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Turquie : Djemal Pacha, le sauveur des Arméniens ?
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Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - Le quotidien turc Hurriyet a publiĂ© le 13 mars 2009 un article dĂ©diĂ© au livre Ă©ditĂ© par le Prof. Hikmet Ă–zdemir, ex-responsable du bureau armĂ©nien de lÂ’Institut Turc dÂ’Histoire. LÂ’ouvrage vient de paraĂ®tre sous le titre "Djemal Pacha et les immigrĂ©s armĂ©niens, les aides humanitaires de la 4ème armĂ©e". Ce livrĂ© Ă©ditĂ© chez Remzi Kitabevi, contient des dĂ©tails frappants qui, selon Hurriyet, « vont changer notre regard sur la question armĂ©nienne. Plus particulièrement, le soutien apportĂ© Ă  Djemal Pacha par Halide Edip - qui avait sauvĂ© Komitas Vartabed, le renommĂ© musicien armĂ©nien, et qui critique fortement les politiques [anti] armĂ©niennes du gouvernement Union et Progrès -, accentue lÂ’importance de ce qui est racontĂ©. » Selon Halide Edip Adıvar, figure intellectuelle du milieu unioniste, Djemal Pacha avait mis en place, lors du gĂ©nocide visant Ă  Ă©liminer les ArmĂ©niens de l'Empire ottoman, une grande campagne humanitaire pour aider les femmes et les enfants armĂ©niens, allant en cela Ă  l'encontre des dĂ©cisions prises Ă  Constantinople. « Les femmes armĂ©niennes disaient que le Pacha Ă©tait arrivĂ© Ă  leur secours comme un ange sauveur et elles portaient sa photo autour du cou. »
Le 16 Septembre 2007, un autre article consacré au Professeur Hikmet Ozdemir, faisait état d'un de ses précédents livres, un volume de 336 pages (« Üç Jöntürk’ün Ölümü » - 'Le décès des trois Unionistes') dans lequel il mettait en évidence que Talat Pacha, Enver Pacha et Djemal Pacha avaient été tués par les Arméniens. Il y racontait comment les trois ‘patriotes’ (notion intéressante lorsqu'on sait qu'elle s'applique aux génocidaires des peuples arménien, grec et assyro-chaldéen-syriaque) avaient été assassinés au moment des disputes de pouvoir entre les Kémalistes et les Unionistes. Le Professeur Hikmet Ozdemir avait trouvé de nombreux documents et lettres mettant en évidence les différends entre les Kémalistes et les Unionistes, mais cela ne l'avait pas empêché de dire que les trois principaux responsables du génocide des Arméniens étaient de vrais patriotes et qu’ils avaient été tués par des Arméniens aveuglés par des croyances mystiques (à lire en turc sur : Hurriyet).
Mais revenons au nouvel ouvrage du Prof. Hikmet Özdemir. Le Collectif VAN vous propose la traduction de l’article en turc paru dans Hurriyet paru le 13 mars 2009 à propos des interventions de Djemal Pacha en faveur des réfugiés arméniens de Syrie.



Les femmes arméniennes avaient la photo de Djemal Pacha autour du cou

13 Mars 2009

Sefa KAPLAN
Hurriyet

Le livre édité par le Prof. Hikmet Özdemir, ex-responsable du bureau arménien de l’Institut Turc d’Histoire, vient de paraître : "Djemal Pacha et les immigrés arméniens, les aides humanitaires de la 4ème armée".

Les orphelinats créés pour les enfants arméniens, les aides apportées par Djemal Pacha, l’un des trois leaders du Comité Union & Progrès, aux Arméniens déportés en Syrie, sont racontés dans ce livre. Tandis qu’un télégramme récemment découvert dans les archives ottomanes des ministères, diffusé par le Prof. Özdemir, montre que 33 jours seulement après la déportation, non seulement l’ouverture d’une école, mais même l’envoi d’un télégramme en arménien étaient interdits.

