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«Pas de Moyen-Orient sans chrétiens!»
Publié le : 28-09-2015

La Liberté

Légende photo: Le catholicos Aram Ier, chef spirituel des Arméniens de la diaspora, est en visite dans notre pays pour remercier les Suisses qui, il y a un siècle, ont secouru les Arméniens rescapés du génocide. © Cilicia photo/DR

26.09.2015

Propos recueillis par Pascal Fleury

Aram Ier • Le primat des Arméniens de la diaspora rend hommage aux «Justes» suisses qui ont secouru les survivants du génocide. Pour lui, la coexistence entre chrétiens et musulmans reste plus vitale que jamais au Moyen-Orient.

Sa Sainteté Aram Ier, catholicos des Arméniens de la Grande Maison de Cilicie, est de passage dans notre pays pour «rendre hommage» aux Suisses qui se sont engagés il y a un siècle auprès des survivants du génocide arménien. Chef spirituel de la diaspora arménienne, basé au Liban, Aram Ier connaît bien la Suisse pour avoir été pendant vingt ans le représentant de l’Eglise arménienne au Conseil œcuménique des Eglises, à Genève.

Témoin de la situation difficile des chrétiens au Moyen-Orient, il appelle les Suisses à agir pour le maintien d’une pluralité religieuse dans cette région déchirée du globe et à faire preuve de solidarité vis-à-vis des victimes de la guerre. Rencontre à Genève, dans le cadre de l’exposition «Fragments», qui relate le génocide arménien au travers de la presse suisse de l’époque.

- A lire la presse suisse d’autrefois, les Suisses ont pris conscience très tôt des massacres subis par les Arméniens et ont fait preuve d’une grande solidarité…

S. S. Aram Ier:
Le peuple suisse a été pour nous le «Bon Samaritain»! Il a joué un rôle remarquable dans une période cruciale de notre histoire, alors que nous venions de perdre 1,5 million d’Arméniens, que nous étions dans un grand désarroi, dispersés dans les pays du Moyen-Orient, sans abris ni amis. Son aide sur le terrain et en Suisse a été décisive dans notre histoire, y compris dans la reconstruction de nos communautés et la réactivation de notre Eglise et de nos institutions. La Suisse occupe une place particulière dans le cœur des Arméniens. C’est pourquoi nous tenons à lui exprimer notre profonde reconnaissance.

- Comment s’est manifestée concrètement la solidarité suisse?

Les Suisses ont fourni une aide humanitaire urgente aux réfugiés en Syrie et au Liban principalement, mais aussi en Irak, en Grèce et ailleurs. Ils ont mis en place des centres de secours puis, peu à peu, ont ouvert des institutions pour accueillir les survivants du génocide, en particulier les enfants, les aveugles, les personnes handicapées. Des centres d’accueil ont aussi été créés en Suisse. Le pasteur vaudois Antony Krafft-Bonnard, par exemple, a fondé un orphelinat en 1921 à Begnins (VD), et l’année suivante il a ouvert un foyer à Genève. Nous lui rendons hommage cette semaine ainsi qu’aux autres «Justes» suisses qui ont aidé les Arméniens*.

- La solidarité fut-elle également politique?

Oui. Il y a eu des manifestations pour dénoncer les persécutions des Arméniens dans l’Empire ottoman, des pétitions, des initiatives diplomatiques. Le Gouvernement suisse a été non seulement prié de fournir une aide d’urgence, mais d’intervenir devant la Société des Nations. Le peuple suisse s’est battu pour la justice et la dignité humaine, bien au-delà de toutes considérations partisanes ou religieuses.

- Votre famille a-t-elle personnellement souffert du génocide et a-t-elle été aidée par la Suisse?

Vous ne trouverez pas une famille arménienne qui n’ait pas souffert directement ou indirectement du génocide arménien! Mes grands-parents et tous leurs frères et sœurs ont ainsi été massacrés. Moi-même, venant d’une famille pauvre de Cilicie, sur territoire ottoman, j’ai eu la chance d’être soutenu financièrement pendant deux ans par la Fédération des amis suisses des Arméniens alors que j’étais à l’école primaire à Beyrouth.

- Cent ans après le génocide arménien, les chrétiens ne sont toujours pas en paix au Proche-Orient. C’est votre principal défi comme catholicos basé au Liban?

Nous vivons effectivement des temps très difficiles, critiques même, de l’histoire de la présence chrétienne au Moyen-Orient. A tel point que notre existence est menacée et que de nombreux chrétiens quittent la région. Face à pareille pression, en particulier en Irak et en Syrie, toutes les Eglises chrétiennes ont adopté une politique claire: rester à tout prix! Car comme chrétiens, nous ne sommes pas étrangers au Moyen-Orient. Nous sommes profondément enracinés dans son histoire. C’est là que sont nées les trois religions monothéistes. Il y a eu bien sûr des conflits entre les religions. Mais leur coexistence est devenue l’une des caractéristiques de notre histoire.

- Pourtant, malgré le mot d’ordre des Eglises, les chrétiens s’en vont...

