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Les cloches sonnent aujourd’hui pour les chrétiens d’Orient, « ce peuple de mémoire »
Publié le :

L'Orient le Jour

Alors que l'on célèbre l'Assomption, les églises françaises, canadiennes et même islandaises se rappelleront au bon souvenir de leurs frères et sœurs dans une région tourmentée du monde.

Caroline HAYEK | OLJ

15/08/2015

Si à Alep, Homs ou même à Mossoul, la fête de l'Assomption n'a plus, ces dernières années, le même lustre qu'auparavant, la solidarité apportée au travers d'une initiative lancée par des laïcs, puis suivie par plusieurs évêques français, pourrait bien apporter du baume au cœur des chrétiens d'Orient.

Subissant les affres de la guerre et les persécutions des jihadistes de l'organisation État islamique (EI), les églises d'Orient sont depuis longtemps désertes et muettes. Aujourd'hui, à midi (heure française), jour de la célébration de la Vierge Marie, ce seront les cloches de nombreuses églises françaises qui retentiront pour leur salut. Et l'appel a pris une ampleur telle que des diocèses belges, suisses, luxembourgeois, espagnols, canadiens et même islandais leur ont emboîté le pas. Une basilique romaine participera aussi à l'initiative.

Première juridiction religieuse à avoir adopté l'idée : le diocèse de Fréjus-Toulon, dirigé par Mgr Dominique Rey. Contacté par L'Orient-Le Jour, Mgr Rey rappelle l'importance de « faire monter vers le ciel une prière à travers ces cloches qui vont retentir ce 15 août ». Et de rappeler que ces chrétiens « sont un peuple de mémoire, directement liés au Christ. Leur présence permanente à travers les siècles est pour nous un sujet de mobilisation et de lien fort ». Outre le fait de dénoncer les exactions commises envers cette communauté en sensibilisant l'opinion publique, il s'agit d'une occasion « de porter notre prière vis-à-vis de ces fidèles », poursuit l'évêque.

#ChristianBells

La fête mariale, qui revêt une importance toute particulière en France, mais encore davantage en Orient, est donc le moment opportun pour conjuguer les efforts de sensibilisation auprès des chrétiens qui vivent à plus de 3 000 km de l'enfer que vivent leurs frères d'Orient. « Il y a une vague qui commence à traverser l'ensemble de l'Église universelle, et je souhaite que, de plus en plus, d'autres diocèses se mobilisent dans cette opération », implore l'évêque de Fréjus-Toulon.
D'ailleurs, les réseaux sociaux ont joué un rôle majeur dans la propagation de l'événement et le mot-dièse #ChristianBells a même été créé sur Twitter pour l'occasion.

Mais si la solidarité chrétienne en Occident est désormais lancée grâce à cette initiative, c'est sans compter l'acharnement dont fait preuve depuis plusieurs années déjà Mgr Jeanbart, archevêque grec-catholique d'Alep, afin de rappeler le sort de ses compatriotes.

Dans un entretien au Figaro, l'évêque aleppin, de passage en France en début du mois d'août, n'a pas caché sa joie en apprenant que les cloches des églises françaises allaient retentir aujourd'hui. D'autant plus que l'Assomption est la fête de son diocèse. « Que vous sonniez les cloches en France ce jour-là donnera un signe aux chrétiens d'Orient que vous ne les oubliez pas et que vous voulez les aider », dit-il. Il y a un peu plus d'un an, des milliers de chrétiens irakiens ont été contraints de quitter la plaine de Ninive après la prise de Mossoul en juin par les jihadistes de l'EI. Et des centaines d'assyriens sont encore tenus captifs par les rebelles islamistes.

Le père el-Rahi... en Corse

Le père Louis el-Rahi vit, lui, en Corse depuis dix ans. Ce jeune prêtre libanais de 28 ans, originaire de Hemlaya, a été ordonné en la cathédrale Notre-Dame de l'Assomption d'Ajaccio, en juin dernier. Et ce 15 août dédié à ses frères d'Orient a pour lui une portée hautement symbolique. « Cette année, notre évêque d'Ajaccio, Mgr de Germay, comme tant d'autres, a souhaité donner une teinte un peu orientale à cette célébration afin de penser à tous ces chrétiens, nos frères et nos sœurs, dont je fais partie », confie t-il, interrogé par L'Orient-Le Jour. Et « quelle autre fête serait plus appropriée que la fête de notre Mère » ?

Mais si les cloches et les prières vont résonner en communion, il est avant tout primordial pour le père el-Rahi de faire connaître davantage ses frères et sœurs auprès des insulaires. « Nous avons demandé aux Œuvres d'Orient de nous faire parvenir des tracts pour permettre aux chrétiens de la paroisse de savoir qui sont leurs frères orientaux et de savoir ce qu'ils vivent en ce moment », poursuit-t-il. Ces même Corses ont très bien accueilli le prêtre libanais au sein de leur Église. Au-delà de la ressemblance géographique entre l'île de beauté et le Liban, le prêtre rappelle que les « traditions corses sont très voisines des traditions orientales, des processions se font comme au Liban et les chants polyphoniques peuvent être comparés aux chants byzantins ».
Mais en mettant l'accent sur les populations chrétiennes d'Orient alors que d'autres minorités souffrent tout autant, ne serait-ce pas, en quelque sorte, les stigmatiser ? « On ne peut pas être sectaires et prier pour les chrétiens qui souffrent et oublier les autres, comme les yazidis par exemple et certains musulmans qui sont également massacrés par des extrémistes », se défend le jeune prêtre.

« Dans ma paroisse je ferais prier pour ces gens-là, de même que je ferais prier pour les gens qui font souffrir. Ils peuvent être touchés par la grâce de Dieu, ce qui leur permettra peut-être d'arrêter leurs massacres », espère-t-il.

De la parole aux actes...

Avec cet élan de solidarité par-delà les frontières, la communauté chrétienne a tenu à montrer à ses frères d'Orient qu'ils ne tomberont pas dans l'oubli. Mais au-delà des prières et des mots, comment leur vient-elle en aide de manière plus concrète ? Paul Assouad, un Franco-Libanais originaire de Jezzine, habitant Toulouse, en France, depuis une dizaine d'années, s'est donné pour mission de former une communauté de chrétiens d'Orient dans sa ville.
« Nos paroissiens sont français, libanais, syriens, irakiens et égyptiens. Notre église est maronite, et la messe y est dite en français et en arabe », explique-t-il. Les divers membres de la communauté (chaldéens, maronites, catholiques, orthodoxes, assyriens et même un druze) se côtoient et s'entraident au quotidien. « Nous nous chargeons de l'accompagnement des réfugiés chrétiens irakiens, et nous leur servons de pont linguistique et culturel », poursuit M. Assouad. « Nous autres Libanais sommes assez imprégnés de culture française. Il nous est donc aisé de les aider à apprendre le français, ou de les accompagner dans leurs démarches administratives, médicales ou simplement du quotidien comme aller acheter leur baguette. » Des réfugiés syriens affluent également depuis plusieurs mois et sont pris en charge par leurs compatriotes de l'association, qui répond au nom des Amis du Levant. « En France, à cause de la laïcité, les gens ont beaucoup plus de mal à s'afficher en tant que chrétiens. On peut être chrétien et laïc. Et l'initiative de faire sonner les cloches aujourd'hui pour les chrétiens d'Orient est une bonne façon de rappeler tout ce qui se passe là-bas », confie M. Assouad, qui ajoute que des messes sont données régulièrement pour les chrétiens persécutés dans le monde entier.




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Source/Lien : L'Orient le Jour



   
 
   
 
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