Aujourd'hui : Jeudi, 26 avril 2018
 Veille Media Contact



 
 
 
 

 
 
 
Dossier du Collectif VAN - #FreeOsmanKavala ! Liberté pour #OsmanKavala !
PHDN
Rejoignez le Collectif VAN sur Facebook
Cliquez pour accéder au site Imprescriptible : base documentaire sur le génocide arménien
Observatoire du Négationnisme
Le Collectif VAN, partenaire du Festival de Douarnenez 2016
xocali.net : La vérité sur Khojali !
Cliquez ici !

Imprimer dans une nouvelle fenêtre !  Envoyer cette page à votre ami-e !
 
Conférence de Paris sur le Moyen-Orient : une réunion pour rien ?
Publié le : 09-09-2015

Marianne

Mardi 08 Septembre 2015 à 5:00

Patrick Karam

Docteur en science politique, président de la Coordination des chrétiens d’Orient en danger (CHREDO).

Pour Patrick Karam, président de la Coordination des chrétiens d’Orient en danger (CHREDO), la conférence intergouvernementale de Paris sur les "victimes des violences ethniques et religieuses du Moyen-Orient" est "ambitieuse", mais elle "ne traite pas de sujets essentiels", regrette-t-il.

La conférence intergouvernementale de Paris, co-présidée par la France et par la Jordanie, sur les « victimes des violences ethniques et religieuses du Moyen-Orient » est un acte politique important, dans le contexte de la dramatique progression de la gangrène islamiste qui déstabilise tout l’Orient ainsi que l’Afrique ; des centaines de milliers de migrants qui fuient la guerre, la misère, les persécutions et qui déferlent sur l’Europe ; des persécutions contre les minorités et notamment les chrétiens qui signent la fin de leur présence deux fois millénaires en Orient, et enfin de la radicalisation de Français et d’Européens et du terrorisme islamiste qui s’intensifiera sur nos sols.

Mais cette conférence ambitieuse, qui rassemble une soixantaine de pays, dans un temps limité, une seule demi-journée, ne traite pas de sujets essentiels.

Elle n’aborde pas la priorité absolue qui est de gagner la guerre en Orient. Elle réserve l’aide humanitaire d’urgence aux minorités alors que celle-ci devrait aller à tous les réfugiés, ne serait-ce que pour éviter une intensification de la crise des migrants. Un fonds de reconstruction pour le retour des minorités, dont les chrétiens, alimenté par une conférence des donateurs n’est pas prévu. Le volet judiciaire ne prévoit pas la fin de l’impunité pour les Etats complices et la saisine de la CPI. Enfin, la spécificité de la question des chrétiens d’Orient est niée.

1) Cette conférence n’aborde pas ce qui devrait être la priorité absolue : gagner la guerre

La conférence de Paris aurait pu être l’occasion d’une révision de notre stratégie pour gagner la guerre dans les délais les plus courts. Mais ce chantier, qui aurait dû figurer comme priorité absolue puisqu’il conditionne tout le reste, n’est pas abordé.

La décision annoncée par le président de la République de participer aux bombardements en Syrie, si elle donne de la cohérence à la politique de la France — puisqu’une intervention aérienne limitée à l’Irak n’avait aucun sens stratégique et militaire s’agissant d’un ennemi à cheval entre les deux pays —, est essentiellement symbolique. La France rejoint une coalition qui bombarde déjà en Syrie, les deux tiers des avions reviennent sans avoir pu lâcher les bombes faute d’avoir des « fixeurs » au sol et enfin en Irak les bombardements ont échoué à faire reculer Daesh.

Mais il faut regretter sa décision de ne pas engager de troupes au sol. La France devrait avoir le courage de reconnaître que cette stratégie de gribouille est une impasse politique et militaire qui nous entraîne vers le chaos.

Nos gouvernements doivent absolument se ressaisir et revoir radicalement leurs priorités, afin de détruire au plus vite les fabriques de terroristes qui déstabilisent l’Orient, menacent l’Afrique, poussent des vagues de réfugiés vers l’Europe et qui endoctrinent par milliers des Français et des Occidentaux en nous exposant à des actions sur notre sol.

Nous devons, dans cet objectif, monter une large coalition internationale, à laquelle devraient adhérer des pays réticents ou spectateurs, coalition capable de se projeter militairement sur le terrain, au sol, en Irak, en Syrie, en Libye et de nouer des alliances conjoncturelles même contre-nature dans ce seul but.

