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Turquie: l’économie victime d’un climat international délétère
Publié le : 26-08-2015

RFI

Publié le 21-08-2015 Modifié le 21-08-2015 à 15:10

Par Aurore Dumser

Depuis 2011, l’économie turque a fortement ralenti. Croissance en berne, inflation, chômage, monnaie… les indicateurs se font l’écho d’un contexte international tourmenté. Le regard en arrière, les Turcs continuent de soutenir majoritairement le parti islamo-conservateur de Recep Tayyip Erdogan, l’AKP, qui a fait bénéficier la population des années fastes.

Avec 2,9% de croissance en 2014, la situation économique en Turquie n’a plus rien à voir avec celle des dernières années lorsque le pays atteignait 8% à 10% de croissance annuelle. Aujourd’hui, près d’une personne sur dix est au chômage et l’inflation est contenue à 8%. Pour Tancrède Josseran, spécialiste de la Turquie et chercheur à l’Institut de stratégie comparée (ISC), il s'agit d'« indicateurs pas formidables, mais pas catastrophiques non plus, surtout comparé aux crises économiques, financières et bancaires de 1994 et 2001. » De ces crises, la Turquie a tiré des leçons, notamment en réformant son système bancaire et en séparant les activités de dépôt et d’investissement.

Un climat international délétère

Le contexte international explique en partie le ralentissement de l’économie turque. Le pays doit faire face à des défis économiques importants. La politique de la banque fédérale américaine, la FED, se fait ressentir dans les pays émergents, et la Turquie n’y échappe pas. Depuis plusieurs années, la FED maintient des taux d’intérêt bas, presque nuls, ce qui a entraîné les investisseurs vers les pays émergents. Or, dans la perspective que la FED remonte ses taux d’intérêt, les capitaux quittent massivement ces pays (environ 900 milliards d’euros entre juin 2014 et juillet 2015).

C’est un cercle vicieux, car à cause de cette fuite, les monnaies des pays émergents s’effondrent. Ce qui provoque à nouveau une fuite des capitaux et une déstabilisation des économies. La monnaie turque a ainsi perdu 17% depuis le début de l'année. Un handicap quand il s'agit d'importer des matières premières en dollars, mais un atout lorsqu'il s'agit d'exporter des produits turcs, comme le souligne Seltem Iyigun, économiste pour la région Méditerranée et Afrique du groupe COFACE, leadeur mondial de l’assurance crédit : « Les exportations turques sont moins chères par rapport aux pays rivaux. Mais il y a certains problèmes. Les tensions régionales et géopolitiques pèsent sur les principaux marchés d’exportation de la Turquie : l’Irak, la Russie, l’Egypte. Par contre, pour l’habillement, les exportateurs pourraient compenser la dépréciation de la livre turque par l’augmentation des ventes en Europe, car les pays européens sont les principaux clients et on voit que la croissance en Europe commence à se redresser. C’est une bonne nouvelle pour les exportations turques. »

La croissance économique, « glue de la société turque »

Selon Tancrède Josseran, la population turque commence à se rendre compte de ces difficultés. En particulier, avec les deux millions de réfugiés fuyant la guerre en Syrie. La situation pèse sur les prix des loyers qui ont augmenté, mais aussi sur l’activité touristique. Cet été, on dénombre 500 000 touristes en moins, soit une baisse de 6% par rapport à l’année dernière.

Par effet de contraste, la population regarde beaucoup les acquis de l’ère Erdogan et de son parti, l’AKP. Et ils sont nombreux. Entre 2002 et 2012, le produit intérieur brut par habitant a plus que triplé, la Turquie s’est équipée d’infrastructures, de routes, de ponts… les services publics, réorganisés, ont gagné en efficacité. L’AKP a privilégié une politique de service public, avec les chèques éducation pour que les familles puissent scolariser leurs enfants dans une école de leur choix ou les chèques santé pour que les Turcs puissent se faire soigner dans des hôpitaux privés. Donc, bien que les Turcs réalisent que la situation actuelle est plus difficile que ces dernières années, en même temps, ils se rendent compte du bilan largement positif de l’AKP. Le chercheur insiste : « Pendant dix ans, la croissance économique a joué comme une glue dans la société turque et a permis d’attacher à l’AKP des catégories sociales antagonistes : des populations qui vivent dans des bidonvilles à la nouvelle bourgeoisie islamique, voire aux Kurdes. Ces populations, qui étaient en marge du système kémaliste, ont été séduites par la politique de partage et de redistribution des richesses de l’AKP. »

Fin 2011, le point de bascule

« L’année 2011, c’est le point culminant du modèle turc. Ce modèle qui a su concilier les valeurs conservatrices religieuses, la démocratie et l’économie de marché. » En juin 2011, l’AKP atteint son meilleur score aux élections législatives avec près de 50% des voix. A cet instant, alors que les printemps arabes s’enlisent et dégénèrent en conflits, nombreux sont ceux qui regardent la stabilité turque.

