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Turquie: «La crise d'un régime en manque de démocratie»
Publié le :

INTERVIEW. Pour Yucel Yuce, c'est dans le coup d'Etat militaire de 1980 qu'il faut chercher les bases de la crise actuelle.

Sylvie Arsever
Mardi 1 mai 2007

«La Turquie est laïque, elle restera laïque». Près d'un million de personnes ont scandé ce slogan samedi à Istanbul, après une manifestation de même envergure deux semaines plus tôt à Ankara. Le chef de l'état-major a fait part de son inquiétude, la place financière a fait chorus. En cause: la candidature du ministre des Affaires étrangères, Abdullah Gül, au poste de président de la République. Mais quel est donc l'enjeu exact de la crise qui se développe en Turquie? Décryptage avec Yucel Yuce, assistant en sciences politiques à l'Université de Genève.

Le Temps: Que se passe-t-il ces jours en Turquie? La laïcité est-elle vraiment en danger?

Yucel Yuce: Il me paraît plus juste de parler de crise de régime - le régime mis en place après le coup d'Etat militaire de 1980. La Constitution adoptée en 1982 charge le président de la République d'un rôle central de contrepoids face tant au parlement qu'au gouvernement. Il valide les lois - et peut donc y opposer son veto. Il nomme les membres de la Cour constitutionnelle et l'autorité qui désigne les recteurs des universités. Jusqu'ici, la présidence a toujours été occupée par des personnalités qui se ralliaient à la famille kémaliste et joué le rôle d'un verrou laïque. C'est ce verrou que la désignation d'un islamiste modéré pourrait faire sauter.

- Un verrou qui doit, le cas échéant, fonctionner même contre la majorité parlementaire?

- L'équilibre consacré par la Constitution de 1980 n'est pas très démocratique, c'est un fait. D'abord parce que les partis de gauche sont sortis laminés du coup d'Etat, ce qui a redistribué les cartes politiques d'une façon asymétrique. Ensuite, parce que les partis eux-mêmes ont eu le loisir de s'organiser de façon très hiérarchisée et peu démocratique. Et enfin parce qu'on a voulu bloquer l'accès des partis kurdes au parlement en instaurant un quorum élevé (10%) qui permet au parti au pouvoir, l'AKP, de détenir la majorité absolue avec environ 25% des suffrages. Ce dernier aurait pu jouer la concertation, présenter une personnalité susceptible de rassurer le camp laïc. Il a préféré le forcing, ce qui a mis en action les autres gardiens du régime: l'armée, qui a manifesté son inquiétude et la Cour constitutionnelle, qui va très vraisemblablement invalider l'élection. Le problème, c'est que cela ne va pas résoudre le problème fondamental.

- Que peut entraîner une annulation de l'élection présidentielle?

- Logiquement, le gouvernement devrait organiser des élections législatives anticipées, que, dans l'état actuel des choses, il a de fortes chances de remporter à nouveau. Le plus probable est que ces élections se dérouleront comme une sorte de présidentielle différée, chaque bloc s'engageant sur une personnalité. Cela peut permettre une sortie de crise. Mais pas tirer la Turquie du conflit stérile dans lequel elle est enferrée entre la mosquée et la caserne.

- Ce conflit n'est-il pas inscrit dans le projet kémaliste d'imposer la laïcité à une société musulmane?

- Le coup d'Etat de 1980 a passablement modifié la donne dans ce domaine aussi. Il intervient au terme d'une période où l'ensemble des pays de l'Europe du Sud ont connu un processus de démocratisation: l'Espagne, la Grèce, le Portugal... La vague aurait pu s'étendre à la Turquie. Mais on est aussi au Proche-Orient: la révolution islamiste vient de l'emporter à Téhéran, les Russes sont entrés en Afghanistan... Les Etats-Unis craignent l'influence de la gauche et préfèrent parier sur l'islam sunnite. Dans les années qui viennent, on va voir se multiplier les écoles iman hatip qui sont supposées former des imams mais deviennent en fait des portes d'accès à toute une série de professions pour des personnes influencées par les idées islamistes. Et les services secrets favorisent, contre le PKK (ndlr: le Parti des Travailleurs du Kurdistan), l'émergence du Hezbollah turc, terroriste d'obédience sunnite.

- La société turque, en somme, est livrée aux islamistes...

- Il y a des contreparties: le gouvernement islamiste modéré est arrivé au pouvoir peu avant l'invasion de l'Irak. Et depuis qu'il est là, on n'a pas vu une seule manifestation à la sortie des mosquées, même lors des pires massacres à Bagdad.

- Ce qui laisse la rue aux kémalistes.

- Avec l'encouragement de l'armée: certains des mouvements qui ont appelé aux rassemblements récents lui sont très directement liés - c'est encore un peu la caserne qui manifeste contre la mosquée. Mais la société évolue. Que des gens défilent, après l'assassinat du journaliste Hrant Dink en disant qu'ils sont tous Arméniens ou, après les récents attentats antichrétiens, qu'ils sont tous chrétiens, c'est nouveau. L'économie se développe, les gens ont envie de modernité. Il est toujours plus absurde de vouloir conserver un régime sclérosé en grave déficit démocratique.

© Le Temps, 2007 .





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Source/Lien : Le Temps.ch



   
 
   
 
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