à s’opposer aux pressions et parvint « en saisissant toutes les opportunités qui se présentaient » à garder environ 30 000 Arméniens à Konya.

Le 3 octobre 1915, Celal fut démis de ses fonctions. Cette disgrâce marqua le début de la fin pour les Arméniens de Konya. Peu après son départ, les autorités locales informèrent le ministère de l’Intérieur que 10 000 Arméniens avaient été déportés de Konya en l'espace de trois jours.

Celal n’a pas été nommé à un autre poste après sa révocation. Sa famille a dû affronter de grandes difficultés financières. La fin de la guerre a marqué le début d’une nouvelle vie pour Celal – les officiers « irréprochables » qui n’avait pas été impliqués dans des crimes contre l’humanité étaient très sollicités. En novembre 1919, Celal fut nommé gouverneur d’Adana, une ville alors sous occupation française. Différentes sources attestent que les populations arméniennes et turques de la ville apprécièrent cette nomination.

Tout en s’opposant à l’occupation des territoires ottomans et affirmant ainsi son allégeance à la « Chambre des députés » présidée par Mustafa Kemal, Celal était conscient que les Arméniens pouvaient constituer une cible durant les combats contre les Alliés. Il exposa ouvertement ses inquiétudes dans une lettre secrète qu’il envoya à Mustafa Kemal, lui demandant « qu’il n’y ait pas d’attaque contre les Arméniens de Cilicie. »

Après avoir été préfet d’Adana, Celal a été nommé maire d’Istanbul entre juillet 1921 et mars 1922. Il est mort le 11 février 1926. L'ancien gouverneur de Konya est aujourd’hui considéré comme un fonctionnaire qui n’a obéit qu’à sa conscience, conservant son honneur durant les années les plus sombres que traversa son pays. Il y a cent ans, Celal a dit aux négationnistes d’aujourd’hui : « Il n’est pas possible de déformer ou de nier la question. Le but était l’extermination et ils ont été exterminés. »

Cette histoire a été authentifiée par l’équipe de chercheurs de 100 LIVES.

Illustrations : avec l'aimable autorisation de mehmetcelalbey.com




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Source/Lien : 100Lives



   
 
   
 
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