Aujourd'hui : Mercredi, 19 juin 2019
 Veille Media Contact



 
 
 
 

 
 
 
Dossier du Collectif VAN - #FreeOsmanKavala ! Liberté pour #OsmanKavala !
PHDN
Rejoignez le Collectif VAN sur Facebook
Cliquez pour accéder au site Imprescriptible : base documentaire sur le génocide arménien
Observatoire du Négationnisme
xocali.net : La vérité sur Khojali !
Cliquez ici !

Imprimer dans une nouvelle fenêtre !  Envoyer cette page à votre ami-e !
 
“Cash investigation” n'est pas le bienvenu en Azerbaïdjan (mais Hollande, si)
Publié le :

Télérama.fr

Légende photo: © STEPHANE DE SAKUTIN

Emilie Gavoille Publié le 07/09/2015

Suivre un voyage présidentiel à Bakou, c'est possible tant qu'on ne se penche pas trop sur les droits de l'homme. L'an dernier, les auteurs de l'enquête diffusée ce soir sur France 2 l'ont appris à leurs dépens.

Pour son enquête sur les voyages présidentiels, diffusée lundi 7 septembre dans Cash investigation, le journaliste Laurent Richard s'est rendu en 2014 en Azerbaïdjan, dans le sillage de François Hollande. Un voyage qui lui a valu une arrestation un peu... musclée, représentative de la manière dont Bakou traite les journalistes.

En mai 2014, vous et votre caméraman Emmanuel Bach avez été arrêtés à Bakou. Votre enquête dans Cash investigation commence justement par cette mésaventure. Racontez-nous ce qui s'est passé.

Nous suivions depuis quelques jours le voyage officiel de François Hollande en Azerbaïdjan. En fait, nous avions retrouvé le convoi sur place car nous n'avions pas été autorisés à monter à bord de l'avion présidentiel. On nous avait seulement accrédités pour pouvoir suivre la délégation française. Et nous avions décidé de rester quelques jours supplémentaires afin de poursuivre l'enquête et de rencontrer des opposants politiques, des militants des droits de l'homme, des journalistes pourchassés par le régime. Des personnes qu'on n'avait clairement pas entendues pendant cette visite présidentielle, complètement éclipsées par les négociations autour du pétrole et du gaz azéris.

Nous avons donc rencontré plusieurs personnes assez critiques avec le régime d'Ilham Aliyev. Assez vite, nous nous sommes aperçus que nous étions suivis par les services secrets azéris, jusque dans les couloirs et la réception de notre hôtel. Le jour de notre départ, quand nous avons quitté l'hôtel pour nous rendre à l'aéroport, une voiture s'est mise à nous suivre. On savait très bien ce que les services azéris voulaient : nos images et nos contacts. Dans le taxi, j'ai donc commencé à déchirer toutes les pages qui contenaient des informations sensibles et j'ai jeté par la fenêtre de la voiture ces petits bouts de papiers sur lesquels des numéros de téléphone étaient écrits.

Quand nous sommes arrivés à l'aéroport, il y avait déjà une quinzaine d'hommes en civil dans le hall, tous habillés de la même manière, sans aucun bagage... Ça se voyait comme le nez au milieu de la figure qu'ils travaillaient pour les services de renseignement. Dès que l'on faisait cinq mètres à droite ou cinq mètres à gauche, ils suivaient le mouvement... Ça avait un côté presque cocasse.

Juste avant qu'ils nous tombent dessus, j'ai eu le temps de prévenir la rédaction de Premières Lignes que nous allions être arrêtés et qu'il fallait prévenir l'ambassade de France à Bakou. Ce que mes collègues ont fait, tout en filmant ces démarches : ce sont les images que l'on voit au début du reportage. Quelques mois auparavant, il était arrivé exactement la même chose à un journaliste scandinave. Nous savions donc que le risque existait de nous faire arrêter et subtiliser nos rushes. Le régime essaie d'empêcher toute information critique ou sensible de sortir du pays.

“La France est extrêmement timide sur la question des droits de l'homme et de la liberté de la presse en Azerbaïdjan.”

Ils nous ont isolés dans une pièce et nous ont donc pris les cartes-mémoire et disques durs qu'ils sont parvenus à trouver. On a bataillé, résisté. Par principe, il n'était pas question que l'on se laisse faire, au nom de la liberté de la presse, et pour montrer comment l'Azerbaïdjan traitait les journalistes. Même si nos images étaient sécurisées : nous avions pris la précaution de les copier et de les faire sortir du pays par d'autres moyens. Nous n'avons donc rien perdu, au final. Après une heure et demie, ils ont fini par nous mettre de force dans l'avion, devant des passagers médusés et une équipe de bord qui ne comprenait pas bien de quoi il était question.