De nombreuses recherches ont Ă©tĂ© faites et de nombreux livres ont Ă©tĂ© Ă©ditĂ©s sur deux du fameux trio du ComitĂ© Union & Progrès, Enver Pacha et Talat Pacha, sur les rĂ´les quÂ’ils ont jouĂ©s dans la dĂ©portation armĂ©nienne de 1915. Par contre, il n'a pas vraiment Ă©tĂ© Ă©tudiĂ© comment Djemal Pacha, ministre de la Marine et commandant de la 4ème ArmĂ©e, a mis les dispositifs de la 4ème armĂ©e qui surveillait la rĂ©gion de dĂ©portation en Syrie, au service des ArmĂ©niens. La raison de cette absence de discussion se cache probablement dans certains Ă©lĂ©ments de lÂ’attitude de Djemal Pacha qui dĂ©rangent Ă  la fois ceux qui disent quÂ’il y eu un « gĂ©nocide » et ceux qui disent « il nÂ’y a pas eu de gĂ©nocide ». MalgrĂ© les ordres donnĂ©s par Istanbul, Djemal Pacha avait essayĂ© de sauver les femmes et enfants armĂ©niens qui se trouvaient dans un Ă©tat pitoyable. LÂ’autre visage de la tragĂ©die est son assassinat par les bandes armĂ©niennes. Il existe des doutes sur cet assassinat [Nota CVAN : Dans un article paru dans le journal armĂ©nien de Turquie AGOS, N° 653 du 10/10/2008, lÂ’historienne turque Ayse HĂĽr posait la question « Cemal PaşaÂ’yı kim öldĂĽrdĂĽ? » « Qui a assassinĂ© Djemal Pacha ? » et dĂ©montrait que ce dernier nÂ’avait sĂ»rement pas Ă©tĂ© assassinĂ© par les ArmĂ©niens. LÂ’article mettait en Ă©vidence lÂ’existence de suspects potentiels : les services secrets anglais, russes ou les nationalistes turcs] mais ce qui est connu, cÂ’est que les ArmĂ©niens quÂ’il avait sauvĂ©s Ă©taient chagrinĂ©s par son assassinat.

Le témoignage d’Halide Edip

Le livre édité par le Prof. Hikmet Özdemir, ex-responsable du bureau arménien de l’Institut Turc d’Histoire, vient de paraître : "Djemal Pacha et les immigrés arméniens, les aides humanitaires de la 4ème armée", et il se propose de combler cette lacune. Ce livré édité chez Remzi Kitabevi, contient des détails frappants qui vont changer notre regard sur la question arménienne. Plus particulièrement, le soutien apporté à Djemal Pacha par Halide Edip - qui avait sauvé Komitas Vartabed, le renommé musicien arménien, et qui critique fortement les politiques [anti] arméniennes du gouvernement Union et Progrès -, accentue l’importance de ce qui est raconté.

Le Prof. Özdemir relate ainsi le témoignage de Halide Edip :

"Halide Edip est lÂ’une des personnes critiquant fortement la dĂ©cision prise par Union et Progrès, concernant le dĂ©placement dÂ’une partie des ArmĂ©niens en 1915. De ce fait, son point de vue et ses analyses sur Djemal Pacha sont dÂ’une valeur apprĂ©ciable. DÂ’après les paroles de Falih Rıfkı Atay, « elle est Ă  la tĂŞte de quelques personnes critiquant la politique [anti] armĂ©nienne » malgrĂ© le fait que Djemal Pacha lÂ’avait invitĂ©e pour quÂ’elle aide les immigrĂ©s armĂ©niens.

Il [Djemal Pacha] est arrivĂ© comme Hizir [Nota CVAN : un ancien prophète immortel qui arrive rapidement aux secours des personnes en difficultĂ©] . Halide Edip Adıvar a Ă©crit que Djemal Pacha avait eu une attitude digne dÂ’un homme dÂ’Etat ottoman : il avait mĂŞme fait pendre une personne suite Ă  une tentative de massacre envers la population armĂ©nienne de Syrie. La plus grande difficultĂ© de Djemal Pacha a Ă©tĂ© le problème de nutrition des ArmĂ©niens, des Arabes et mĂŞme de lÂ’ArmĂ©e. MalgrĂ© cela, lÂ’ArmĂ©e avait montrĂ© sans hĂ©siter une grande gĂ©nĂ©rositĂ© en accordant aux organismes dÂ’aide une partie de ses propres provisions (...).