Les Eglises chrétiennes exhortent les chrétiens à rester. Mais il faut être réaliste. Si l’on ne peut rien faire pour eux, nos capacités étant limitées face à pareil conflit, on ne peut les empêcher de partir. Nous avions presque 100 000 Arméniens à Alep, en Syrie. Maintenant, ils ne sont plus que 10 000. Un exode qui concerne aussi les autres communautés chrétiennes, les grecs-orthodoxes, les syro-orthodoxes, les maronites, les catholiques…

- Quelle solution voyez-vous pour l’avenir?

Je ne peux pas imaginer le Moyen-Orient sans chrétiens. La présence de chrétiens dans la région est une nécessité, tant pour nous que pour les musulmans. Sans présence chrétienne, le Moyen-Orient risque de perdre son identité, de devenir une souche du terrorisme, avec des conséquences très graves. Il importe que les responsables musulmans, religieux comme laïcs, encouragent les chrétiens à rester, qu’ils les protègent. L’Occident a aussi sa part de responsabilité. Il doit exprimer sa solidarité envers les chrétiens d’Orient. Non pas dans un esprit de croisade, mais en soulignant combien la coexistence islamo-chrétienne est importante pour la région. J’ai rencontré deux fois le pape François. Nous partageons le même souci concernant la nécessité d’une présence chrétienne au Moyen-Orient.

- L’Occident vous apporte-t-il une aide économique et humanitaire suffisante?

Avec la guerre en Syrie et en Irak, les communautés chrétiennes sur place ont beaucoup de difficultés financières. Il faut savoir qu’au Moyen-Orient, de nombreuses écoles, hôpitaux et centres sociaux sont tenus par les Eglises et non par l’Etat. Nous avons un grand besoin de la solidarité occidentale pour maintenir notre présence chrétienne. D’autant plus que nous soutenons aussi les chrétiens qui fuient le conflit. Au Liban, par exemple, nous accueillons 20 000 Syriens d’origine arménienne. Et en Arménie, environ 10 000. Ces gens sont pris en charge dans les familles ou les institutions chrétiennes, malgré la crise économique. L’hospitalité fait partie de la tradition chrétienne. Comme de la tradition suisse!

* Après une commémoration à Begnins jeudi et une célébration nationale œcuménique à la cathédrale de Berne vendredi, une cérémonie de commémoration aura lieu ce samedi à Walzenhausen (AR). Un hommage sera rendu au couple appenzellois Jakob et Elisabeth Künzler, surnommés «Papa et Mama» par des milliers d’orphelins arméniens. La célébration, mise sur pied par la Fédération des Eglises protestantes de Suisse et la fondation Armenofas, est prévue à 14 h 30 en présence du catholicos Aram Ier.

*****

Deux primats pour une église

Etonnamment, l’Eglise arménienne compte deux catholicos: Karekin II en Arménie et Aram Ier au Liban. Cette structure bicéphale découle de circonstances historiques. A l’origine, l’Eglise arménienne n’avait qu’un seul chef spirituel et un seul centre ecclésiastique, à Etchmiadzin en Arménie. Mais à la fin du XIe siècle, pour des raisons politiques et sécuritaires, la majorité des Arméniens a dû quitter le pays vers la Cilicie, à la frontière de l’Empire byzantin. Le catholicos les a accompagnés, comme primat unique de l’Eglise. Quand en 1441 le clergé a élu un nouveau catholicos en Arménie, la coexistence des deux centres s’est imposée. Cette situation perdure aujourd’hui. «L’Eglise doit répondre aux circonstances de la réalité historique, afin de servir le plus efficacement possible ses fidèles», commente le catholicos Aram Ier, responsable du catholicossat du Moyen-Orient et d’une partie des continents américain et européen. Depuis l’indépendance de la République d’Arménie, les deux chefs religieux collaborent étroitement. «Pour la première fois depuis cinq siècles, nous avons organisé ensemble la rencontre de tous les évêques en Arménie. Nous sommes engagés conjointement dans la réforme de notre Eglise, en tenant compte des disparités régionales», précise-t-il. Va-t-on vers le retour d’un catholicos unique? «Je ne suis pas prophète, sourit le primat de la diaspora. L’histoire le dira!» PFY

*****

Génocide: le poids des mots

Entre 1894 et 1925, les journaux romands ont publié plusieurs milliers d’articles sur le terrible sort qu’ont connu les Arméniens de Turquie. Une sélection de ces textes, exposée au théâtre Saint-Gervais à Genève à l’initiative de l’association Fragments, révèle à quel point la population suisse était au fait des drames qui se sont tramés dans l’Empire ottoman. Les dépêches et témoignages sur le génocide - qui ne porte pas encore ce nom à l’époque -, permettent de suivre le déroulement des faits depuis les massacres perpétrés par le sultan Abdul Hamid II jusqu’aux traités de la fin de la Première Guerre mondiale. On y découvre avec horreur la mécanique des massacres - «des enfants furent empalés ou décapités», raconte le «Journal de Genève» -, mais aussi les jeux de pouvoir entretenus par les grandes puissances, les élans de solidarité du peuple suisse et les démarches diplomatiques menées depuis notre pays. Une exposition à voir jusqu’au 25 octobre. PFY

> www.saintgervais.ch





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Source/Lien : La Liberté



   
 
   
 
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