Comment les autorités françaises ont-elles réagi à votre arrestation ?

Dès que nous avons été arrêtés, l'ambassade de France à Bakou a été informée. Sans doute embobinés par les autorités azéries, les services de l'ambassade ont rappelé nos rédacteurs en chef Benoît Bringer et Paul Moreira, pour leur expliquer que le problème portait sur un supplément de bagages qu'on ne voulait pas payer ! J'ai su plus tard que l'ambassade de France avait tout de suite appelé l'Elysée, et que François Hollande aurait demandé à l'Azerbaïdjan à ce que l'on soit libérés dans la journée. Mais il n'y a eu aucune réaction publique de la France.

Pour ma part, j'ai simplement reçu un coup de fil d'un conseiller de l'Elysée, agacé que nous ne lui ayons pas signalé que nous enquêtions sur les droits de l'homme... C'était assez minimaliste, comme réaction. Nous étions en droit d'imaginer que lorsque des journalistes de la télévision publique, a fortiori dûment accrédités pour suivre une visite officielle du chef de l'Etat, sont brutalement arrêtés et dépossédés de leurs images, l'Elysée réagit. Ça n'a pas été le cas. Et cela illustre le fait que la France est extrêmement timide sur la question des droits de l'homme et de la liberté de la presse en Azerbaïdjan, au nom de tous les contrats économiques qu'elle y signe. Mais notre arrestation, ce n'est rien à côté de ce que vivent les opposants azéris...

Votre enquête donne justement la parole à plusieurs d'entre eux, journalistes, militants des droits de l'homme, opposants politiques. Que sont-ils devenus, depuis le printemps 2014, et quel traitement leur est réservé dans leur pays ?

J'avais rencontré et interviewé la journaliste d'investigation Khadija Ismayilova, lors d'une de ses visites en France, où elle venait donner une conférence. Quand François Hollande est venu en Azerbaïdjan à l'invitation du président Aliyev, en mai 2014, elle était déjà incarcérée pour de fausses accusations. Elle vient d'être condamnée, le 1er septembre, à sept ans et demi de prison.

La militante des droits de l'homme Leyla Yunus, à qui nous donnons également la parole, s'était fait confisquer son passeport et arrêter une semaine avant la visite de François Hollande. Elle a écopé d'une peine de huit ans et demi d'emprisonnement. En 2013, la France l'avait décorée de la Légion d'Honneur, au nom de son combat pour les droits de l'homme.

“Le président Aliyev et son entourage sont dans une opération de blanchiment de leur image.”

Dans son cas, comme dans celui de Khadija Ismayilova, il n'y a pas eu la moindre réaction officielle de l'Etat français. Le président Hollande les a pourtant toutes les deux rencontrées. Pour préserver ses intérêts économiques avec l'Azerbaïdjan, la France n'ose donc plus défendre les libertés humaines. Voilà la realpolitik menée par le président de la République, très éloignée de ses promesses de campagne, puisqu'il avait déclaré au Bourget qu'il ne recevrait pas les dictateurs en grande pompe. Depuis son élection, il est allé deux fois en Azerbaïdjan et a reçu Ilham Aliyev à deux reprises.

Pourquoi le musellement des libertés s'est-il aggravé ces derniers temps ?

Depuis un peu plus d'un an, une vague d'arrestations sans précédent s'est abattue en Azerbaïdjan sur les gens exprimant une voix dissonante par rapport à la voix officielle. Le régime a toujours été très dur avec les opposants et les journalistes indépendants, mais le musellement s'est intensifié ces dernières années. D'abord pour des raisons géopolitiques ; le pouvoir a craint une contagion des printemps arabes sur son sol, puis des retombées de la crise ukrainienne. Et dans le même temps, le président Aliyev et son entourage sont dans une opération de blanchiment absolu de leur image, notamment aux yeux de leurs partenaires économiques occidentaux. Et ils font tout pour que rien ne filtre sur la corruption, les kidnappings... D'après Reporters sans frontières, le pays d'Ilham Aliyev est devenu la plus grande prison pour journalistes du continent européen. Aujourd'hui, il y a plus de journalistes incarcérés en Azerbaïdjan qu'en Russie et en Biélorussie réunies ! Et le silence de la France à ce propos est assez assourdissant.




Retour à la rubrique


Source/Lien : Télérama.fr



   
 
   
 
  Collectif VAN [Vigilance Arménienne contre le Négationnisme]
BP 20083, 92133 Issy-les-Moulineaux - France
Boîte vocale : +33 1 77 62 70 77 - Email: contact@collectifvan.org
http://www.collectifvan.org