DÂ’après Halide Edip Adıvar, parmi les Unionistes, Djemal Pacha et le prĂ©fet dÂ’Izmir, Rahmi Bey, Ă©taient les plus respectĂ©s par les ArmĂ©niens. A tel point que Djemal Pacha avait fait exĂ©cuter deux Unionistes qui complotaient contre les ArmĂ©niens.

Toujours selon Halide Edip Adıvar, Djemal Pacha avait fait commencer une grande campagne humanitaire pour aider les femmes et les enfants armĂ©niens. Les femmes armĂ©niennes disaient que le Pacha Ă©tait arrivĂ© Ă  leur secours comme un ange sauveur et elles portaient sa photo autour du cou.

Pourquoi les noms ont été changés

Comme le Prof. Özdemir le précise, Halide Edip, qui se trouvait dans la région comme volontaire d’aide humanitaire, allait expliquer pourquoi les enfants arméniens avaient été obligés de changer leur nom : dans le but de sauver leur vie, Djemal Pacha les avait installés dans les orphelinats musulmans et pour pouvoir passer outre les procédures administratives, des prénoms turcs et musulmans avaient été données à ces enfants. Des années après, elle allait démentir en disant « A propos des orphelinats, nous avons eu des discussions virulentes avec le Pacha défunt » et elle allait ajouter :

"Moi, je me suis opposée au fait que les enfants arméniens portent des prénoms turcs ou musulmans. Djemal Pacha a expliqué la nécessité de la façon suivante : à Damas, il y avait un certain nombre d’orphelinats dirigés par les Arméniens qui étaient soutenus par l’équipe dirigeante de Djemal Pacha. Ceux-là n’acceptaient que les enfants arméniens. Il n’y avait aucune place dans ces orphelinats et financièrement il n’y avait plus de possibilité d’accorder de l’aide. Ayin Tura [Nota CVAN : nom de l’orphelinat pour musulmans] était prévu uniquement pour les enfants musulmans et il y avait toujours des places. Pour que les enfants arméniens non récupérés par les orphelinats arméniens soient acceptés dans Ayin Tura, il était obligatoire de les appeler avec des prénoms turcs ou musulmans. En vérité, il n’y avait pas d’enseignement religieux. C'est-à-dire qu’il n’y avait pas de volonté de convertir ces enfants à l’islam."

En arrière-plan de cette affaire, il existe un télégramme envoyé par le gouvernement d’Istanbul aux départements d’Ourfa et de Zor et aux préfectorats de Syrie, d’Ourfa et de Moussoul seulement 33 jours après le Décret de Déportation des Arméniens datant du 27 Mai 1915. Ce télégramme publié, autant qu’on le sache, pour la première fois par le Prof. Özdemir, qu’il avait trouvé dans les archives de la présidence, contient des détails extrêmement importants. Parce que, avec ce télégramme chiffré envoyé le 1er Juillet 1915, de nouvelles instructions avaient été ajoutées aux ordres envoyés préalablement au sujet des Arméniens.

LÂ’observation dÂ’Halide Edip

"Ayin Tura était affecté uniquement aux enfants musulmans et il y avait toujours de la place disponible. Lorsque les orphelinats arméniens ne pouvaient plus les accepter, les enfants errants seuls étaient admis à l’Ayin Tura mais il fallait leur donner des prénoms turcs ou musulmans. Principalement il n’y avait pas de cours de religion. C'est-à-dire qu’il n’y avait pas de but de convertir ces enfants à l’islam."

La splendeur et la misère d’un Pacha ottoman

Djemal Pacha est né le 6 Mai 1872 à Midilli. En 1893, il est diplômé de l’Ecole militaire d’Harbiye. En 1898, lorsqu’il était en fonction à Salonique, il s’est joint au Comité Union & Progrès et a pris en charge la branche militaire de l’organisation.

