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Metz : génocide khmer, la douleur à jamais
Publié le : 25-08-2015

Le Républicain Lorrain

Légende photo: Bophavann Sreng est aussi vice-présidente de la petite communauté des Cambodgiens de Moselle. « Les mamies ont encore leurs souffrances, mais on a réussi à s’adapter. » Photo Gilles WIRTZ

25/08/2015 à 05:10 , actualisé Hier à 19:19

Des centaines de Cambodgiens ont fui le régime khmer rouge pour trouver refuge à Metz. Quarante ans après l’entrée de Pol Pot à Phnom Penh, les souvenirs restent à vif.

Elles sont cinq autour de la table, six avec Carole, plus jeune d’une génération. Sur la table, en plein milieu, opaque, indicible, il y a le fantôme de la vie d’avant. D’avant la folie khmère rouge. D’avant les mois de survie, d’errance et le refuge, enfin, en France. La politique de Pol Pot a entraîné le massacre d’1,7 million de personnes. Un Cambodgien sur cinq. Elles, elles ont survécu.

Quarante ans après, elles veulent bien raconter cette histoire, se raconter, mais les mots sortent avec peine. Ce n’est pas une question de langue, mais d’images. Des souvenirs comme du poison, qui s’écoule encore, lentement, dans leurs veines. Comme le génocide juif ou le génocide rwandais, Bophavann Sreng, Ry Keo, Sokhom So, Chanthy So et Heang Ouch ont vécu le génocide khmer. Cet après-midi-là, dans les locaux de l’Association franco-asiatique, à Borny, leurs témoignages sont précieux. Et uniques. Ils permettent d’éclairer la présence d’une petite et discrète communauté cambodgienne à Metz.

Bophavann Sreng parle davantage que les autres parce qu’elle est vice-présidente de l’Association franco-asiatique et parce qu’elle maîtrise mieux le français. Elle l’avait appris durant ses études, jusqu’en 1975… Ses voisines, elles, ont pris des cours à leur arrivée en France.

• LA PRISE DE LA CAPITALE. – « Les Khmers rouges sont arrivés et nous ont chassés de la ville. Ils nous ont dit que c’était pour trois jours, parce que les Américains allaient bombarder la ville. C’était faux ! Tout le monde était sur les routes. C’était pour trois ans … » L’idéologie khmère rouge est claire : il faut vider les villes, faire revivre une vie autarcique, "saine", à la campagne, les purger de tout élément capitaliste ou colonialiste.

• LE TRAVAIL FORCÉ. – « Nous avons été soumis au travail forcé dans les rizières. Il y avait très peu à manger, un bol de riz pour dix ! Pas de poisson, pas de viande ! J’étais étudiante en faculté de médecine, je ne savais pas travailler dans les rizières ! »

• LE MENSONGE. – « Mon père était président du tribunal de Phnom Penh, on l’a caché, sinon on aurait été tués. On a changé de nom aussi, pour ne pas être reconnus. On a dit qu’on était commerçants. Ils voulaient aussi éliminer tous les étudiants, j’ai aussi caché que je l’étais. »

• LA PENSÉE UNIQUE. – « On devait être habillés tout en noir, pas d’habits rouges. Des cheveux courts. Et il était interdit de dire : "papa, maman". Il fallait dire : "père, mère". »

• LE GÉNOCIDE. – Sokhom So : « Toute ma famille a été punie. Mon mari, mon papa, mes deux enfants ont été tués. » Ry Keo : « J’ai perdu six membres de ma famille. »

• LA FIN. – Bophavann Sreng : « Après, en 1979, les troupes vietnamiennes arrivent. J’ai reçu des nouvelles de mon grand frère. Il était vivant ! Il était arrivé en France en 1975. Je suis passée par un camp de Médecins sans frontière en Thaïlande, et j’ai pu arriver en France, en 1982. »

• LA FUITE. – « Pour franchir la frontière, nous nous sommes déguisés en contrebandiers, avec des oranges sur la tête. Il fallait marcher pieds nus, traverser la forêt, éviter les soldats khmers et thaïs. »

• L’ARRIVÉE À METZ. – Bophavann Sreng : « Au début des années 1980, on est venus à Metz parce qu’il y avait des emplois. Beaucoup de Cambodgiens travaillaient chez Citroën. » Sokhom So : « À mon arrivée à Metz, j’avais 30 ans. J’avais perdu toute ma famille. Il fallait tout recommencer. »

• LA VIE D’APRÈS. – Bophavann Sreng : « C’est dur, ces souvenirs. Je n’oublie jamais. Je fais des cauchemars que les Khmers rouges m’emmènent encore. Chaque jour, je me lève et je prie Dieu pour le remercier d’être encore en vie. »

• LE RETOUR ? Bophavann Sreng : « Non. Je me suis mariée ici, en France, en 1984. J’ai mes enfants, c’est la France mon pays. » Ry Keo : « Non, jamais. Le Cambodge, c’est fini. J’ai trop peur. »

• LA TRANSMISSION. – Bophavann Sreng : « Maintenant, il y a beaucoup de métissage. On essaie de garder la culture, la langue. » So Sokhom : « Nos enfants sont Français. Ils savent que leurs parents sont Cambodgiens. Mais quand on leur raconte l’histoire des Khmers rouges, ils ne nous croient pas ! »

Olivier JARRIGE.





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Source/Lien : Le Républicain Lorrain



   
 
   
 
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