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Trabzon, aux portes de l’Orient
Publié le : 25-08-2015

La Croix

AUTOUR DE LA MER NOIRE(1/5)Le temps a effacé l’héritage cosmopolite de la ville. Les nouvelles élites conservatrices, friandes de modernité, misent sur le « tourisme arabe ».

17/8/15 - 15 H 56

« Thalassa ! » s’était écrié Xénophon, le chef militaire grec, sur les hauteurs de Trébizonde, à la vue des eaux de la mer Noire. Au terme d’une épuisante retraite, des plaines torrides de la Mésopotamie, à travers les défilés enneigés de l’Arménie, le stratège grec avait pu mettre au repos ses « dix mille » mercenaires.

Plus de 2 400 ans plus tard, l’ancienne colonie grecque, descend comme une coulée de lave vers la mer. Sur les pentes, entre le bazar du centre-ville et les cités-dortoirs de la périphérie, quelques maisons, rescapées du développement urbain, se nichent à l’ombre des figuiers.

Curieusement, les habitants semblent ignorer cette mer bleu turquoise, séparée de la ville par l’autoroute côtière, construite à la fin des années 1990, à grand renfort de béton. Attablés dans les cafés du Meydan Parki, la place centrale du centre-ville, ou sur la colline de Boztepe, les habitants lui tournent le dos ou contemplent à distance le port et ses quais chargés de conteneurs. Comme s’ils entretenaient un lien privilégié avec les villages de l’arrière-pays, dans la montagne couverte de thé et de noisetiers.

Le tourisme comme remède au chômage

« Trabzon a quatre mille ans d’histoire. Sur la route de la Soie, la ville était une porte vers l’Asie et le Caucase », claironne Hasan Selim, chef de la municipalité d’Ortahisar, le quartier historique de la ville. « Nous comptons mettre en valeur la richesse de ce patrimoine culturel pour développer l’industrie du tourisme. »

Muzaffer Ermis, directeur général du port, met l’accent, lui, sur le tourisme de croisière et le développement du « corridor transcaucasien ». « Notre port sert de plaque tournante pour le trafic commercial avec la Russie, la Géorgie et l’Iran. Quand les sanctions contre l’Iran seront levées, ses richesses en hydrocarbures pourront transiter par Trabzon ».

Plus que jamais, les édiles misent sur le « tourisme arabe », présenté comme « une planche de salut » pour une cité gangrenée par le chômage et l’exode des jeunes diplômés. « Le tourisme et l’immobilier, c’est la politique de l’AKP (Parti de la justice et du développement), le parti au pouvoir qui tient la ville », explique Ali Oztürk, rédacteur en chef du quotidien Günebakis.

Les touristes arabes dépensent plus que les Européens

« Le gouvernement a financé des campagnes de promotion touristique à Riyad et Dubaï. Les Arabes du Golfe vivent dans des villes au milieu du désert. Pour eux, Trabzon ressemble à un paradis. Ici, ils trouvent la mer, la montagne et la verdure, en même temps qu’un environnement familier : même mode de vie, même religion musulmane, sans compter le style de cuisine et les services médicaux. Pour nous, c’est tout bénéfice. Les touristes arabes dépensent beaucoup plus que les Européens ou les ressortissants de l’ex-URSS. Certains achètent même des appartements ou des maisons. »

Dans la vieille ville, les autorités restaurent les anciennes demeures ottomanes des XVIIIe et XIXe siècles. Chaque année, au mois d’août, ces mêmes autorités au grand complet, – le gouverneur, le maire et le général, commandant de la garnison –, célèbrent en grande pompe, l’anniversaire de la conquête de la ville par Mehmet II, le sultan ottoman qui avait mis fin en 1461 au règne de David Comnène, dernier empereur de Trébizonde.

Dans la ville qui a vu naître Soliman le Magnifique, la glorification de l’ère ottomane reflète « l’idéologie de restauration » des islamo-conservateurs à la tête du pays, explique le politologue Fethi Acikel, un nationalisme à connotation ethno-religieuse, volontairement oublieux de l’héritage hellénique et byzantin.

Émigration rurale, religieuse et conservatrice

Dans la cité, le temps a effacé depuis longtemps l’histoire millénaire qui avait réussi à faire cohabiter langues, religions et traditions, chrétiens grecs et arméniens, musulmans turcs et kurdes.

Au tournant du vingtième siècle, l’Empire ottoman multiethnique s’est transformé en État national turc. Trabzon a perdu la plupart de ses habitants chrétiens. Une émigration rurale, religieuse et conservatrice, a progressivement remplacé l’élite urbaine, libérale et occidentalisée, qui cultivait l’héritage cosmopolite de la ville.

Dans les années 1960, des centaines de « Trabzonlular » ont gonflé les rangs de l’émigration turque en Allemagne. Plus tard, les conscrits de Trabzon ont forgé, dans les rangs de l’armée, la réputation d’une ville « patriote », à la pointe du combat contre les « séparatistes » kurdes.

Nouvelles élites conservatrices

« Dans mon enfance, nous fêtions Noël autour d’un sapin », raconte la journaliste Nuray Mert, 55 ans, native de Trabzon. « Le style de vie occidental et laïque représentait plus qu’un choix culturel, un symbole de classe. Le port du foulard et les autres pratiques religieuses passaient pour des symboles d’arriération réservés aux paysans. »

Pieuses et pratiquantes, les nouvelles élites conservatrices entendent goûter les plaisirs de la modernité. « Les habitants de Trabzon sont fiers d’être musulmans mais la pratique des “valeurs islamiques” s’individualise », souligne Ahmet Sefik Mollamehmetoglu, rédacteur en chef du site ViraTrabzon et correspondant du quotidien Cumhuriyet. « Les gens d’ici ont toujours cultivé l’autosuffisance et ils n’aiment pas qu’on leur dicte leur conduite. Chacun veut réussir et trouver librement sa place dans la société. »

L’amour des armes à feu, le soutien au Trabzonspor, le club de football local, et l’activité des mafieux proxénètes dans le quartier du port font partie d’une identité de « durs à cuire » de l’Anatolie, assumée sans complexe. En même temps, la présence d’une importante population étudiante, originaire des quatre coins du pays, contribue à libéraliser l’atmosphère.

Dans les rues du centre-ville, les femmes déambulent, en jeans et baskets, avec ou sans foulard, tard le soir, entre restaurants et cafés. En 2006, après plusieurs mois de manifestations, l’Union des arts de Trabzon a obtenu la mise à sa disposition d’une ancienne villa, propriété de l’administration régionale.

« Chaque année, nous organisons en toute indépendance des expositions, concerts, conférences et ateliers », assure Adnan Tac, le dynamique président de l’association. « Tant que nous nous abstenons de toute provocation, les autorités nous laissent tranquille. »

L’arrivée des réfugiés

Loin des hôtels de luxe et des immeubles construits pour accueillir les vacanciers des pays du Golfe, Trabzon voit aussi arriver des réfugiés syriens, échappés des camps à l’est du pays. « Les riches arabes font monter les prix de l’immobilier, les pauvres arabes mendient dans la rue », commente Sélim, propriétaire d’un café-restaurant, à deux pas du musée archéologique.

« À court terme, c’est une source de revenus pour les habitants, mais je ne suis pas sûr que ce soit un modèle durable pour la ville. » L’avenir de Trabzon serait-il prisonnier de son passé ? Sélim préfère ne pas y penser. Fin août, comme chaque année, il ira cueillir les noisettes sur les pentes vertes des Alpes pontiques.

François d’Alançon (à Trabzon)


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Source/Lien : La Croix



   
 
   
 
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