2) L’aide humanitaire est réservée aux minorités

Cette conférence aborde la question humanitaire sous l’angle de l’aide d’urgence aux victimes ethniques et religieuses. Il faut regretter qu’elle ne soit pas élargie à toutes les victimes.

Il est contreproductif et inhumain de faire le tri entre les bons réfugiés, ceux que nous aiderions sur le terrain, et les autres qui seraient condamnés à fuir en Europe au péril de leur vie.

Pour éviter l’afflux de centaines de milliers de civils fuyant la guerre sur nos sols, il est prioritaire d’aider toutes les victimes, réfugiés et déplacés, qui sont dans les pays de la région et qui n’ont même pas le strict nécessaire pour survivre (au Liban notamment où les camps comptent 1,5 million de Syriens pour 4 millions d’habitants).

La médiatisation sur leur accueil en Europe est par ailleurs regrettable. S’il s’agit d’une nécessité morale, son affichage public constitue un appel d’air qui incitera les réfugiés dans des camps au Liban, en Turquie, ou les déplacés en Syrie et en Irak à mettre leur vie en péril pour rejoindre l’Europe.

La vraie priorité est de tout mettre en œuvre pour maintenir les populations dans la zone Car le départ de populations, notamment syriennes, éduquées et formées, est une fuite dramatique des cerveaux qui vident les pays de leurs élites, les appauvrissent et empêcheront toute reconstruction et tout développement économique une fois la paix revenue.

3) Il n’est pas prévu la création d’un fonds spécifique d’aide pour la reconstruction alimenté par une conférence de donateurs

Le volet humanitaire prévu par les organisateurs de la conférence à travers une aide d’urgence pour « répondre aux besoins immédiats » est un premier pas important pour le court terme mais insuffisant.

Les déplacés ou les réfugiés ne reviendront pas dans leur village, si on ne s’engage pas à les aider matériellement à se réinstaller en prévoyant la création d’un fonds spécifique d’aide notamment destiné aux chrétiens, pour la reconstruction des maisons, des hôpitaux, des écoles mais aussi des églises qui sont des lieux de vie indispensable de solidarité, de culture et d’identité.

Laurent Fabius qui avait clairement donné son accord à la proposition de la CHREDO lors d’une réunion de travail en mars dernier doit passer à l’action et annoncer la date de la réunion d’une conférence de pays donateurs pour constituer ce fonds et que le mot « chrétien » ne soit pas banni pour redonner espoir à ces populations.

4) Le volet judiciaire ne mentionne pas la saisine de la CPI et les poursuites contre les Etats complices

Le volet judiciaire prévu par les organisateurs pour mettre fin à l’impunité des « personnes » ayant commis des crimes contre les populations aura un impact important à condition d’obtenir la saisine de la Cour pénale internationale par le Conseil de sécurité des Nations unies ou, à défaut, de soutenir concrètement la plainte déposée en septembre 2014 par la CHREDO devant la Cour pénale internationale et qui est à l'instruction.

Ainsi les Français, les Européens et les autres ressortissants étrangers qui vont rejoindre les islamistes sauront qu’ils participent à un génocide et à un crime contre l’humanité et qu’ils seront poursuivis et châtiés en cette qualité.

De plus, la conférence ne prévoit pas de poursuivre les Etats complices et de mettre fin à leur impunité. Au-delà des simples personnes physiques qui sont seules à être ciblées par la conférence de Paris, il est nécessaire de viser aussi les Etats qui jouent double jeu. Ils doivent craindre des poursuites pour complicité. On pense bien sûr à certains Etats du Golfe. Mais il faut aussi avoir en mémoire le rôle funeste de la Turquie, pour laquelle le quotidien turc Cumhuriyet avait publié fin mai 2015 des photos et une vidéo qui prouvent la livraison d'armes aux rebelles extrémistes syriens début 2014.

Ce pays, déjà coupable du génocide arménien qu’il refuse de reconnaître, est, un siècle plus tard, de nouveau complice du génocide des chrétiens d'Orient, des yézidis et des minorités en permettant le trafic d’hommes, d’armes et de pétrole sur son sol au bénéfice des organisations terroristes qui sévissent maintenant sur notre sol et en Europe. Sa pseudo-participation dans la guerre menée contre les mouvements extrémistes n’est qu’un leurre. Les bombardements turcs visent surtout les Kurdes qui combattent réellement les mouvements terroristes en Irak et en Syrie et qu’elle affaiblit ainsi.

