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Turquie : des élections à haut risque dans un contexte de tensions extrêmes
Publié le : 14-09-2015

OVIPOT

Par Jean Marcou · 12 septembre 2015

Le 8 septembre dernier, leader du CHP, Kemal Kılıçdaroğlu a estimé que son pays traversait actuellement une période périlleuse, constituant à terme un véritable défi pour sa stabilité politique et «sociétale». Rappelant que les affrontements qui opposent les forces de sécurité turques (armée, police) aux rebelles du PKK, ont fait, depuis la mi-juillet, de très nombreuses victimes, il a surtout voulu lancer un appel au calme, suite aux incidents d’un nouveau type, observés au cours des derniers jours, à travers toute la Turquie. Il est significatif que cet appel de Kemal Kılıçdaroğlu ait recoupé ceux lancés par les principaux leaders politiques, même par des personnalités «clivantes», comme le président de la République, Recep Tayyip Erdoğan, et comme le chef du MHP, Devlet Bahçeli. Il faut dire que le regain de violence récemment observé, est porteur de facteurs de divisions et de ruptures graves, et survient dans un moment d’incertitude politique générale, le pays n’ayant qu’un gouvernement intérimaire et se préparant à élections anticipées à haut risque.

L’intensification de la violence dans le sud-est et le calvaire de Cizre

Dans le sillage de l’attentat de Suruç, le 20 juillet dernier (cf. article Jean-François Pérouse 23 juillet 2015), on a assisté à la reprise d’affrontements armés réguliers entre le PKK et les forces de sécurité turques, consistant en des attentats ou des embuscades de l’organisation rebelle, et en des opérations de quadrillage ou de représailles plus ou moins importantes, menées par les forces turques. Cette violence latente se traduit, chaque jour depuis, par son lot de victimes militaires, policières et rebelles, mais également civiles. Au départ, cette situation semblait faire renouer la Turquie avec des périodes comparables, vécues au cours des trente dernières années, pas seulement dans les années 1990, mais également plus récemment, en 2011-2012, lorsque le cessez-le-feu avait été rompu, après l’échec de « l’ouverture démocratique » et celui du « processus d’Oslo » (les deux premières tentatives de règlement politique de la question kurde par le gouvernement de l’AKP). Toutefois, depuis le début du mois de septembre, sont apparus les signes d’une déstabilisation beaucoup plus profonde. L’embuscade de Dağlıca (dans la province de Hakkari), qui a fait au moins 16 morts et 6 blessés, le 6 septembre, dans les rangs de l’armée turque, constitue à cet égard un tournant, parce qu’il s’agit de l’opération la plus meurtrière enregistrée depuis la reprise des affrontements. Mais cette intensification s’accompagne de phénomènes de plus en plus inquiétants dans le sud-est, où tendent à se créer des zones de non-droit, dans lesquelles les populations civiles sont particulièrement exposées. Ce qui s’est passé, depuis le 4 septembre dernier, à Cizre (dans la province de Şırnak), théâtre d’affrontements entre le PKK et l’armée dont des civils (notamment des enfants) ont été les premières victimes, est révélateur. Cette ville de 100 000 habitants a été coupée du monde, privée de téléphone et d’Internet, mais aussi parfois des services les plus élémentaires (eau, électricité, services hospitaliers et funéraires, voire ravitaillement). Pendant 9 jours, un couvre-feu et un véritable blocus ont été ainsi imposés à cette ville, et n’ont été levés qu’au matin du 12 septembre par le gouverneur de la province de Şırnak. Le HDP a cependant tenté de rompre l’isolement imposé, en dépêchant sur la zone une délégation officielle, composée de responsables, de députés du parti, d’élus locaux, et même des deux ministres kurdes du gouvernement intérimaire. Cette délégation s’est vue interdire l’accès au site, mais elle a attiré l’attention des médias et de l’opinion sur le sort de Cizre, évitant probablement une militarisation pure et simple de la situation et favorisant peut-être un retour au calme.

L’apparition d’autres types de violences

Le développement de la violence n’est pourtant plus localisé au sud-est de la Turquie. Depuis quelques jours, il tend à affecter l’ensemble du pays. Le 6 septembre, quelques centaines de manifestants proches de l’AKP, épaulés par des militants, voire par certains élus de ce parti, ont attaqué le siège du quotidien Hürriyet, auquel il reprochait d’avoir interprété de façon tendancieuse la réaction de Recep Tayyip Erdoğan à l’attentat de Dağlıca. Le surlendemain, Hürriyet a été de nouveau l’objet de violences. Et le 9 septembre, c’est le journal Sabah qui a essuyé des jets de pierres, venant cette fois d’une manifestation nationaliste, défilant entre Mecidiyeköy et Beşiktas, à Istanbul. Alors qu’au cours des dernières années, la liberté de la presse a souvent été mise à mal en Turquie, ces événements interviennent dans le contexte de l’arrestation de plusieurs journalistes étrangers, accusés de «complicité avec le terrorisme». Deux journalistes britanniques de VICE news (Jake Hanrahan et son cameraman Philip Pendlebury), ont été expulsés le 7 septembre. Leur consœur néerlandaise, Frederike Geerdink, arrêtée puis relâchée une première fois, il y a quelques semaines, a finalement connu le même sort, le 9 septembre. Tous ces événements mettent en lumière un autre facteur de tension : l’énervement des milieux proches du parti au pouvoir, qui redoutent un nouveau revers lors des prochaines élections et sur-réagissent à tout ce qui paraît dommageable au maintien de leur influence. Plus généralement, ciblant la presse et les médias, ces événements peuvent aussi favoriser l’essor d’une certaine d’opacité de l’information, dans un pays où les journalistes ont de plus en plus de mal à faire leur travail.