Lorsqu’il était inspecteur en Rumeli [Nota CVAN : région de l’Empire ottoman dans la péninsule balkanique], il y a assuré l’organisation de l’Union et Progrès.

En 1907, dans le 3ème armée il a travaillé avec le major Fethi (Okyar) et le lieutenant Mustafa Kemal.

Après le coup dÂ’Etat connu sous le nom de ‘Babıali BaskınıÂ’ (23 janvier 1913), les Unionistes ont pris le pouvoir et il [Djemal Pacha] est nommĂ© au poste de prĂ©fet dÂ’İstanbul.
Il soutenait la France mais la veille de la 1ère guerre mondiale, il n’a pu obtenir le soutien de la France. Alors, avec les Pachas germanistes Enver et Talat, il a soutenu l’alliance ottomano-germanique scellée le 2 Août 1914. Durant la 1ère guerre mondiale, il a été élevé au grade de Commandant en chef de l'Armée ottomane [Nota CVAN : Bahriyé naziri est l'équivalent de ministre de la Marine ou des forces navales mais à l’époque cela équivalait à Commandant en chef de l’armée ou Ministre de la Défense] . Durant la période 1908/1918, il a été reconnu comme l’un des trois chefs de l’Union et Progrès avec Enver Pacha et Talat Pacha.

Après la dĂ©faite de la Première Guerre Mondiale, il sÂ’est enfui Ă  lÂ’Ă©tranger le 1-2 Novembre 1918 avec les cadres dirigeants dÂ’Union et Progrès. Il est dÂ’abord allĂ© Ă  Berlin, ensuite Ă  Munich et en Suisse et il a aussi travaillĂ© lĂ -bas pour le compte du ComitĂ© Union et Progrès. Il a Ă©tĂ© accusĂ© dÂ’avoir provoquĂ© la rĂ©volte des Arabes vivant dans lÂ’Empire ottoman et la Cour martiale lÂ’a condamnĂ© Ă  mort par contumace. Il est passĂ© de la Suisse en Russie, et est allĂ© en Afghanistan pour moderniser lÂ’armĂ©e afghane [Nota CVAN : plus probablement pour rĂ©aliser le rĂŞve pan-islamiste du ComitĂ© Union & Progrès]. Les divergences avec la politique des BolchĂ©viques lÂ’ont mis dans une situation difficile et il sÂ’est installĂ© Ă  Tiflis. CÂ’est lĂ  que le 21 Juillet 1922, il a Ă©tĂ© tuĂ© avec ses deux adjoints, par deux ArmĂ©niens KarĂ©kin Lalayan et Sergo Vartanyan. Mais des accusations importantes rĂ©vèlent que cet attentat avait Ă©tĂ© organisĂ© sous lÂ’ordre de Staline, par Lavrenti BĂ©ria qui se trouvait Ă  la tĂŞte du service secret de la Tcheka de GĂ©orgie. Sa dĂ©pouille a Ă©tĂ© emmenĂ©e Ă  Erzeroum par le Commandent de lÂ’ArmĂ©e du Front de lÂ’Est Kazım Karabekir et il a Ă©tĂ© enterrĂ© au cimetière des martyrs ‘Karskapı ŞehitliğiÂ’.

Le télégramme chiffré de l’Etat-Major

1 Les Arméniens de l’Est Anatolie proche de la frontière russe et de la région de Zeytoun, de Syrie, d’Adana qui sont dispersés par là-bas, peuvent effectuer leurs communications nationales ou internationales uniquement en turc.

2 Dans les nouvelles régions arméniennes, il est absolument interdit de créer des écoles arméniennes, tous les jeunes Arméniens et les enfants seront instruits dans les écoles d’Etats.

3 Pour l’instant, seuls les journaux arméniens d’Istanbul sont tolérés, dans les autres régions les journaux arméniens seront fermés.


Traduction du turc: S.C. pour le Collectif VAN 29 juin 2009 – 07 :55 - http://collectifvan.org/


Lire aussi:

Génocide arménien : le témoignage de Halide Edib Adivar



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Source/Lien : Hurriyet



 
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