La Turquie, l’Arabie saoudite et le Qatar ont aidé à créer en 2015 « l’Armée de la conquête » en Syrie, une coalition incluant des factions islamistes dont le Front Al Nosra, pourtant affilié à Al-Qaïda et veulent utiliser la dangereuse carte de l’opposition entre djihadistes pour combattre Daesh en Syrie, faire tomber Damas et en filigrane contrecarrer l’expansionnisme iranien perçu comme menaçante.

Les pays du Golfe et la Turquie en particulier dans leur obsession anti-chiites et dans leur stratégie de « containment » de l’influence iranienne, vendent cette alliance à des pays occidentaux crédules ou appâtés par l’ouverture de marchés ou la vente d’armes. C’est oublier qu’à la fin l’Occident est toujours l’ultime cible des islamistes et que les Etats sunnites finissent par payer le prix de ce marché de dupes, comme l’Afghanistan nous l’a largement prouvé par le passé.

La Turquie bénéficie de l'aide financière européenne (6 milliards d'euros de 2002 à 2013 en aide à la préadhésion). La France pourrait peser sur l’Union européenne afin de suspendre tous les financements accordés à la Turquie et obliger les pays concernés à clarifier leur position en donnant la preuve de leur engagement total contre les extrémistes. Mais il est clair que la Turquie n’a pas sa place à la conférence de Paris qui lui servira de tribune pour se dédouaner et regagner une crédibilité internationale alors qu’elle continue son double jeu.

5) Cette conférence nie la spécificité des chrétiens d’Orient

Malgré le contexte de persécution et d’accélération de l’exode des chrétiens d’Orient qui ne sont plus que 3% alors qu’ils représentaient dans les années 1950 entre 15 et 20% des populations d’Orient, cette conférence sacrifie au « politiquement correct » au détriment de la réalité du terrain, puisque son libellé, « les victimes des violences ethniques et religieuses », ne vise pas explicitement le génocide des chrétiens. Leur spécificité est niée puisqu’ils sont présentés comme des « victimes » parmi d’autres de simples « violences » et pas de crimes contre l’humanité ou de génocide.

Les chrétiens sont pourtant les premiers et les principaux garants de la diversité culturelle et ethnique et les plus menacés de disparaître partout en Orient. Ils sont pris pour cibles uniquement parce qu’ils sont chrétiens, qu’il faut effacer toute trace des racines chrétiennes des pays où ils vivent et qu’ils rappellent l’Occident honni et non, comme d’autres, parce qu’ils s’opposent politiquement ou par les armes à la terreur djihadiste. Ils sont d’ailleurs proportionnellement les plus touchés.

A la différence d’autres communautés, les chrétiens d’Orient n’ont pas de territoire sanctuaire où ils pourraient se réfugier, ils n'ont pas d'armée pour les défendre, ils n'ont pas de partis politiques pour porter leurs intérêts (sauf au Liban) et ils n'ont pas non plus de protecteurs internationaux.

Les chiites sont défendus par l’Iran. Ils ont un sanctuaire où ils peuvent se réfugier et une armée pour les protéger. Les Etats du Golfe portent à bout de bras les sunnites, les financent et les arment. Les Kurdes ont leur territoire, une armée puissante et ils peuvent aussi compter sur l’Occident.

Cette occasion manquée aurait pu être un formidable moyen de sensibiliser les pays arabes et les populations musulmanes car la question des chrétiens en Orient est d’abord leur question avant d’être celle de l’Occident.

Toutes ces réserves, et notamment l’absence de volet stratégique qui remettrait l’ordre dans nos priorités et nos décisions, laissent craindre que cette conférence servira à nourrir notre bonne conscience et à nous donner l’illusion d’agir sans rien changer sur le terrain. Dans ce cas, nous aurons à subir et pour longtemps encore les conséquences terribles de notre inertie.




Retour à la rubrique


Source/Lien : Marianne



   
 
   
 
  Collectif VAN [Vigilance Arménienne contre le Négationnisme]
BP 20083, 92133 Issy-les-Moulineaux - France
Boîte vocale : +33 1 77 62 70 77 - Email: contact@collectifvan.org
http://www.collectifvan.org