Mais les développements les plus inquiétants de cette intensification de la violence sont sans nul doute les débordements auxquels ont donné lieu des manifestations nationalistes dans de nombreuses villes de Turquie. Organisés pour protester contre le « terrorisme », ces défilés ont souvent dégénéré, donnant lieu au « caillassage » systématique des permanences du HDP ou à l’agression physique de citoyens en raison de leurs origines kurdes ou supposées telles. Le 8 septembre, à Kumluova (dans la province de Muğla), un homme accusé d’avoir des liens avec le PKK, a été forcé d’embrasser publiquement un buste d’Atatürk, après avoir été molesté. Le même jour, à Muratpaşa (dans la province d’Adana), après avoir attaqué un siège du HDP, des groupes nationalistes s’en sont pris à un passant suspecté d’être kurde, parce qu’il avait le teint mat. Il s’est avéré au bout du compte que l’homme en question, sauvé du lynchage par la gendarmerie, était lui-même un militant nationaliste, originaire du sud-ouest du pays. Ce type de débordements est d’autant plus préoccupant qu’il confirme une tendance observée, il y a peu de temps, au début de l’été. Alors que les autorités turques s’inquiétaient du sort de la communauté ouïghour, pendant le ramadan, en Chine, des manifestations nationalistes s’en étaient prises à des intérêts chinois en Turquie, ciblant malencontreusement un groupe de touristes coréens à Istanbul et vandalisant un restaurant chinois dont (ironie du sort) le propriétaire était turc et le cuisinier… ouïghour. En tout état de cause, les événements des derniers jours confirment l’extrême nervosité des organisations d’extrême droite et la renaissance d’un activisme nationaliste urbain qui, prenant prétexte des derniers développements de la question kurde, n’hésite pas à franchir le pas de l’illégalité, en recourant sans complexe à divers types de voies de fait.

Les perspectives incertaines des élections du 1er novembre

Dans un tel contexte, beaucoup s’inquiètent pour le bon déroulement des élections le 1er novembre prochain. Cette inquiétude génère en l’occurrence un dilemme : le climat actuel de violence n’est bien sûr pas favorable à la tenue des élections programmées, mais il reste que la Turquie a besoin de ce scrutin pour pouvoir enfin disposer d’un gouvernement légitime. Le constat d’échec de la constitution d’un gouvernement de coalition, le 23 août dernier, a débouché sur l’annonce de législatives anticipées et sur la mise en place d’un gouvernement intérimaire pour gérer le pays jusqu’au 1er novembre, date des ces élections. Théoriquement, ce gouvernement, qui a tenu son premier conseil des ministres le 1er septembre (photo à droite), aurait du rassembler tous les partis représentés au parlement, mais le CHP et le MHP ayant refusé d’en faire partie, l’équipe ministérielle, dirigée par Ahmet Davutoğlu, est finalement composée de députés de l’AKP (très majoritairement), d’un dissident exclu du MHP, Tuğrul Türkeş (le fils d’Alparslan Türkeş, le père fondateur de l’extrême droite turque) et de deux représentants du HDP (Ali Haydar Konca, ministre des affaires européennes et Müslüm Doğan, ministre du développement).

Tout le problème est ici néanmoins que les élections du 1er novembre prochain risquent de ne pas clarifier vraiment la situation politique, car les premiers sondages semblent indiquer que leurs résultats pourraient être proches de ceux du scrutin du 7 juin dernier. Le 26 août, un sondage de l’Institut MetroPoll donnait l’AKP à 41,7%, le CHP à 25,5%, le MHP à 15,7%, HDP à 14,7%, plusieurs autres enquêtes d’opinion confortant ces estimations, en montrant que si le CHP et le HDP progressaient, le MHP stagnait et que surtout l’AKP ne décollait pas. D’autres études réalisées, au même moment, ont montré que les Turcs attribuaient très majoritairement la responsabilité de l’échec du gouvernement de coalition à Recep Tayyip Erdoğan en personne, et qu’ils restaient fortement hostiles à l’instauration d’un régime présidentiel.

Il est vrai que ces investigations ont été réalisées avant les événements de Cizre, mais l’on a pu relever, ces derniers jours, un certain nombre de déclarations politiques significatives, qui montrent que la classe politique turque commence à se préparer à une réédition des résultats du 7 juin. Le 6 septembre, Recep Tayyip Erdoğan, tout en excluant l’idée d’un report des élections législatives anticipées en raison des violences actuelles, s’est montré pour la première fois ouvert à l’idée d’un gouvernement de coalition, si le résultat du scrutin ne permet pas de constituer à un gouvernement monocolore. Le 9 septembre, revenant sur l’attaque du quotidien Hürriyet, Selahattin Demirtaş a appelé les militants et sympathisants de l’AKP à la modération, en expliquant que leur parti est probablement condamné au dialogue, car il a peu de chances d’obtenir, le 1er novembre, une majorité absolue lui permettant de gouverner seul.

JM




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