Mais la guerre éclate en Syrie où la Turquie poursuit deux objectifs. Le premier, empêcher la création d’une zone kurde autonome en Syrie qui puisse devenir une vitrine du PKK (le Parti des travailleurs du Kurdistan) et attirer les Kurdes de la région. Le second, renverser Bachar el-Assad pour installer à Damas un gouvernement sunnite – et donc ami de la Turquie. L’AKP s’ingère dans les affaires de son voisin, mais sous-estime largement la résilience du régime de Damas qui ne chute pas. Prise dans un élan interventionniste, l’AKP va aussi soutenir les Frères musulmans en Egypte. Au final, « les vieux réflexes antiturcs des pays arabes se ravivent, analyse le spécialiste. On passe d’une politique zéro problème avec les voisins à zéro voisin sans problème. » En politique intérieure, Recep Tayyip Erdogan, qui maîtrise tous les leviers de commande (pouvoirs exécutif, judiciaire et législatif), prend un virage autoritaire.

Jeu de dominos

Lors des élections législatives de juin 2015, l’AKP perd la majorité au Parlement. S’ouvre alors pour le parti la possibilité de former une coalition, il s’y refuse pour plusieurs raisons. D’abord, les Turcs ont un très mauvais souvenir des coalitions, en particulier dans les années 1990, surnommées « la décennie perdue ». Ensuite, la personnalité même de Recep Tayyip Erdogan, peu encline au compromis, met à mal le principe d’une coalition. Pour Tancrède Josseran, « se trouvant acculé par une impasse, Erdogan a décidé d’oser et de creuser le mur. » Il attaque l’organisation Etat islamique (EI).

Les Turcs ont longtemps fermé les yeux sur l’activité du groupe Etat islamique, car il s’oppose au régime de Bachar el-Assad. Mais, en mars 2015, les Etats-Unis et la Turquie signent un accord pour former et entraîner en Turquie une opposition modérée, appelée l'« Armée de la conquête ». Celle-ci remporte à partir du mois d’avril des succès en Syrie.

Donc, l’organisation Etat islamique devient beaucoup moins utile à l’AKP.
Ces attaques sont directement liées à la politique intérieure. « C’est un prétexte pour bombarder les positions du PKK en Syrie et en Irak, selon l’expert. Lorsqu’on bombarde les positions du PKK en Syrie et en Irak, mécaniquement, on provoque un réflexe de représailles du PKK qui va attaquer les soldats turcs en Turquie. Ce qui fait des morts. Et ce qui crée un mouvement de cohésion nationale autour d’Erdogan et de l’AKP. Erdogan devient alors le défenseur de la patrie en danger. »

Tancrède Josseran voit une autre conséquence à ce revirement de situation. Le parti kurde, le Parti du peuple démocratique (HDP) est mis dans « une position absolument impossible ». Le HDP, qui constitue la vitrine officielle du PKK, pourrait-il condamner les activités terroristes du PKK ? « Non, sous peine de se renier. » Et le chercheur d’avancer l’hypothèse : « Erdogan peut alors entamer – peut-être – une démarche pour pouvoir faire interdire ce parti. Et si ce parti est interdit, mécaniquement, aux prochaines élections, l’AKP pourrait très bien regagner la majorité qu’elle a perdue au mois de juin. » En effet, le HDP avait dépassé la barre des 10% et 80 députés du HDP sont entrés au Parlement. « C’est un jeu dangereux, avertit Tancrède Josseran. Si on interdit le Parti du peuple démocratique - cette soupape de décompression qui permet au moins aux Kurdes de s’exprimer - on casse le thermomètre, mais ça n’empêche pas la température de monter. La Turquie prend le risque de retomber dans une guerre civile, comme dans les années 1980-1990. » A noter qu’une stratégie similaire vise le parti d’extrême gauche, le DHKP-C. Derrière ces manœuvres, un calcul de Recep Tayyip Erdogan visant à regagner la majorité au Parlement pour changer la Constitution et donner plus de pouvoir au président, qui aurait une plus grande marge de manœuvre pour résoudre les problèmes et assurer la stabilité du système.

Le 20 août 2015, la commission électorale turque a proposé la date du 1er novembre pour la tenue des élections législatives anticipées. Les résultats sont prévisibles, selon Tancrède Josseran : « L’électorat de l’AKP reste fidèle. En juin, l’AKP est resté le premier parti turc avec plus de 41% des voix. Et si l’AKP a perdu des voix par rapport aux élections de 2011, elle en a gagné plus de deux millions par rapport à 2007. »





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Source/Lien : RFI



   
 
   
 
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